Chronique de Bona (Xsilence)
Car oui, on l'aura compris, au bout de trois albums, McCombs est atrocement talentueux. Un talent pur, brut et malheureusement peu maitrisé. Si ce talent rayonne par intermittence sur de nombreux morceaux, la cohérence n'est jamais totale et McCombs se fourvoie parfois dans des choix annexes douteux et contestables.
Le premier reproche que l'on peut faire à la galette est la voix encore parfois peu maitrisée du chanteur. "Lionkiller", morceau d'ouverture extrêmement crispant, en est la preuve. Le morceau est répétitif, peu inspiré et est porté par la voix chevrotante d'un McCombs que l'on aurait presque envie de baffer tellement c'est insupportable ! Il n'y aurait pas eu pire façon de commencer l'album. Mais cela est encore plus dommageable que l'on sait que la voix de McCombs peut atteindre des sommets. Preuve en est la somptueux et acoustique "Petrified Forest". Une chanson terriblement prenante, rythmée et surtout surprenante dans son traitement. Après les passages acoustiques, on retrouve une magnifique période en basse ronflante qui vient clore le morceau dans un manteau d'obscurité confortable avant le dernier sursaut de la voix de McCombs. Une voix cette fois fragile mais convaincante.
Cette facilité à singer Thom Yorke peut parfois aussi déranger. Si le pastiche s'avère correct à de nombreuses reprises comme sur "Pregnant Pause", le chanteur se fourvoie à plusieurs reprises dans la surenchère nettement moins enthousiasmante.
Heureusement, il y a bien quelque chose que l'on ne peut enlever à McCombs malgré les menus défauts. La qualité de ses compositions. Si l'emballage se révèle parfois approximatif (et ce n'est pas une question de lo-fi désirée, ou de performances volontairement bancales ... C'est juste parfois bancal), les chansons dans leur fond sont généralement inspirées, hormis le morceau d'ouverture. Le groupe qui accompagne McCombs, notamment les percussions, servent parfaitement l'oeuvre du chanteur et ce dernier impressionne toujours autant dans sa maitrise des instruments. Chaque morceau est l'occasion d'assister à un défilé de maitrise instrumentale. McCombs put faire des erreurs mais jamais sur la musique en elle-même et la production sublime le tout.
Si plusieurs morceaux sont encore dispensables, le tout commence à gagner en cohérence, McCombs murit de plus en plus et l'on se retrouve avec de véritables chefs d'oeuvres, encore plus que sur les albums précédents. Ceux-ci se retrouvent stratégiquement placés, comme si McCombs savait qu'il fallait tenir éveiller l'auditeur et le garder jusqu'à la fin pour asséner ses plus beaux coups au coeur. En témoigne le poignant "Windfall" qui prouve encore une fois qu'en se débarrassant de l'influence folk/Radiohead, McCombs se sublime réellement. La voix sur le bord du fil, les arrangements somptueux ... Tous les éléments se retrouvent pour fonder un morceau essentiel de la discographie de McCombs. Et que dire de la ballade finale, le terrible "Wheel Of Fortune" ... Quand je vous disais que l'album était placé sous le signe de la fatalité.
En progression constante, mais encore trop attaché à ses errements passés, McCombs ne progresse que lentement, mais celle-ci est de plus en plus tangible au cours des albums. Un chemin de croix (plus pour lui que pour l'auditeur) vers l'album ultime...
Chronique de Nicolas (Goûte Mes Disques)
Quand on l’avait quitté, voici près de trois ans, Cass McCombs n’était qu’un songwriter parmi d’autres. A l’époque, l’Américain était le dépositaire de seulement deux albums acoustiques (A et PREfection) qui, s’ils sautillaient allégrement sur la frontière pas toujours perceptible séparant le folk et la pop, ne lui permettaient pas de trouver sa propre voie. Dès lors, l’arrivée de Dropping The Writ s’avérait être un des plus redoutables quitte ou double de ce début d’année : soit il rangeait définitivement Cass McCombs au rayon des éternels espoirs, soit il lui permettait de prendre une nouvelle dimension. Après avoir pris le temps de digérer ce Dropping The Writ, nous plancherons à coup sûr vers la deuxième solution.
Toujours aussi difficile à mettre sous l’éteignoir, le singer-songwriter américain possède en effet le don de déconcerter son auditoire. Derrière son dandysme qui lui sert de refuge, l’Américain Cass McCombs ne laisse à personne le soin d’approcher d’un peu trop près son univers, renvoyant alors à Nietzsche tous ceux qui s’essaieraient à voir dans les paroles de quelconques références autobiographiques. À l’image de son auteur, la musique proposée sur Dropping The Writ est reptilienne, se faufilant entre les qualificatifs. Bien sûr, on pourrait uniquement voir cet opus comme la production la plus pop de Cass McCombs, évoquant par moments même un certain Elliott Smith, mais cela ne reflèterait que très partiellement le spectre musical visité par l’artiste. Tour à tour, ce sont donc l’americana, la new wave voire le rock psychédélique qui se trouvent conviés à la table de ce crooner du nouveau millénaire, tout aussi baroque que classique. Au bout du compte, si ce troisième album est sans doute le plus difficile à commenter de la discographie de Cass McCombs, il se révèle également le plus passionnant et le plus surprenant. Dès lors, on nourrit le secret espoir que le songwriter continue dans la voie qu’il semble s’être trouvée. Le chef-d’œuvre étant à portée de main...