Interpol

Interpol

Interpol

14 / 20 2010 Matador Album / CD  Vinyle

Chronique de Romain (Goûte Mes Disques) 6 / 20

Posté le 29/10/2010

Est-ce qu’il faut voir dans cette pochette quelque peu explosive un signe de la désintégration annoncée d’un des plus grand groupe new-yorkais en activité ? Il est certain en tout cas que les choses n’ont pas été faciles pour le groupe ces derniers mois. Après le départ de son emblématique bassiste Carlos Dengler et un précédent album pas franchement folichon, il semblerait qu’Interpol traverse en ce moment une période de remise en question sévère. A tout cela s’ajoutent des tensions internes qui auraient carrément fait capoter la tournée des festivals à venir tandis qu’au même moment la tournée pour U2 dont ils assuraient la première partie était massacrée par les problèmes de dos de Bono. Dommage pour un groupe dont les deux premiers albums avaient mérité une couverture médiatique exceptionnelle en plus d’un succès critique retentissant. Désormais, il semblerait que leurs parts soient parties dans l’escarcelle des National ou de Blonde Redhead qui, décidément, affichent une santé d’enfer et une inventivité toujours renouvelée.

Et ce n’est pas ce dernier opus qui va vraiment faire bouger les choses. On le savait travaillé, médité, et on n’en attendait que du bon – comme à l’habitude. Seulement à force de passer le papier verré pour arrondir les angles, Paul Banks a fini par gommer tout ce qu’il y aurait pu y avoir d’intéressant sur sa plaque. En l’occurrence, il ne reste plus rien des mélodies qui avaient fait la superbe d’Interpol il y a quelques années. Cet album est trop lisse, et beaucoup trop léché pour être sincère. On avait été habitués à de la mélancolie magnifiée, et tout ce qu’on récupère sur le coup c’est de la morosité en costume trois pièces. Avec un « Barricade » bien mou, digne du pire des Bravery, et un « Light » interminable, Interpol n’a pas grand-chose de très spectaculaire à proposer à ses ouailles, comme si se contenter de ressasser de vieilles habitudes avait encore été de trop. Des autres titres, estampillés par Banks « Interpol oldschool style », il n’y a pas grand-chose à dire si ce n’est qu’ils ont un pouvoir soporifique certain. Et alors, on commence tout doucement à comprendre pourquoi cette plaque a motivé si peu d’enthousiasme à sa sortie...


Chronique de Machete83 (Xsilence) 12 / 20

Posté le 20/11/2014
Comment décide -t'-on de chroniquer un album plutôt qu'un autre? Ça peut dépendre de plein de raisons : un coup de coeur soudain, un album que vous voulez réévaluer avec le temps, ou alors vous souhaitez enfoncer un disque que tout le monde considère comme un classique (convaincu que vous êtes qu' il est mortellement chiant), ou à l'inverse vous prenez un LP que vous voulez canoniser à tout prix alors que le reste du monde l'a ignoré.

Interpol d'Interpol ne rentre dans aucun des cas de figure cités jusqu'ici.

Il y a des fois où la vie décide pour vous et vous n'avez plus le choix. Imaginez vous êtes sans Internet, vous n'avez plus de sous et vous êtes perdus en pleine campagne. Que vous reste -t'-il? Les bacs à soldes. C'est ainsi que ce quatrième album d'Interpol se fraie un chemin jusqu'à votre platine. Et oui, entre l'intégrale des Dance Machine, des Isabelle Boulay et des Yannick Noah, cet album d'Interpol reste ainsi votre seul espoir. Et puis ça fait longtemps que vous n'avez pas écouté Interpol, 7 ans en fait, depuis que vous avez lâché avec Our Love To Admire.

Interpol valait-il ses 2,50 euros?

Quand démarre "Success", on est surpris de sourire en entendant les mecs en costard cravate. C'est simple, enlevé et ça fait plaisir à entendre après avoir écouté des compils des Inrocks toutes plus insipides les unes que les autres. Interpol conserve ainsi ce charme, ce son de guitare branché sur Ampli Marshall (je peux me tromper), avec ce léger écho. "Memory Serves" est moins immédiat, plus lent, un peu plus ennuyeux à vrai dire, mais après des mois de galère musicale hipsterienne ça ne fait pas mal. "Summer Well" permet de retrouver les belles rythmiques de Samuel Fogarino, l'un des batteurs les plus classes du monde. La chanson en elle-même est facilement oubliable (quand on compare aux fulgurances de Turn Off The Bright Lights et même d'Antics), mais reste sympa. Il lui manque quand même cette force et cette puissance du Interpol d'"avant", que l'on retrouve dans "Lights" et ce superbe final romantique. La mélodie de guitare est simple, évidente, et la rythmique est encore une fois prenante.Le titre suivant "Barricade" est lui aussi de bonne facture, malgré le fait que Paul Banks chante un peu trop dans les aigus dans le refrain. Ce morceau prouve tout de même l'attrait que peut avoir Interpol dans des morceaux plus dynamiques. "Always Malaise" (Quel titre!) sent le poison à plein nez, il plagie quelque peu "Turn On The Bright Lights" dans ses moments lents, mais c'est au moment où la chanson explose et prend son envol que le groupe redevient attractif, là encore dans son final."Safe Without" lorgne vers des rythmiques et des airs à la Radiohead première époque (tout en restant du Interpol), mais ce n'est pas dégueulasse. "Try It On" est de la même faiblesse que "Summer Well", le morceau nous passe à côté sans s'arrêter. L'enchaînement "All Of the Ways" - "The Undoing" reste un cran au dessus, malgré sa lenteur (qui reprend des idées du précédent album), et "The Undoing" permet d'apporter une dramatique bienvenue sur la fin, là encore plus intéressante lorsque Fogarino se met à cogner un peu plus sur la caisse claire et à jouer de manière plus insistante sur le charley. Sur la fin, on a un synthé qui se la joue fin du monde apocalyptique, c'est rigolo tout en sonnant bien...

Il est temps quand même de reprendre les bonnes habitudes et de ne plus avoir les bacs à soldes comme seule option. Cet Interpol a tout de même été très correct malgré tout, bien qu'il ne soit pas du niveau de ces prédécesseurs.

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