Play Blessures

Play Blessures

Alain Bashung

20 / 20 1982 Philips Album / CD  Vinyle  K7 Audio

Chronique de Pascha (Xsilence) 20 / 20

Posté le 13/08/2017
Allô, les pompiers ? Amenez-vous vite, il y a un type qui s'incendie volontaire !

Bruit d'une sirène : Poooon piiiin pooon piiiin poooon ... ! Comme imite ce synthétiseur de "C'est Comment Qu'on Freine", chanson de rupture non apte à se taper les mille bornes conjugales. A moins qu'il s'agisse d'une assistance respiratoire qui s'emballe ou bien un essoufflement d'angoisse ? Bonjour l'ambiance ! Car Play Blessures est une traversée de pièces et de couloirs sombres imprégnés d'odeur d'alcool et de tabac froid qui déborde des cendriers, où l'on entend un Bashung croasser parfois comme une corneille ivre ("Scènes De Manager", "J'Croise Aux Hébrides"). Voici donc le disque gainsbarrien qui a marqué Miossec et fait aduler les jeunots messins de Grand Blanc. Un disque qui sonne incroyablement moderne malgré sa sonorité au bout de trente cinq années au compteur. Un disque ombrageux et malsain à passer sa déprime au fond de chiottes verdâtres et mal éclairées. Une deuxième effluve de sirène s'annonce pour l'instrumental "Prise Femelle" (et qui reviendra plus intensément pour "Strip Now" en fin d'album, que la maison Barclay aura ajouté en plus de deux autres titres inédits pour la réédition de 1992). Une guitare grave qui ronronne sous la sonorité new wave kitsch dominant l'album, "Lavabo" fascine autant qu'il peut inquiéter, laissant suggérer à notre imagination des scènes interdites aux yeux des gosses derrière ce qui est chanté. "J'envisage" laisse un mauvais tag sur les murs et un écho d'état d'ébriété avancé où on sent qu'Alain Bashung est en désarroi total. Passé le chaotique et suicidien "Junge Männer", "Tromper D'Erection" conclut l'auto-sabordage discographique à coup de rythme rockabilly, contrebasse pénétrante, avec un refrain à la Tournez Manège sur un versant négatif pour un rendu à la fois pathétique et touchant.

Trois décennies et demi plus tard, il est possible qu'aujourd'hui on écoute Play Blessures avec une certaine admiration un peu naïve et de l'humour aux passages de calembours dans les paroles, quand on ne réalise pas trop dans quel contexte l'œuvre a été réalisée. Mais le malaise est tout de même là, encore palpable, avec une vraie ou fausse dérision, faisant émerger sur le coup une certaine empathie pour le chanteur. 

Une spirale descendante qui précède de douze années le fameux album plus fatal de Nine Inch Niles. Je n'ai pas souvenir que Trent Reznor ait découvert cet album. Pas sûr.

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