Veuillez Rendre L'Ame (A Qui Elle Appartient)

Veuillez Rendre L'Ame (A Qui Elle Appartient)

Noir Désir

17 / 20 1989 Barclay Album / CD  K7 Audio

Chronique de Pascha (Xsilence) 17 / 20

Posté le 24/10/2010
Ce qui frappe, c'est la présence consistante et métaphorique, consciente ou inconsciente de l'élément qu'est l'eau, froide ici, trouble, hantée, remuant l'esprit et faisant boire parfois la tasse. Même la guitare de Serge Teyssot-Gay transcrit le climat marin dans ses humeurs changeantes qui, déchaîné, engage dans une noyade assurée. La pochette est très représentative des ambiances tumultueuses sous la surface, où baignent quatre jeunes gars aux mines spectrales, Bertrand Cantat semblant en alerte d'un danger proche à la forme d'un squale. Un danger souvent bravé dans la vie face à une prédation médiatique que le groupe a appris et sû garder à distance déjà à cette période.

Découvert à rebours personnellement, après le radical Du Ciment Sous Les Plaines, ce premier album fait entendre que Noir Désir s'est débarrassé de l'accent new wave qui habite le ep six titres sorti deux années auparavant pour libéré un rock iodé accompagnant habilement les paroles d'un chanteur à la voix tourmentée. Instruments et chants s'accompagnent, se donnent les répliques dans un même courant tantôt calmé, tantôt énervé. Se balader près du lent "Le Fleuve" et on sent une trame violente surgir, guitare écumante de Sergio, cris de sirène maléfique ou plainte d'une baleine lointaine sortie du violon de François Boirie dit Bubu, qui accompagnait le groupe à l'époque et qu'on entend ici sur trois titres dont "What I Need" et "The Wound".

Veuillez Rendre L'Âme (A Qui Elle Appartient), là où errent et flottent des corps insomniaques et cadavériques, échappe encore au sapage du temps, respire à la fois le froid humide, les brûlures extérieures écrasantes ("La Chaleur", "Joey I") mais surtout intérieures, manifestées par des tendances délirantes et hérétiques ("Sweet Mary" avec son piano devenant sordide, les incontournables "Les Ecorchés" et "A L'Arrière Des Taxis").

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