Chronique de Billyjoe (Xsilence)
Dire d'entrée de jeu que cet album a tout pour lui, ça tue un peu le suspense certes, mais c'est irrémédiablement la première chose qui nous vient en tête.
Codes & Keys est varié (de la jolie ballade "Stay Young, Go Dancing" au très Arcade Fire titre éponyme, en passant par l'aérien "Home Is A Fire") mais d'une cohérence à toute épreuve.
Mais plus encore, le gros point fort du disque c'est d'être à la fois hyper accrocheur tout en proposant des chansons qui ne sont pas pour autant "jetables" (du genre facile à écouter, facile à oublier). On n'en fait pas le tour en deux écoutes et pourtant on rentre dedans quasi immédiatement. Surement grâce à la voix de Benjamin Gibbard ainsi qu'à ce subtil et fragile mélange de joie et de mélancolie, appuyé par des mélodies souvent imparables et touchantes.
Alors peut-être que l'auditeur averti s'empressera de dire qu'il n'y a pas beaucoup de surprises dans ce disque (mis à part quelques vagues éléments électro éventuellement), peut-être que certains pas encore remis de Transatlanticism continueront de ne jurer que par lui, tous ceux-là auraient pourtant bien tort de jouer les fines bouches.
La plupart des groupes qui arrivent jusqu'au stade du septième album ne sont en général plus là que pour le fric et/ou ont bien rarement encore quelque chose d'intéressant à proposer. Codes & Keys, lui, a la fraicheur d'un premier disque et la maturité d'un troisième album.
Avec ce septième opus, Death Cab nous offre tout simplement un vrai bel album indie-pop, efficace, intelligent et touchant. Le genre de disque qui vous fait dire que la vie est belle.
Peut-être bien ce qu'il s'est fait de mieux en 2011.
Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques)
Pour le scribouillard un tant soit peu conscienscieux, il y a quelque chose de profondément chiant à suivre la carrière d’un groupe comme Death Cab For Cutie. En effet, si on se doit de reconnaître au groupe américain un talent certain, celui-ci est aujourd’hui miné par une absence totale de remise en question doublée d’une présence médiatique en Europe qui confine au ridicule. Et qui fait ressurgir à chaque nouvelle sortie cette question lancinante : mais qu’est-ce qu’on va bien pouvoir dire au sujet de la musique de Death Cab For Cutie et qui n’ait pas été dit au sujet de Plans ou Narrow Stairs?
Car Ben Gibbard a beau essayer de nous faire croire qu’il a été influencé par le Another Green World de Brian Eno sur ce septième album, il ne faut pas de nombreuses écoutes de ce Codes & Keys pour comprendre qu'il porte plutôt mal son nom, et qu'il n'y a rien de bien codé ou cryptique ici. En effet, depuis Transatlanticism en 2003, la marge de progression du groupe a été aussi significative qu’une avancée dans des négociations israëlo-palestiniennes, et on a la légère impression que c’est le seul talent de composition de monsieur Zoey Deschannel qui a permis au groupe de continuer à bénéficier d’un capital sympathie inversement proportionnel à sa prise de risques. Certes, on pourra argumenter que ce Codes & Keys est le disque le plus expérimental d’un groupe (toutes proportions gardées, bien sûr) qui donne parfois l’impression de faire passer les claviers avant les guitares, mais on se dit que la porte ouverte sur le précédent album par le gigantesque single « I Will Possess Your Heart » a oubliée d’être enfoncée - alors qu'une telle démarche aurait pu permettre au groupe de se débarrasser une bonne fois pour toutes de l’étiquettes « rockeurs pour adulescents sensibles ».
Pourtant, on vous l’a dit plus haut, derrière cette absence presque scandaleuse de surprises se cache toujours, en embuscade et prêt à dégainer, ce rusé renard de Ben Gibbard. Car si l’on est en droit de critiquer Death Cab For Cutie pour ses visées un peu trop consensuelles et son amour de la guimauve, il sera plus difficile de s’en prendre au songwriting du bonhomme. Et Codes & Keys vient bétonner un peu plus encore cette affirmation. Ce qui revient donc à dire que, malgré quelques chipotages électroniques, Death Cab For Cutie continue de faire du Death Cab For Cutie, et de le faire plutôt bien. Mais combien de temps allons-nous encore tolérer un tel immobilisme ?