Chronique de X_Lok (Xsilence)
2012, Pre Language voit le jour, nouvelle immersion dans le monde mötorik de Disappears. Nouvel album qui voit aussi l'arrivée définitive de Steve Shelley derrière les fûts lui qui ne remplissait ce rôle que pour les tournées du groupe, il profite de l'arrêt (temporaire espérons) de Sonic Youth, pour se trouver des nouveaux compagnons de jeux.
"Replicate", premier morceau, parfait mélange d'une intro rappelant insidieusment The Monks & guitares acérées à la Girls VS. Boys, plusieurs minutes de tension pure à la limite du psyché le plus malsain. Un album nettement plus lourd que les précédents, on sent une sorte d'assurance chez Brian Case, là on n'avait un coté frondeur sur les précedents. Les émulations krautrock des premiers albums ont quasiment disparu du début de l'album, laissant place à un ensemble rugueux, parfois tout en retenue ("Minor Patterns"), pour mieux revenir à l'hypnose parfaitement gérée par le groupe (le bien nommé "Love Drug" "Joa").
La concision est de mise sur ce disque, le plus long ne dépasse pas les six minutes. Pas de "Revisiting"bis ( véritable morceau de bravoure de Guider) pour un tout cohérent, très homogène. Mais concision ne rime pas avec économie, ce serait mal juger nos gaillards... Le génial "Brother Joliene" qui clôt l'album, parfaite démonstration du talent du groupe, avec un ersatz d'Electric Jug, sans savoir ce son est produit par un delay très maitrisé ou une véritable cruche en terre...
Sans égaler Lux, ce nouvel album travaillé pendant deux années sur les routes marque une nouvelle étape dans la carrière de Disappears, mais nous ne parlerons jamais ici de maturité !
Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques)
Il n'est jamais facile pour un groupe d'intégrer en son sein un nouveau membre dont le CV fait sérieusement saliver. Demandez aux Cribs ce qu'ils en pensent, eux qui n'ont jamais vraiment profité de la valeur ajoutée qu'aurait pu représenter une icône comme Johnny Marr. Le guitariste des Smiths a quand même mis trois ans à se rendre compte de sa connerie et a quitté le groupe en 2011. Par contre, on doute que Steve Shelley, batteur de Sonic Youth de son état, commette la même erreur. Tout d'abord parce que l'avenir proche du groupe de la paire Thurston Moore/Kim Gordon est plus qu'incertain depuis l'annonce de leur divorce. Ensuite parce que Disappears, la formation de Chicago qu'il a rejoint en tant que membre à part entière après les avoir testés en tournée, a tout du cheval sur qui il faudra parier en 2012 – même si d'aucuns le font déjà depuis 2010 et la parution d'un premier album rageur, Lux.
Signé sur Kranky, maison connue pour ses visées pour le moins expérimentales, Disappears est pourtant un modèle de simplicité et de concision. Mais Disappears, c'est surtout le genre de groupe qui ne cache pas puiser son influence dans la riche histoire du rock, sans pour autant nous pondre un produit qui ressemble à un pauvre hommage tout mou du gland. De Disappears, on a ainsi cité par le passé les accointances évidentes avec des formations comme les Stooges, Sonic Youth, Television ou Suicide. C'est encore le cas sur ce troisième album qui flaire bon la poudre. Mais pour ce nouvel effort, le quatuor ajoute une nouvelle dimension à sa musique, britannique cette fois. En allant piocher quelques bonnes idées chez les tôliers du post-punk made in England: à The Fall, le chanteur Brian Case ne s'est pas gêné pour emprunter le phrasé que l'on croyait pourtant inimitable de Mark E. Smith; chez Wire, Disappears a emprunté ce côté sombre et métallique qui vous tombe sur le paletot sans crier gare. Niveau ingrédients de base, y'a pas à dire, ça tient la route. Après, on a tous regardé au moins un épisode de Master Chef pour comprendre que ça ne veut pas dire charrette.
Mais bonne nouvelle pour nos esgourdes : Pre Language manie à la perfection l’art du dosage, qu’il combine à une section rythmique dont la rigueur métronomique fascine et une hargne de tous les instants propice au pétage de plombs en bonne et due forme. Et puis comme ses prédécesseurs, Pre Language n’est pas vraiment un disque qui prend les chemins de traverse. Neuf morceaux pour 35 minutes de tension permanente et de matraquage sonore jouissif. Clairement l’un des disques les plus libérateurs de ce début d’année 2012.