Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop)
À Noël, Gorillaz offrait en cadeau à son fanclub The Fall en téléchargement gratuit. Ce projet a été enregistré durant le Plastic Beach Tour aux Etats-Unis durant l’Automne… grâce à un iPad, la fameuse tablette tactile d’Apple. Comme quoi il suffit d’un outil technologique ultra-polyvalent, d’un peu de créativité, de moments de répit et d’une once de génie pour créer un curieux album, maintenant disponible dans le commerce en format physique. Merci Damon Albarn, merci Parlophone… et merci Steve Jobs.
The Fall c’est d’abord un album des Gorillaz sans être réellement un album des Gorillaz. Il s’agit plus, en fait, du carnet de route de 2D, l’alter-ego de Damon. Il a dessiné le paysage sonore inspiré de ses traversées des divers états, états d’esprit et régions géographiques (le désert de l’Arizona, les Montagnes Rocheuses, la Californie…), de ses escales dans les grandes villes américaines (Detroit, Chicago, Dallas…). Ces instantanés musicaux à 90% digitaux sont rythmés par les beats électroniques et des mélodies qui laissent vagabonder parfois notre esprit comme des sacs plastiques qui traînent sur l’autoroute (« Little Pink Plastic Bags »). Durant cette tournée, le chanteur de soul Bobby Womack les a rejoint à Phoenix, Paul Simonon et Mick Jones aussi. Au terme de ce road-trip, le gène du non-sens anglais s’exprime à Seattle, avec du chant tyrolien. Hé ben, pourquoi pas?
Peut-on considérer The Fall comme un album des Gorillaz à part entière : la réponse est oui, comme un projet annexe au même titre que G-Side et D-Side. A écouter durant un voyage en voiture ou en train, côté fenêtre.
Juste pour dire que j’ai écrit cette chronique au beau milieu des volcans d’Auvergne, quasi coupé du monde moderne. La télévision ne capte pas la TNT, l’eau du robinet a le goût de la Volvic et sinon le silence, des oiseaux chantent comme dans les dessins-animés de Walt Disney. J’étais devant mon MacBook sous un bel orage, en train de digérer la délicieuse truffade de la veille s’il-vous-plaît.
Chronique de Billyjoe (Xsilence)
Il faut dire que The Fall est un album particulier dans la discographie du cartoon-band puisqu'il a été composé intégralement lors de la tournée nord-américaine du groupe à l'automne 2010 (de nombreux titres y font d'ailleurs allusion), avec les moyens du bord, c'est-à-dire un I-Pad et tout un tas d'applications qui vont avec. La composition aura donc été beaucoup plus rapide et spontanée que lors des exercices précédents, et cela s'entend.
Ce n'est guère une surprise quand on connait la façon dont l'album a été enregistré, mais The Fall est assez éloigné de ses grands frères à plusieurs égards : il est davantage orienté électro, souvent instrumental et d'une manière générale, plus basique. Damon Albarn vient tout de même pousser la chansonnette sur "Revolving Doors" mais aussi le bien sympathique "Little Pink Plastic Bag" ou encore "The Parish Of Space Dust". Bobby Womack est également présent pour un morceau (sobrement intitulé "Bobby In Phoenix"), lui qui avait marqué de son empreinte "Plastic Beach" avec, entre autre, l'excellent "Stylo". Et puis même si les morceaux sont plutôt simples et courts, ils ne dénotent pas pour autant avec l'univers si atypique de Gorillaz. Sans parler du fait qu'ils compensent souvent leur manque de profondeur par des mélodies imparables ("Detroit", "The Snake In Dallas" ou "Amarillo").
Ce disque est une bonne occasion pour Gorillaz d'explorer de nouvelles contrées : l'électro donc, mais on surprend également le groupe à lorgner avec le psychédélique par moment ("The Speak It Mountains", "California & The Slipping Sun"...). On est donc loin d'une simple version light de ce qu'a déjà fait la bande auparavant.
Non, on ne l'avait pas vu arriver cet album, et il constitue au final une bonne surprise pour les fans du groupe. L'exercice est évidemment particulier en raison de la méthode et des conditions d'enregistrement. Malgré tout, on reconnait la "Gorillaz touch" et l'ensemble est cohérent et agréable à écouter.Cependant, inutile de se mentir, aucun morceau n'ira faire de l'ombre aux "Clint Eastwood", "Feel Good Inc" et autres "Stylo".
The Fall n'a pas les épaules pour rivaliser avec ses prédécesseurs, mais l'ambition d'Albarn n'était de toute façon pas là.
Un disque qui reste destiné aux fans avant tout.
