Electronic Dream

Electronic Dream

Araabmuzik

16 / 20 2011 Duke Productions Album / CD

Chronique de Hive88 (Xsilence) 16 / 20

Posté le 14/06/2011
Dans l'industrie musicale, il y a des trucs que l'on préfère oublier au fil du temps : des bands de rocks à numéros et prévisibles façon Nickelback, l'attention médiatique sur Philippe Katerine, la house de David Guetta qui a monopolisé les stations FM à travers le monde, 50 Cent et G-Unit, Lil' Jon, My Chemical Romance et ce que les petites filles en pleines crises existentielles nomme le emo, la tektonik...ce qu'il peut y en avoir des déchets vide de sens et de contenu! Et il y aura toujours des producteurs qui daigneront vouloir recycler des débris de la sorte à coup de mixage sans savoir qu'il n'y a rien de récupérable dans ces choses qui ont rendu l'âme aussi vite qu'ils sont apparus dans le paysage musical. Araabmuzik, quant à lui, a décidé de renverser la règle.

Décidément, Abraham Orellana de son vrai nom n'a rien oublié de la scène Trance des la fin des années 90 et début 00. Ce genre de truc naze que l'on peut retrouver dans les mix de DJ Tiesto et, pire encore, des compilations dance que même un disquaire d'usagés refuserait de vous vendre en sachant très bien que ça ne vaut pas un clou et sous peine d'être poursuivi pour vol. Après tout, qui voudrait faire l'achat d'une merde pareille? Mais savez-vous quoi? Le producteur et beatmaker de hip-hop a réussi à créé un univers à la fois sombre et inquiétant en échantillonnant ces trucs, puis en les passant à la moulinette entre un jeu de MPC irréprochable et bien dosé en plus de quelques synthés à mi-chemin entre les travaux de Salem et Clams Casino. Il est difficile d'y attribuer un genre spécifique tant les influences s'entrecroisent, si près et si loin à la fois du dubstep, hip-hop, trance, big beat, techno hardcore et j'en passe. Même le drum n' bass boosté aux acides y fait son compte sur "Underground Stream". L'album nous transporte dans des clubs enfumés au milieu de la nuit sur "Golden Touch", ou encore sur la route en direction vers les cités les plus dangereuses avec "Feelin So Hood" tout en laissant ce sentiment de mélancolie. En fait, il a un je-ne-sais-quoi qui rappelle le Untrue de Burial : trop atmosphérique pour être joué dans les boîtes et trop posé pour être considéré comme de l'expérimental. Au risque de me répéter, si près et si loin à la fois!

Electronic Dream n'est toutefois pas parfait. Ceux qui ont connu Araabmuzik à travers YouTube où il crée en live et en improvisation des beats assassins sur son MPC seront quelques peu déçus, non pas que les rythmiques manquent de vigueur, mais parce que l'effet de spontanéité et de progression n'est plus aussi présente. On aurait aimé quelques pièces d'improvisations et progressives en sachant très bien que ce producteur est au pad électronique ce que Danny Carey est au drum (j'ai vraiment fait une référence à Tool dans une chronique de Araabmuzik?...j'ai carrément besoin de sommeil ! ). L'album sert plutôt de tremplin au producteur dans le monde de la musique underground et prouve qu'il sait bien plus faire que du hip-hop pour les rappeurs New-Yorkais. Au final, on retient une règle fondamentale ; dans l'industrie musicale, il n'y a pas de règle. Dans l'industrie musicale, les artistes ont le pouvoir de puiser dans tous les genres connus et quoi de mieux que Internet pour s'inspirer. Aujourd'hui, les influences sont plus marquées sur ce que l'on découvre sur la toile et moins sur ce qui se passe dans la scène locale près de chez soi. Electronic Dream est, malgré tout, une représentation de cette décennie 2010 en termes de savoir-faire artistique dans cette immense industrie.

Chronique de Nico (Abcdr du Son)

Posté le 23/08/2012

Cam’Ron, Busta Rhymes ou Jadakiss. Autant de figures assez établies pour crédibiliser une entrée par la grande porte de la scène rap new-yorkaise. Et trouver une place dans l’univers des grossistes sonores issus de la grosse pomme. En signant quelques productions en titane – « Get it in Ohio », « Gorilla Muzik » – Araabmuzik a posé les jalons de son esthétique sonore. Une esthétique unique, marquée par une percussion intense et une inspiration électronique extrême piochant jusque dans la trance. Aux antipodes des poussiéreuses boucles de jazz et autres couches épaisses de synthés devenus la norme.

Plus ou moins exposées, ses collaborations n’auront été que des marchepieds, reléguant toujours au second plan les rimeurs éclipsés par la violence de ses compositions. Logiquement, on retrouve cette violence au cœur d’Electronic Dream, le premier album du mystérieux Araabmuzik.

« You’re now listening to Araabmuzik. »

Entièrement instrumental, dénué d’invités, Electronic Dream est un album de peu de mots. Avec ce gimmick récurrent, qui résonne comme un rappel à l’ordre pour mieux marquer au fer rouge les esprits. Et replacer constamment son auteur au centre du viseur. Cet LP illustre une époque bientôt révolue où la MPC est au centre de la programmation. Il célèbre l’avènement d’une personnalité et d’une identité sonore étouffante, chargée d’hémoglobine. Une atmosphère apocalyptique où les basses explosent les enceintes autour de grosses boucles de dubstep et d’électro.

Dans ce chaos sonore grassement saturé, parfois épileptique, les compositions dépouillées sonnent comme des plans de guerre. Avec une montée en puissance, une forme d’escalade dans l’intensité qui rappelle l’équipée du Bomb Squad. Les chocs s’accumulent et on ne peut s’empêcher d’associer ce traumatisme auditif avec le personnage. Il faut vraiment le voir sur scène, quasi-stoïque, insensible, avec cette impression de manipuler une arme nucléaire sans sourciller. Bonnet enfoncé jusqu’aux couilles, à taper sur les pads de sa MPC comme Saruman enverrait des volées de bois verts.

L’écoute prolongée de ces morceaux suggère des images, des scènes à même d’illustrer justement ces moments. « Underground Stream » pourrait être la bande-son de la giclée de Columbine, les fusils à pompes collés à la gabardine. Ou l’hymne guerrier pour accompagner la montée en pression de Ron Artest dans les gradins de Detroit un soir de novembre 2004. Un vrai concentré de psychotropes pour psychopathes. Une apologie de la drogue dure et une incitation musicale à la barbarie.

Mais si les moments les plus brutaux sont également les plus marquants, Electronic Dream n’est pas uniforme. Il laisse échapper quelques instants moins épuisants, avec des extraits d’euro-dance bon marché, potentiellement échappés du carnaval de Dunkerque. Ironie absolue, il intègre ces tubes un peu potaches – « Why don’t you dance with me » de Future Breeze – pour bâtir un nouvel univers, beaucoup plus sombre. Mais ces moments plus hypnotiques, à l’image de « Free Spirit » et « Electronic Dream », ne sont que des respirations au cours de trente-cinq minutes de violence.

Electronic Dream est un marteau-piqueur venu caresser ton crâne délicatement posé sur le billot. Avec une densité et une intensité épuisante. En d’autres termes, la bande originale idéale pour un été léger et chaleureux. Et s’il ne consacre pas encore pleinement son auteur, il donne un excellent aperçu de son univers. En attendant le jugement dernier.


Retour à l'accueil