Chronique de X_Lok (Xsilence)
Sans nouvelles depuis quelques années, alors qu'ils sont restés bien actifs... Armand & Virginie, choisissent 69, chiffre universel, polyvalent, forcément sexuel, pour nommer ce projet.
La voix d'Armand nous manquait, elle me manquait. C'est une évidence. l'entendre, cette voix irradiée, à la limite de fêlure, tellement claire par moment, sur de nouveaux morceaux qui ne sentent pas le réchauffé ou les reprises mal bricolées (je ne vise bien entendu pas du tout ce chanteur qui s'époumone en rejoignant un pseudo groupe au nom de Tour parisienne..) le son, tout est là, ou presque, manquerait presque l'innocence, l'attitude, le punk. Ou pas. Nous ne sommes plus dans les 90's, cette fois-ci nous sommes en 85.
Ici il est question de "novo-rock" comme ils le soulignent eux mêmes, de la pop noisy à souhait, remplie d'effets, avec une boîte à rythmes en guise de batteur. Tordue, bizarre, influencée, et ultra-produit (on sent presque les heures à tâtonner les potards pour trouver Le son). La basse sonne toujours aussi fort, aussi carrée, couplée à un synthé bien appuyé, synthé qui ne perd pas une occasion de s'écarter d'une mélodie pour en faire un... Un truc inclassable & indéfinissable, voilà l'image que j'ai de cet album.
La guitare martelée par une tige de métal (Rock 'n' Latex), ou juste par un simple médiator, qui dans les doigts d'Armand se métamorphose en machine de guerre, au service du rythme. Bien entendu, ceux qui pensent réentendre Plug ici vont être déçus (encore que...), la même énergie, la même envie, mais sans... comment dire, sans ce coté Jesus Lizard, cette hargne presque naïve. Mais la voix d'Armand, triturée par bien des effets, n'en devient que plus hypnotique, nous proposant presque même des balades (maltraitées), de belles chansons pop déviées & déviantes ("Lux").
Album forcément bancal, avec ses coups de génies & ses chansons un peu passe-partout, mais ce n'est bien sur pas la perfection que nous recherchons, ce n'est pas non plus ce qu'ils veulent proposer... Pas une redite, pas un changement totale, juste une évolution.
Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques)
Des groupes français produits par l'influent Steve Albini qui tapent tellement dans l'œil d'une PJ Harvey que celle-ci décide de les emmener en tournée et qui ont droit à leur Peel Session, ça ne court malheureusement plus les rues depuis quelques années. Les derniers à avoir réussi une telle prouesse s'appelaient Sloy, étaient signés sur le label Roadrunner (avant que celui-ci ne devienne un repaire pour métalleux de pacotille ou vieilles gloires essoufflées) et ont, comme trop d'excellents groupes, connu un succès commercial plus que limité tout en bénéficiant d'une solide crédibilité dans les milieux un tant soit peu informés. Grands amateurs de Devo, des Talking Heads ou de The Cramps, Armand Gonzales, Virginie Peitavi et Cyril Bilbeaud ont ainsi sorti trois albums, dont deux absolument indispensables (Plug et Planet of Tubes), avant de se séparer en 2000. Depuis, c'était le silence radio, ou presque.Il y a bien eu en 2006 la parenthèse folk Sabo et l'album 8 saisons à l'ombre sur Ruminance. Mais malgré la sympathie qu'on pouvait accorder au projet, on peinait à y trouver le petit grain de folie qui avait fait de Sloy l'un des plus beaux fleurons du rock alternatif français dans les années 90.
Heureusement, avec le projet 69, la donne change et l'enthousiasme est à nouveau de rigueur. Formation réunissant Armand Gonzales et Virginie Peitavi, 69 s'est donné pour mission de créer un nouveau genre musical - comme s'il s'agissait là d'une espèce en voie de disparition. Fini donc le rock alternatif mâtiné de punk, le duo Gonzales / Peitavi est aujourd'hui tout acquis à la cause du novo-rock, une musique qui, comme ils l'expliquent, "puise dans les sonorités synthétiques et analogiques pour se réinventer". Mais au-delà de la création du genre qui, vous le comprendrez vite, n'a rien de bien novo, c'est surtout le plaisir de retrouver la fougue et l'énergie d'antan qui confère à ce disque son caractère si jouissif. En effet, avec Sloy, Gonzales et Peitavi ont contribué à foutre un bon coup de pied dans le cul de la scène rock hexagonale, démontrant qu'un télescopage frontal entre Shellac et les Talking Heads pouvait fonctionner à merveille. En 2010, il vous suffit de remplacer Shellac par P.i.L. et vous obtiendrez déjà une petite idée de ce à quoi peut ressembler 69. Quant au coup de pied, il fait toujours autant de bien à un rock made in France qui a toujours autant de mal à fonctionner à contre-courant des tendances dominantes. Férocement minimaliste et reposant en grande mesure sur les excentricités en tous genres d'un Armand Gonzales toujours aussi débonnaire, la musique du groupe jour la carte de l'immédiateté et de l'urgence avec ses riffs secs, sa basse monolithique et ses claviers outrageusement vintage. En un mot comme en cent: salutaire.