Chronique de Pliskin (Xsilence)
L'entrée en piste de Deantoni Parks à la batterie en même temps que la sortie de l'excellent Isaiah Ikey Owens m'avait laissé songeur. Alors qu'en est-il réellement ? Une chose est certaine, les albums des The Mars Volta ne seront jamais easy-listening et c'est bien là toute la magie de ce groupe et de sa musique. Les premières écoutes sont une torture, on navigue entre déception, désappointement et tristesse. On en vient même à se demander si le groupe ne s'est pas tout simplement perdu en cours de route, s'il n'a pas oublié ce qui faisait l'essence de sa musique. Puis à un instant T donné, on ressent un déclic interne, une écoute parmi tant d'autres qui nous permet d'accéder à cet univers si particulier, à la limite du mystique. En une fraction de seconde, on est passé de la déception à la jouissance, de l'ennui à l'éclate sonore.
Cet album propose un voyage totalement inédit sur une planète renversante, d'une intro à la guitare assourdissante et au chant dissonant ("The Whip Hand"), en passant par du radio FM de très bonne facture ("Lapochka"), on redécouvre la puissance du rock psychédélique et totalement jouissif des Voltiens ("Dyslexicon" / "MolochWalker"), entrecoupé de morceaux plus calmes, plus atmosphériques teintés d'émotions ("Empty Vessels Make the Loudest Sound" / "Imago" / "Trinkets Pale of Moon") ou plus élancés et ravageurs ("Aegis" / "Vedamalady").
Et c'est presque tout... non, en fait non. Cet album est une merveille grâce à cette soif d'innovation, cette soif de repousser encore plus loin les limites (sans fin ?) que s'est fixé le groupe. On est transporté dans les cieux grâce au très pink floydien "The Malkin Jewel", teinté d'autant de groove que son homologue "Noctourniquet", impossible de ne pas taper du pied ou de secouer la tête devant ces incantations sorties d'outre-tombe. "In Absentia" se révèle être le morceau central de l'album, la pierre angulaire de l'innovation des The Mars Volta, certainement un des morceaux les plus aboutis de l'ère psychédélique des compères d'El Paso, mystique, hypnotique, ils délaissent la guitare d'Omar pour se concentrer sur une atmosphère profonde, lancinante teinté d'un soupçon d'électro porté par le chant dévastateur de Cedric. L'album se termine sur la bombe "Zed and Two Naughts", l'autre morceau phare de l'album, qui nous rappelle que The Mars Volta n'a rien perdu de sa fougue et puissance d'antan, et que Deantoni Parks est un monstre métronomique derrière ses fûts.
Chronique de Laurent (Goûte Mes Disques)
Pour les retardataires, The Mars Volta, c’est ce groupe foutraque à deux têtes pensantes (Cedric Bixler-Zavala et Omar Rodriguez-Lopez) qui symbolise bien ce qu’un groupe du troisième millénaire peut apporter de neuf dans l’histoire du rock. A la fois post-punk et prog rock, les membres des résuscités d'At the Drive-In sortent des albums très « œuvres d’art », où chaque titre fait office de tiroir-caisse bourré de trouvailles sonores et où même la pochette emballe le tout avec parcimonie. Un véritable musée d’art moderne.
The Mars Volta toujours été ce groupe que l’on adore ou que l’on déteste. Il est vrai que les titres sont lourds à digérer, longs à divulguer leur beauté. Pour faire court: cérébraux. On ne peut rien faire d’autre en même temps, si on ne veut pas compromettre le reste. On ne peut certainement pas les écouter entre amis (ou alors sans se parler) ni en fond sonore, car plutôt que les sens, ce seraient les nerfs qui seraient mis à rude épreuve. L’art avec un grand A n’a jamais été facile à aborder. A tel point que la sortie d’un nouveau The Mars Volta n’était pas non plus attendue comme le messie, car on savait qu’on devrait à nouveau en baver. Ca n’a pas changé. Mais force est de constater qu’on prend, comme d’habitude, un pied géant à les écouter. John Frusciante, bien qu’ayant quitté les Red Hot, n’est pas de la partie cette fois-ci. Dommage mais nullement dommageable.
Le premier titre magistral de ce Noctourniquet s'inspirant des comics US et de la mythologie grecque plante le décor, histoire de ne pas trop épouvanter les oreilles de prime abord. Un titre faible au regard de la discographie du groupe, mais déjà des cimes au-dessus de ce que font pas mal de leurs contemporains. Dès le deuxième titre, on en redemande. « Aegis » est subtilement construit, dans la mouvance d’un Pink Floyd survitaminé frôlant le Faith No More (hein ?) et/ou Led Zep et/ou Radiohead. Le chant est haut perché, accompagné d’instrumentations très travaillées. Dès « Dislexicon », le troisième titre, ça part complètement en vrille. A écouter absolument si on a envie de tout casser par procuration. Ça le fait. Vraiment. « In Absentia », le titre le plus long, est à déguster en boucle tant il sème ici et là des shots jouissifs. « The Malkin Jewel » a l’audace d’évoquer la voix de Peter Murphy (Bauhaus) sur des instrumentations arabisantes et jazz... Le genre de bizarrerie qui fait de The Mars Volta des expérimentateurs attachants. Et ça continue...
Et puis ce qui est bien avec eux, c’est que les oreilles courageuses et patientes sont récompensées : des sons se faufilent et jouent à cache-cache. Les amateurs de guitares enflammées, de batteries endiablées et de synthés disloqués, le tout monté en mayonnaise, en auront pour leur argent car Noctourniquet est un véritable feu d’artifice sonore, ni plus ni moins.