Chronique de Bona (Xsilence)
U2, Red Hot, Metallica, Green Day, Coldplay, Oasis ... Du genre on lève le briquet bien haut, on chante par coeur les paroles fédératrices et on se laisse entrainer dans une grande messe populaire qui peut soit vous enchanter, soit vous dégouter totalement devant une telle soumission de l'être humain face à un groupe de trois à cinq personnes ...
Le vrai indieboy déteste le rock de stade. Il ne jure que par une production dépouillée, un son rêche au possible, des hymnes de garçon autiste, des chansons pour jeune adulte mal dans sa peau qui veut se donner une "indie credibility" comme un jeune de Saint-Denis veut se donner une "street credibility" ... Le vrai indieboy déteste Kasabian et détestera Velociraptor!.
Kasabian fait du racolage. Kasabian chante pour les foules, pour un public toujours plus étendu. Kasabian lisse son image en regrettant tous ses écarts dans la presse, ses autoproclamations fumeuses à la Gallagher. Kasabian se mue en véritable groupe populaire, fédérateur et géant des années 2010. Et Kasabian a raison. Si l'on me donne une messe, autant que ce soit la leur.
Car si Kasabian est aujourd'hui l'auteur d'un album aussi écrasant que Velociraptor!, c'est bien parce qu'il a décidé de se muer en machine monstrueuse, gargantuesque. Un Leviathan qui s'affranchit de toutes ses limites pour offrir un album de cette envergure.
L'oeuvre de Kasabian réussit à mêler de la meilleure des façons une certaine idée de la pop anglaise comme sur le très réussi "La Fée Verte" ou le moins bon (et seul échec de l'album) "Goodbye Kiss", à une attitude de sale gosse et une patte indéniable dans la musique électro-rock. Conviant une masse d'influence parfaitement digérée à leur grand et festif banquet, Kasabian prouve avec cet album qu'il est définitivement un des grands groupes populaires de notre temps. Des morceaux de la trempe de "Days Are Forgotten", "Man Of Simple Pleasure" ou "Re-Wired" viennent prouver que l'on peut toujours rocker aussi fort aujourd'hui. Il suffit de prendre "Re-Wired", morceau bulldozer, porté par un riff écrasant et hymne en puissance de Kasabian pour comprendre la nouvelle puissance de frappe acquise par le groupe aujourd'hui.
Le groupe ne s'égare plus ou très peu. Il fait preuve d'une cohérence à toute épreuve. Tous les membres sont parfaitement en harmonie pour créer la bande-son de l'ère de iPod. "Switchblade Smiles", morceau parfait du nouveau Kasabian vient parachever une oeuvre démente, rageuse et populaire. Un cri de libération dans une époque peut-être trop polie pour se la péter façon rock. Grandiloquent, grande gueule, tête à claque, mais parfaitement juste : "Neon Noon" est un grand morceau final mélancolico-électronique.
Alors le racolage, c'est pas si mal, hein ?
Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques)
En trois albums qui ont été autant de succès commerciaux retentissants, ces messieurs de Kasabian se sont imposés comme les plus grosses paires de baloches du rock britannique. Des types qui donnent certes l'impression d'avoir des egos surdimensionnés mais à qui l'on pardonne tout quand ils nous balancent à la tronche des tubes incontestables comme "Club Foot", "Where Did All The Love Go?" ou "Shoot The Runner". Des lads qui écrivent pour les lads et pas pour leurs nombrils. Bref, autant de raisons qui font qu'on aime Kasabian et qu'on se fout allègrement de la poire de ces couillons finis de Beady Eye.
En grand roi de l'esbroufe et en sa qualité de chouchou du NME, la tête pensante Sergio Pizzorno n'a pas manqué de s'épancher dans la presse sur le processus créatif qui a accompagné la naissance de ce Velociraptor!. On a donc entendu tout et n'importe quoi au sujet de ce disque, qui allait être tantôt "heavy", tantôt avant-gardiste. A jouer avec nos pieds, on n'avait fini par ne plus tirer de plans sur la comète, convaincu qu'à l'arrivée, Kasabian allait nous faire du lad-rock à la Kasabian, et que tout le monde serait plus ou moins content. Et bingo, c'est exactement ce qu'il s'est passé.
On retrouve donc sur ce quatrième disque à la production XXL (merci Dan The Automator, qui avait déjà fait des merveilles sur West Ryder Pauper Lunatic Asylum) les habituelles marottes du groupe dopées aux effets de manche racoleurs mais pas trop. Et vas-y que je te balance du rock de stade sans qu'on ne voie rien à y redire tellement c'est efficace, et vas-y que je regarde un peu dans le rétroviseur avec une petite ballade en forme d'hommage aux ancêtres de la pop psyché, et vas-y que je te fasse croire que tout ça est le fruit de savantes alchimies. Parce que finalement, c'est le canard anglais The Observer qui a le mieux cerné le groupe et nous en livre une description parfaite: "Kasabian remain a mash-up of Primal Scream, Happy Mondays and, of course, Oasis; one labouring under the delusion of being a little bit experimental". Tout est ici dit et il ne reste plus maintenant qu'à apprécier Velociraptor! comme on apprécie tous les disques de Kasabian: dans la capacité du groupe à créer un album foutraque de rock mal dégrossi qui suinte la perfide Albion par tous les pores, dégageant au passage une odeur prégnante de pinte tiède et de Benson & Hedges. Et en privilégiant surtout l'efficacité à l'originalité. Et il faut alors reconnaître à Kasabian une maîtrise plutôt parfaite de cette formule.
On aimerait (et on pourrait) critiquer Velociraptor! pour sa propension à être ultra-prévisible (son principal défaut) et parfois un peu léger au niveau de l'écriture, mais aussi complètement pompier et plein d'autosuffisance. Puis on comprend que c'est ce qu'on aime aussi dans un certain rock anglais à grosses ficelles, et là, on arrête d'intellectualiser le propos et on se laisse porter par les nombreux refrains fédérateurs de Velociraptor! Et on aime (souvent) ça. Et on en redemande.