Chronique de Sirius (Xsilence)
C'est l'un des grands apports sentimentaux du rock'n'roll à la musique des hommes : la violence. Pas une violence noble et froide d'officier prussien. On a pas envie d'envahir la Pologne quand on écoute du rock'n'roll. Non une violence viscérale, immédiate, une violence de proximité. Le meurtre plutôt que la guerre. Et si l'on devait juger un groupe de rock à ce seul critère, Pissed Jeans serait le groupe parfait, King Of Jeans l'album définitif. Premier morceau et ta mère déjà suce des bites en enfer : naissent par milliers des désirs irrépressibles de vomir des épinards à la crème et de dessouder ses frères humains. Totalement abrutissant, au sens premier du terme.
Et cette violence a ce je-ne-sais-quoi de... comique, chez Pissed Jeans. Du grand-guignol barbare façon Evil Dead 2 (oui le 2 parce que le 2 est bien meilleur que le 1). Cette voix de dément arrachant sa camisole y est sans doute pour quelque chose. Les beugleurs du hardcore font rarement dans le Dean Martin, c'est entendu, mais ce Matt Korvette là... Le diable de Tasmanie oui. Son charabia vociféré (on sait que c'est de l'anglais mais à part ça...), comme s'il avait les couilles entre les mains de Jack Bauer, est pour ainsi dire... splendide, dans le genre. Parfois, entre deux cris, on l'entend même chanter ("R-Rated Movies", entre 44sec et 1min24). Et c'est pas dégueu. Vraiment doué ce garçon.
Ce disque, qui comme tout les grands albums de hardcore ou d'eurodisco est idéal pour faire sa muscu (dorsaux et deltoïdes notamment), n'a qu'un seul véritable défaut mais il est de taille : le premier morceau est aussi le meilleur. Chef-d'œuvre de belliqueux neuneu, "False Jesii Part 2" écrase tout sur son passage. Une bombe, une attaque thermo-nucléaire. Difficile de revenir à la vie et de s'intéresser au reste de l'album.
Chronique de Romain (Goûte Mes Disques)
Quand on s’ennuie ferme dans une ville pourrie par le chômage et qu’on prend une guitare, c’est plutôt pour brailler que pour chanter la joie de vivre. Ca, Matt Korvette et ses comparses, comme une ribambelle de groupes punk avant eux, l’ont bien compris. Issus d’Allentown, troisième plus grosse ville de Pennsylvanie et bourbier notoire, c’est tout naturellement que ces types se sont lancés sur le chemin de la contestation sociale, dans les traces de Black Flag, Flipper, et autres pontes du hardcore des années 80 made in California.
Pourtant on est loin des hymnes « anti », classiques du genre. Pissed Jeans nivelle les grandes causes par le bas en dénonçant les petits tracas du quotidien en lieu et place de la machinerie capitaliste ou de l’état policier. Leur précédent opus chez Sub Pop, Hope For Men, leur avait valu le titre de grands maitres du dérisoire et du banal, et pour cause ! Pissed Jeans est peut-être le seul groupe au monde qui peut se vanter d’avoir pondu un titre décoiffant à propos… d’une crème glacée ! Certains trouvent dans ce type de textes la source d’un questionnement métaphysique infini ou le témoignage d’une angoisse existentielle incommensurable, nous, nous gageons plutôt - à raison sans doute - que Pissed Jeans fait dans l’autodérision. Crise de la trentaine, femmes revêches et gueule de bois incurables, autant de thèmes traités à la soude caustique tout au long de ce King Of Jeans en proposant quelques passages étonnants ; il est notamment question sur « Spent » du manque de réconfort apporté par l’ingestion d’un verre d’eau au petit matin, ou, sur « False Jesii Part 2 », de l’intérêt de porter un T-shirt noir et de jouer du conga !
Au niveau instrumental, on l’a dit, Pissed Jeans va chercher dans le hardcore primaire et noisy à souhait. Ils nous servent un jeu de guitare bien lourd, tissé de riffs simples et vrombissants, qui va parfois se perdre dans le stoner ultra-pesant façon Sleep (« Spent »). Entre des titres bien plus rythmés, de ceux qui cassent un dos en huit à force de headbanging (« Half Idiot » ou « Dream Smotherer »), on trouve des réclamations suaves (« Request for Masseuse » ; ça tombe bien !) et quelques pamphlets fustigeant l’American way of life (« Pleasure Race », « Goodbye (Hair) » ; il en fallait bien un peu tout de même). Le tout est orchestré de main de maitre par Alex Newport (At the Drive-in, The Locust, Sepultura), une valeur sûre au pays du heavy.
Du tout bon en vérité, ce King Of Jeans! Si vous avez encore quelques réticences à passer la tête de votre boss à la photocopieuse ou à renvoyer votre épuisante bonne femme à ses parents, il n’est pas impossible que cette plaque vous donne un coup de pouce pour passer à l’action : Pissed Jeans vous sait nerveux, mais Pissed Jeans est là pour vous !