Days

Days

Real Estate

17 / 20 2011 Domino Album / CD  Vinyle

Chronique de X_Wazoo (Xsilence) 17 / 20

Posté le 17/10/2011
La guitare déroule un arpège simple, et nous voilà embarqués sans autre forme de procès dans Days, le dernier opus des New-Jersey boys de Real Estate. L'album sort, une fois de plus, au crépuscule de l'été. C'est la deuxième fois qu'ils nous font le coup, mais cette fois, au lieu de bouder, il est temps de se demander si ça n'est pas pour le mieux. Certes, la pop ensoleillée de Martin Courtney sent la plage et les après-midi étouffantes passées à gazouiller sur l'herbe du parc Machinchose. Mais il faut dire aussi que la musique de ces gars là fleure bon la nostalgie. La nostalgie et peut-être aussi la mélancolie des banlieusards ploucs américains. Alors pourquoi pas en octobre ? Un album non pas pour vivre l'été, mais pour le revivre. Pour ces moments assis sur une chaise de jardin à frissonner au passage de la brise fraîche d'automne. Pour ces instants où l'on veut s'enfuir, se rappeler les marades des mois précédents, se réfugier dans ce passé chaud et confortable. Ou encore pour d'autres se remettre en mémoire les nineties dorées, les douceurs de Yo La Tengo, les fulgurances lo-fi de Pavement ou encore la pop cristalline des Smiths (le jeu de Johnny Marr a dû traumatiser Courtney).

Le groupe a le don de mettre à l'aise l'auditeur dès les premières mesures. En témoigne la première piste, la bien nommée "Easy", qui résume bien la philosophie de Courtney et ses compères ; "If it takes all summer long/ Just to write one simple song/ There's too much to focus on/ Clearly there is something wrong." Immédiate, la musique de Real Estate l'est assurément. Dès la première écoute, difficile de ne pas être bercé par ces guitares tranquilles, d'être émerveillé par la simplicité des mélodies, d'être emporté par les boucles harmoniques qui se répètent inlassablement, portées par la batterie calme d'Etienne Duguay et la voix shootée au Valium de Courtney.
Depuis leur premier essai de 2009, le son est plus clair, leur artisanat plus rodé. C'est une évolution tranquille pour le groupe, dont on pourrait dire ici qu'il fait "pareil qu'avant, mais en mieux". Les arpèges obsédants, leur marque de fabrique, sont toujours là, plus addictifs encore. Mais leur mixture gonfle peu à peu, de chanson en chanson, leur art se perfectionne, se bonifie davantage. Les textes, entre autres, sont plus affinés. "All those waisted miles/All those aimless drives through green aisles/Our careless lifestyle/It was not so unwise" chante Courtney, toujours fin contemplateur du mode de vie peinard du banlieusard aisé américain.

Chaque chanson est une petite perle de douceur et d'insouciance. Ces "Out Of Tune", "It's Real", "Younger Than Yesterday" ou encore le morceau de bravoure "All The Same" (7 minutes d'engourdissement voluptueux), touchent notre corde sensible nostalgique et nous précipite des mois, des années en arrière. Une preuve qu'il n'est pas besoin d'être visionnaire pour émouvoir, de se prendre la tête pour faire de la bonne musique.

Alors, Days, disque rétrospectif de l'été, mmh ?

Chronique de Pauline (Goûte Mes Disques) 18 / 20

Posté le 07/11/2011

Dans le marasme culturel de l'indie-pop, les clones sont légion. C'est presque logique tant on se positionne de plus en plus dans l'écoute à tout-va, et qu'avec cette excitation de la nouveauté on oublie parfois de butiner et apprécier les disques sur leur durée pour que l'amour naisse. Et puis il y a les groupes qui nous facilitent franchement la tâche, comme Real Estate.

Le groupe du New Jersey aujourd'hui basé à Brooklyn a déboulé avec son nom impossible à googler, en même temps que les tout aussi merveilleux Ducktails. D'un coup, ils ouvraient la voie à une pop psychédélique et mystique, plus tropicale qu'hallucinogène pour Ducktails, plus romantique qu'électrique pour Real Estate. Un album éponyme en 2009 marquait alors le début d'une carrière dont on devinait qu'elle serait en permanente expansion. On pouvait entrevoir un noyau de talent qui se multiplierait à l'infini. Ce qui force la fidélité avec Real Estate, c'est qu'ils sont uniques. Ça paraît banal, mais c'est en fait si précieux qu'on oublie trop souvent de le souligner. Comme tout les bons groupes, ces jeunes gens ont un son de guitare particulier, une voix qui se signe en bas de chaque titre et tout un monde dans leur composition, du genre à plonger l'auditeur en apnée. Un disque de Real Estate ne s'oublie pas, il se range dans une case bien spéciale de la mémoire. Et quand on le ressort un jour, c'est pour revoir tout ce qu'on y avait laissé.

Et puisque Real Estate est un groupe génial, ils savent d'un album à l'autre dilater ce son qui leur est propre, soigner ses contours, le polir pour lui donner de beaux angles et un relief incroyable. Après la révélation du premier album, on passe à l'émerveillement du deuxième. On retrouve une innocence qu'on ne croyait plus possible depuis les palpitations amoureuses de la twee des années 90. Les mélodies tire-larmes semblent être composées sur le même virage qui emmenait Slowdive vers Mojave 3 en 1995. Sur cette route vers un eldorado musical, qui ne s'inscrit dans aucune période, mais qui vient se poser sur un hors-temps, dans une innocence si fugace.

On en vient à promettre à Real Estate un futur radieux, à l'image de groupes comme Yo La Tengo, qui ont su braver les âges sans prendre une ride, qui ont fait rugir leurs guitares plus fort que les autres, tranquillement, quand personne ne regardait. Des chœurs furieusement catchy ("It's Real") des longs morceaux instrumentaux, bandes-originales d'un road trip à la Wim Wenders ("Kinder Blumen"), aux amorces de pop psychédéliques pleines de lumière ("Wonder Years"), Real Estate tient les rênes d'un rêve musical qu'on voudrait infini.


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