Chronique de GrotesqueAnimal (Xsilence)
Posté le 04/01/2012
On a tous eu un tonton Jeannot. Le tonton marrant, sympa, que tout le monde aime (sauf les voisins ou les cousins éloignés, parce qu'il parle trop fort et a l'alcool mauvais), qui fait rire la famille lors des repas du dimanche, qui nous passe les chocolats sous la table, sans qu'on ne se fasse engueuler. Le tonton qui nous fait découvrir plein de choses, avec qui on fait tout et rien, qui nous raconte les histoires de sa jeunesse, les groupes de sa jeunesse, les pépées de son époque, le temps des courriers en papier et des téléphones à cadran. Il radote un peu, mais on l'aime bien. Le tonton qui nous a accompagnés en tout temps de notre adolescence et nous a aidés à grandir.
Un jour, cependant, tonton Jeannot, il change, du moins, à nos yeux. Il prend de l'âge, il a moins de cheveux, il devient encore plus rouge après ses 7 verres de vin habituels. Il fait plus rire grand monde à table – parfois même, il sort des blagues racistes et tout le monde regarde ailleurs, gêné. Les chocolats, désormais, on peut s'asseoir dessus. Il n'entend plus bien, il ne voit plus bien, et en plus il a ramené une nouvelle copine, une fille de trente ans sa cadette, écolo-bobo et qui fait chier tout le monde à Noël car elle veut du boulgour avec son steak de soja.
C'est exactement ce qui m'est arrivé avec The King of Limbs, lors de sa première écoute. J'étais malgré tout encore jeune lorsque j'ai obtenu In Rainbows presque gratuitement, et c'était le premier album de Radiohead que j'écoutais directement après sa sortie. Avec les albums d'avant, j'avais découvert une autre musique que mon éducation Nostalgie, et de là, je dénichais des dizaines et des dizaines d'autres groupes. Après tout ça, Radiohead a vieilli et moi aussi, d'ailleurs. On a bien vieilli ensemble. Mais quand même, c'est quoi ces morceaux ? Où c'est que c'est les mélodies, les guitares, le rythme, le rock quoi ? La base, putain. On cite comme inspirations et partenaires Flying Lotus et Four Tet ou même Burial : je suis pas hermétique à l'électro, mais là je la cherche. Suffit pas de danser comme Jean-Luc Lahaye en noir et blanc pour faire un bon single, merde. J'allais devoir tuer une idole. Une de plus. Tonton Jeannot devait souffrir mon courroux, à coups de couteau à huîtres.
Puis j'ai réécouté. Inutile de vous la faire longue : l'album est très bon en fait. On le savait pas au début, mais TKOL est bien un album de Radiohead. "Codex", c'est "Pyramid Song" mais en mieux. "Lotus Flower", c'est la petite sœur d'"Idioteque". Les quatre premiers morceaux sont maladroits certes, mais efficaces car culottés. "Little by Little" est le meilleur titre de la galette, avec le temps. Et "Separator", avant d'avoir fait fantasmer des dizaines de sites de fans comme annonciateur d'un TKOL2, est peut-être le meilleur track de fin sur une œuvre du quintet. TKOL est sobre, épuré, parfois fouillis, souvent beau, court. Court... tout est relatif. Depuis sa sortie, les chutes de studio se sont accumulées et quatre singles de très bonne facture sont apparus : "Supercollider" et "The Butcher" (morceaux purement Radiohead-2011), "Staircase" (qui rappelle la période Kid A) et surtout "The Daily Mail" (qui nous ramène au jazzy "Life in a Glasshouse"). En toute honnêteté, si ces quatre morceaux avaient pris la place de "Feral", "Give Up The Ghost", "Morning Mr Magpie" et "Bloom" sur l'album principal, TKOL serait sans hésiter un des meilleurs opus de l'année récemment achevée. Quoi qu'il en soit, on pourrait débattre de leur prétention, de leur discours, du choix de distribution de l'album, du "c'était mieux avant", du prix de leurs places de concert pendant des heures, il ne resterait qu'un constat : Radiohead fait de la musique. Cet album a divisé les fans comme jamais (tant mieux, ça fera le tri), et cet album est surtout un grand doigt adressé au monstre médiatico-musical que York et sa bande ont créé bien involontairement. Même si cela m'amène à m'interroger sur ma sexualité, je n'hésite pas à dire que je l'aime bien, ce doigt.
Tonton Jeannot, en fait, il sait plus trop quoi faire dans ce monde, donc il fait de son mieux et il pense qu'à lui parfois. Mais moi je l'admire toujours autant.
Un jour, cependant, tonton Jeannot, il change, du moins, à nos yeux. Il prend de l'âge, il a moins de cheveux, il devient encore plus rouge après ses 7 verres de vin habituels. Il fait plus rire grand monde à table – parfois même, il sort des blagues racistes et tout le monde regarde ailleurs, gêné. Les chocolats, désormais, on peut s'asseoir dessus. Il n'entend plus bien, il ne voit plus bien, et en plus il a ramené une nouvelle copine, une fille de trente ans sa cadette, écolo-bobo et qui fait chier tout le monde à Noël car elle veut du boulgour avec son steak de soja.
C'est exactement ce qui m'est arrivé avec The King of Limbs, lors de sa première écoute. J'étais malgré tout encore jeune lorsque j'ai obtenu In Rainbows presque gratuitement, et c'était le premier album de Radiohead que j'écoutais directement après sa sortie. Avec les albums d'avant, j'avais découvert une autre musique que mon éducation Nostalgie, et de là, je dénichais des dizaines et des dizaines d'autres groupes. Après tout ça, Radiohead a vieilli et moi aussi, d'ailleurs. On a bien vieilli ensemble. Mais quand même, c'est quoi ces morceaux ? Où c'est que c'est les mélodies, les guitares, le rythme, le rock quoi ? La base, putain. On cite comme inspirations et partenaires Flying Lotus et Four Tet ou même Burial : je suis pas hermétique à l'électro, mais là je la cherche. Suffit pas de danser comme Jean-Luc Lahaye en noir et blanc pour faire un bon single, merde. J'allais devoir tuer une idole. Une de plus. Tonton Jeannot devait souffrir mon courroux, à coups de couteau à huîtres.
Puis j'ai réécouté. Inutile de vous la faire longue : l'album est très bon en fait. On le savait pas au début, mais TKOL est bien un album de Radiohead. "Codex", c'est "Pyramid Song" mais en mieux. "Lotus Flower", c'est la petite sœur d'"Idioteque". Les quatre premiers morceaux sont maladroits certes, mais efficaces car culottés. "Little by Little" est le meilleur titre de la galette, avec le temps. Et "Separator", avant d'avoir fait fantasmer des dizaines de sites de fans comme annonciateur d'un TKOL2, est peut-être le meilleur track de fin sur une œuvre du quintet. TKOL est sobre, épuré, parfois fouillis, souvent beau, court. Court... tout est relatif. Depuis sa sortie, les chutes de studio se sont accumulées et quatre singles de très bonne facture sont apparus : "Supercollider" et "The Butcher" (morceaux purement Radiohead-2011), "Staircase" (qui rappelle la période Kid A) et surtout "The Daily Mail" (qui nous ramène au jazzy "Life in a Glasshouse"). En toute honnêteté, si ces quatre morceaux avaient pris la place de "Feral", "Give Up The Ghost", "Morning Mr Magpie" et "Bloom" sur l'album principal, TKOL serait sans hésiter un des meilleurs opus de l'année récemment achevée. Quoi qu'il en soit, on pourrait débattre de leur prétention, de leur discours, du choix de distribution de l'album, du "c'était mieux avant", du prix de leurs places de concert pendant des heures, il ne resterait qu'un constat : Radiohead fait de la musique. Cet album a divisé les fans comme jamais (tant mieux, ça fera le tri), et cet album est surtout un grand doigt adressé au monstre médiatico-musical que York et sa bande ont créé bien involontairement. Même si cela m'amène à m'interroger sur ma sexualité, je n'hésite pas à dire que je l'aime bien, ce doigt.
Tonton Jeannot, en fait, il sait plus trop quoi faire dans ce monde, donc il fait de son mieux et il pense qu'à lui parfois. Mais moi je l'admire toujours autant.