The Hazards Of Love

The Hazards Of Love

The Decemberists

11 / 20 2009 Capitol Album / CD  Vinyle

Chronique de Blackcondorguy (Xsilence) 11 / 20

Posté le 24/03/2009
Comme tout écrivain commence par des courtes nouvelles avant de se lancer dans l'écriture d'un roman, Colin Meloy sous couvert de son groupe The Decemberists nous écrit ici son premier roman intitulé The Hazard of Love.

Après un prologue écrit, une fois n'est pas coutume, par l'accordéoniste et claviériste Jenny Conlee, on se lance donc dans la lecture auditive de cette histoire, qui met en scène Margaret (Becky Stark de Lavander Diamond), éprise d'un homme des forêts métamorphe du nom de William (interpreté par Meloy). Le couple devra faire face à la jalousie de la reine des fées (Shara Worden de My Brightest Diamond) et d'un libertin (encore Meloy). Les rôles masculins secondaires sont confiés à Jim James de My Morning Jacket. La distribution est faite, la pièce peut commencer.

On a qualifié ce disque de rock opéra, il était à la base prévu comme une pièce de théâtre et il porte, comme tous les textes de Meloy, des éléments romanesque. Un sacré mélange de genre, donc.
De là, il est assez difficile d'évaluer ce concept album en tant que disque. Certes, l'oeuvre est très cohérente, la composition est extrêmement travaillée et variée (on passe de la folk au hard rock) et l'interprétation est irréprochable. Cependant, adieu l'approche second degré des premiers opus, adieu les mélodies pops imparables et la simplicité qu'on entrapercevait encore difficilement sur The Crane Wife. Les morceaux sont tout à fait corrects, mais ont peu d'intérêt à être écoutés pour eux-même. Quant à l'écoute complète de l'album, il faut avoir envie de se plonger dans un morceau de 58 minutes 36. Je ne peux déjà pas m'écouter le Tommy des Who en entier sans bailler, et il y a pourtant d'excellents morceaux dessus.

De manière très subjective, je ne peux mettre une trop bonne note à cette album, auquel je n'adhère pas vraiment. Autant dire qu'en matière de musique, je préfère les courtes nouvelles évocatrices, comme celles de Picaresque. Mais si vous êtes amateur de pièces musicales, que vous cherchez de la grande composition, alors assurément vous trouverez plus d'intérêt que moi à ce Hazards of Love. Ne jugez donc pas par la note et faites vous votre propre avis.

Chronique de Popop (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 07/04/2009

Il y a des mots qui font peur. Des mots qui donnent des envies de meurtre. Des mots qui rappellent de mauvais souvenirs et que l’on voudrait enfouir à jamais dans un coin de sa mémoire. Il y a même des mots qui sont un peu tout cela à la fois, des mots comme « opéra rock » par exemple. Depuis sa popularisation par les Who, Genesis ou Pink Floyd dans les années 70, le genre est devenu un tel poncif, une telle impasse artistique, un tel exutoire pour mégalomaniaques en tous genres qu’il est difficile de ne pas être pris de convulsions à sa seule mention.

Inutile de dire donc que c’est à moitié à reculons que l’on aborde The Hazards Of Love. A moitié seulement car bien qu’il s’agisse d’un opéra rock dans toute sa « splendeur » (c'est-à-dire avec son histoire, ses différents personnages plus ou moins récurrents, et ses thèmes musicaux à multiples reprises), c’est d’abord à un nouvel album des Decemberists que l’on a affaire - et la carrière jusque-là exemplaire des Américains joue plutôt en faveur de la bête. D’ailleurs, connaissant l’ambition démesurée de Colin McMeloy, son talent de compteur d’histoires et son amour immodéré pour les chansons à rallonge, on savait bien que ce type de projet nous pendait au nez (le EP The Tain paru en 2005 en était une répétition miniature).

Et de fait, The Hazards Of Love ne déstabilisera guère quiconque a déjà usé The Crane Wife jusqu’à la corde : même approche mélodique, même arrangements minutieux, même construction complexe des morceaux (poussée à son paroxysme ici, exercice de style oblige) et même propension à lorgner vers le folk progressif. Le véritable bouleversement tient à l’histoire en elle-même, ou plutôt à ses personnages féminins interprétés par les exquises Becky Stark de Lavender Diamond et Shara Worden de My Brightest Diamond. Non seulement la présence de ces égéries modernes apporte une véritable bouffée d’air frais à un scénario assez invraisemblable, mais surtout elle éclipse le groupe lui-même, relégué au rang de faire-valoir – ou de backing-band de luxe.

Et c’est là tout le paradoxe de ce projet : ça ressemble à un album des Decemberists, ça en a l’odeur et le goût, mais une fois en bouche, ce sont les arômes nouveaux qui viennent titiller les sens de l’auditeur et l’emmener très loin. Colin McMeloy a beau interpréter à lui seul tous les rôles masculins de l’histoire, ce sont les apparitions de ses muses qui portent le projet vers le haut – comme sur l’épique "The Wanting Comes In Waves/Repaid". Guère étonnant quand on sait qu’à l’origine The Hazards Of Love devait être une comédie musicale et que les personnages féminins s’y taillaient la part du lion.

Au final, si le disque est plutôt une réussite malgré quelques longueurs (les inévitables répétitions de thèmes et autres transitions instrumentales inutiles), son manque de spontanéité et de chansons accrocheuses risque de frustrer les fans de la première heure. Reste à espérer qu'une fois ce projet complètement derrière lui, le groupe retourne à plus de simplicité comme sur l’inusable Picaresque. Saluons tout de même la performance d’un album forcément casse-gueule et courageusement anachronique à l’époque du tout numérique et du zapping musical.


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