Chronique de Pauline (Goûte Mes Disques)
Difficile de parler du nouvel opus de The Pains of Being Pure at Heart sans essayer d'analyser ce qui fonctionnait sur le précédent album et qui ne marche plus du tout sur celui-ci. Il y a deux printemps, on écoutait leur album éponyme en boucle, et on trouvait ça super cool, frais et joyeux comme une salade à la féta en plein été. Pourtant, dès le premier morceau de cette cuvée 2011, "Belong", on sent le changement profond et malheureux qui s'est opéré au sein du groupe. Là où le premier album était spontané, urgent, hautement émotionnel et extrêmement touchant, le deuxième album est poussif, long, laborieux et indigeste. Mais que s'est-il donc passé ? Il est bien difficile d'imaginer qu'un groupe puisse être un tel feu de paille. Et pourtant ! À l'écoute de Belong, il n'y a plus de doute possible : le concept "Pains of Being Pure at Heart" est une coquille vide.
On s'en doutait pourtant, puisque peu après les écoutes agréables de leur premier album, les concerts laissaient deviner un certain vide intersidéral. La voix sucrée du chanteur était plutôt un filet de son sans âme, Peggy chantait faux, ils ne tenaient pas plus de trente minutes sur scène, et on était bien obligés de les regarder fixement et très longuement pour vérifier s'ils étaient toujours en vie. Ce qui étonne avec l'évolution du groupe, c'est que là où le premier album était un très joli hommage à Sarah Records, celui-ci ressemble fort à une parodie du genre : thèmes adolescents poussés à l'extrême ("teenage dreams, i cannot forget you" - …), musiques calquées sur les Field Mice ("My Terrible Friends", pâle copie de leur impeccable "Fabulous Friend"), voix mielleuse… L'ennui est diffus. Ce n'est pas un album qui donne envie de se taper la tête contre les murs d'agacement, non, c'est plutôt une galette presque taillée pour les bandes FM, qui ne se refuse aucun cliché, aucune facilité, et qui se repose sur des lauriers pourtant très fragiles. Après un seul album et quelques EP, il était peut-être un peu tôt pour nous faire bâiller. Pourtant, Belong est un disque qui ressemble à une mauvaise copie de Jesus and Mary Chain ou à une terrible imitation de Slowdive période Souvlaki ("Anne With An E"). Le groupe a tout changé dans sa façon d'arranger sa musique : les synthés, identité sonore du groupe, sont relégués au fond du décor, tandis que la boîte à rythme et les guitares sont mises en avant, le tout baignant dans une production au millimètre, très propre. On est ainsi assez loin des influences du premier album, qui se situaient plutôt vers la fin des années 90. Du coup on se dit que dans 6 ou 7 ans les Pains of Being Pure at Heart feront peut-être une musique de 2010.
Vous l'aurez compris, il y a quelque chose de très lassant dans cette musique ultra-référencée, presque copiée/collée, même si certains morceaux font mouche ("Heart in Your Heartbreak", "The Body"). Cet album est bourré de lourdeurs (le très poussif "Teenage Dreams"), là où la plupart des réussites du précédent résultaient dans la légèreté des compositions, des arrangements et des voix. Ici, on ne se refuse aucune superposition sonore malvenue. Leur musique en devient aseptisée, trop chargée (tant au niveau sonore qu'au niveau des références). Aussi fraîche qu'un vieux lifting raté, elle nous rappelle que la nostalgie n'a franchement rien de bon. Sarah est morte et enterrée, et il ne nous reste qu'à avancer sans elle, au lieu de déposer ses cendres dans cette vieille urne sur laquelle est gravée "the Pains of Being Pure at Heart - Belong".
Chronique de Bona (Xsilence)
Le revival, est-ce le mal du siècle ? Cet éternel retour en arrière, vers des glorieuses heures passées ... Après le revival garage, le revival new wave, voici le revival noisy, qui aura marqué cette année 2011. Des groupes comme Ringo Deathstarr, Yuck ou les Pains of Being Pure At Heart ont invoqué les grandes personnalités et les grands groupes du début des années 90 pour les remettre au goût du jour. Eternel retour en arrière ?
En grande partie, bien sûr que oui. Mais le rock, la pop ou tout ce que vous voulez revient en arrière depuis les premières reprises de la fin des années 50 non ? La force du rock n'a jamais été de sortir des idées de nulle part. Réappropriation constante de mouvances passées remises au goût du jour, on ne peut pas conspuer un groupe pour ses influences si elles sont parfaitement digérées. Et c'est ce qu'arrive en partie à faire The Pains of Being Pure At Heart sur Belong, deuxième album très réussi.
Versant sur leur premier album dans une pop lo-fi plutôt sympathique mais en rien transcendante, le groupe revient sur un deuxième album totalement décomplexé, assumant ses influences évidentes et réussissant à se les approprier.
Au fil des interviews, Kip Berman, le leader, assume toutes ces influences. Et pond finalement un excellent hommage à ces heures perdues, rythmées par les pédales à effets, les murs distordus et autres voyages aériens. Sachant qu'un hommage doit s'inscrire dans sa période et ne pas être un vulgaire plagiat, Berman et sa bande composent ici une ribambelle de magnifiques pop-songs aux mélodies aiguisées et parfaitement maitrisées. A l'aise dans le mid-tempo, comme dans le plus rapide, les "POBPAH" (C'est moche mais je vous promet que c'est un des noms de groupe les plus chiants à écrire) réussisse un triplette introductive qui se classe parmi les meilleures de l'année 2011. Après nous avoir laissé une carte de visite aussi marquante que "Belong", le groupe jongle avec une noisy power pop particulièrement emballante sur "Heaven's Gonna Happen Now" et "Heart in Your Heartbreak".
D'entrée de jeu, le terrain est marqué. L'album sera sautillant et frétillant, joyeux tout en étant porteur de messages à la fois enfantins et déjà matures et désabusés. Parfois poussé à l'excès, le côté Bubblegum du groupe reste enchanteur, même si les morceaux où les synthés sont omniprésents se révèlent crispant à la longue surtout "The Body". Et si la majeure partie de l'album réussit à digérer parfaitement les influences, certains passages voient leur filiation avec My Bloody Valentine ou les JMC être trop forte pour se révéler particulièrement intéressante. Ainsi, trois morceaux sentent totalement le déjà vu. Sur dix morceaux, cela fait déjà beaucoup.
Le groupe nous livre ainsi un album attachant, qui possède sa part de défauts, mais qui reste néanmoins une jolie petite réussite qui nous fait attendre avec envie un prochain opus de la part du groupe. Belong est définitivement un album inspiré et non un simple plagiat.