Cults

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Cults

18 / 20 2011 In The Name Of Album / CD  Vinyle

Chronique de GrotesqueAnimal (Xsilence) 18 / 20

Posté le 07/06/2011
Il pleut, il fait moche, il fait froid, mais c'est l'été. L'été, sa chaleur, son soleil, sa plage, ses barbecues, ses campings, ses douces soirées, ses couchers de soleil, ses romances d'une saison, ses séparations... Trois mois dans l'année qui sont aussi la période de la décompression, de l'oubli des soucis, de l'enthousiasme, de la légèreté. Dans le domaine musical, il y a quelques années, les chaînes de télé nous offraient ces tubes de l'été, ces consommables instantanés, oubliés depuis et sur lesquels on ose à peine danser dans les mariages franchouillards. Aujourd'hui, Cults, couple new-yorkais propulsé icônes néo-pop en deux temps trois mouvements, bien aidé par Pitchfork et la hype associée, nous offre l'album de l'été 2011. Ni plus ni moins.

Surf pop, chillwave, synth pop, electro pop... Dur de classer le phénomène Cults, sans en restreindre l'étendue, l'énergie et la portée. Sans en perdre les délicates et suaves saveurs, en le coinçant dans une boîte trop petite pour lui. Toujours est-il que sur ce premier album éponyme, le dénominateur commun des 11 morceaux proposés semble être un revival des chansons pop-rock-folk des années 60. Voix adolescente de Madeline Follin, choeurs omniprésents (son partenaire masculin ne parle plus qu'il ne chante, par exemple sur "Abducted"), mélodies enjouées, retour du slow langoureux ("You Know What I Mean"), guitares entraînantes : ces ingrédients parsèment, après avoir été passés au mixer avec des sonorités électroniques d'aujourd'hui, des chansons ni trop courtes ni trop longues. Une recette simple mais efficace et transcendée par Cults. De plus, Madeline et Brian nous mentent, nous désinforment : il y a bien plus que de l'allégresse ou de la naïveté dans leurs chansons. Ces quelques accords, aussi enfantins soient-ils, cachent des paroles finement ciselées ("Bad Things") et aux premiers échos, des performances live plus que convaincantes.

Même si les membres de Cults ne le reconnaissent pas entièrement, cet album est principalement un hommage. Un hommage réussi, entendons-nous bien. On en veut pour preuve les nombreux samples vocaux et musicaux distillés ci et là. Qui ne pense pas aux Ronettes en écoutant "Bumper" ou "Most Wanted" ? On pense à la Californie, aux vagues, aux planches de surf, aux Beach Boys (!). Cette période insouciante et rêvée qu'on ne connaît (pour la plupart d'entre nous) qu'à travers des images certainement clichés. On se ressaisit et on se dit que ceci a été fait à New-York. Ils sont fortiches quand même. On veut de la fraîcheur, la ration est plus que satisfaisante. Mention spéciale à l'artwork par ailleurs : ces noir et blanc et ces photos de corps nonchalants voire désarticulés sont très réussis.

Alors, peut-être que les membres de Cults vont disparaître aussi vite qu'ils sont apparus. Je ne souhaite en aucun cas ce gâchis. Peut-être que la magie de cet opus restera figée en l'an 2011 ; que le réécouter en 2012 sera pénible ; qu'un autre phénomène hype et néo-pop prendra le relais ; que le prochain essai du duo sera lamentablement manqué et Cults viendra compléter la longue liste des groupes brillants mais maudits. Oui, on peut craindre pour l'évolution de ce groupe et les dangers des carcans stylistiques et musicaux qu'ils ont eux-mêmes créés. Mais on peut être aussi impatient et confiant. Je l'annonce : je suis d'ores et déjà impatient et confiant.

Et puis merde, profitons-en ! C'est l'été non ?

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 18 / 20

Posté le 24/06/2011

Il n’y a même pas un an, les New-Yorkais de Cults n’étaient qu’un groupe de plus qui commençait à faire le buzz sur Bandcamp et particulièrement apprécié des nez les plus creux de la blogosphère. Nous sommes en juin 2011, l’été vient à peine de débuter et on se demande bien ce qui va empêcher le groupe emmené par Brian Oblivion et Madeline Follin de rythmer la saison de tous les fans d’indie-pop de la planète. On le sait, le retour des beaux jours s’accompagne d’une quête effrénée du disque « simpliste mais pas trop » censé correspondre à l’état de décontraction extrême induit par des températures saisonnières plus que clémentes. Et c’est vrai qu’à ce petit jeu, on va avoir bien du mal à faire mieux que Cults, qui peut en plus se targuer de bénéficier du soutien de la machine Columbia Records (via l'imprint In The Name Of de Lily Allen) pour assurer sa présence dans les hautes sphères du rock indé.

La recette du succès ? Elle est en apparence d’une simplicité enfantine, comme c’est souvent le cas avec ces groupes qui optent pour une soi-disant facilité et dont le savoir-faire pop n'est que trop rarement reconnu à sa juste valeur. Ainsi, si l'on veut généraliser, on peut dire que la paire Oblivion / Follin nous sert une version un peu moins gnan-gnan et autrement plus sonique du bonbon acidulé She & Him. Comme avec le groupe formé de M. Ward et Zoey Deschannel, on décèle sans trop se forcer un amour inconsidéré pour les girl groups né de l'imaginaire spectorien, Ronettes et Crystals en tête. Mais là où She & Him surjoue la carte de la nostalgie, Cults donne à ses vignettes pop en noir et blanc des airs de modernité en conviant claviers sirupeux, guitares légèrement bruyantes et samples discrets. Parce que oui, il y a un peu de Best Coast et de Raveonettes là-dedans. Partant de ce postulat plutôt alléchant, le groupe a ensuite l'élégance de nous pondre une volée de titres absolument irrésistibles, dont certains figureront à l'évidence parmi les plus plébiscités de cette année. En effet, des titres comme "Abducted", "Never Heal Myself", "Bumper" ou "Go Outside" sont empreints d'une telle candeur qu'ils suffisent à nous faire oublier Fukushima ou la crise économique le temps de quelques minutes de pur bonheur hédoniste. Et même si on ne croise pas de "doo wop" ou de "na na na" ingénus sur ce premier album, dans nos têtes, c'est l'allégresse qui prévaut.

Si l'on se demande quand même dans quel mesure le groupe va pouvoir continuer à jouer la carte de la fausse naïveté sur de futurs albums, on ne peut s'empêcher de penser que même s'il sombre un jour dans la médiocrité ou le grand portenawak, il nous aura au moins pondu un disque aussi intergénérationnel qu'intemporel. Et comme c'est loin d'être donné à tout le monde, il mérite bien un peu de notre respect.


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