Deftones

Deftones

Deftones

14 / 20 2003 Maverick Album / CD  Vinyle

Chronique de Machete83 (Xsilence) 16 / 20

Posté le 15/04/2013
Après avoir publié ce qui restera comme leur chef-d'oeuvre (White Pony), Deftones revient trois ans plus tard avec cet album éponyme, peut être moins brillant, mais qui mérite tout de même les honneurs. Au fur et à mesure de l'histoire des Deftones, Chino Moreno a pris un peu plus de place, notamment en jouant de la guitare et hésitant de moins en moins à faire parler ses influences new-wave (d'ailleurs, White Pony est un peu au neo-metal ce qu'est Violator de Depeche Mode à la synth-pop, définissant les limites de son genre tout en les franchissant).

Pour Deftones, la musique est peut être un peu plus sobre, mais elle marque aussi l'aboutissement d'une décennie de travail avec le producteur Terry Date et l'album prend quelque fois l'allure de disque résumé, tout en tentant de nouvelles choses, surtout sur la seconde moitié.
"Hexagram" ouvre le disque en affichant des couches de guitare multiples, alternant accords baladeurs et refrains agressifs, le groupe est fidèle à lui même, planant, dangereux, peut être pas révolutionnaire sur ce titre, mais acceptons d'aller plus avant. "Needles And Pins" retrouve la précision de White Pony, tout en renvoyant à Adrenaline. Deftones est un groupe dont l'adage pourrait être le changement dans la continuité. Dans "Minerva", et à l'image du clip, on a l'impression que les Deftones marchent dans le désert, ne sachant pas trop où aller, les jeux croisés de Stephen Carpenter et de Chino Moreno à la guitare traduisent cette indécision, tandis que les effets de Frank Delgado sont toujours bien placés. "Good Morning Beautiful" transpire la sueur d'Around The Fur et les breaks de batterie d'Abe Cunningham pendant les couplets prouvent encore une fois son talent. "Deathblow"poursuit la traversée du désert avec son harmonica fuyant et sa guitare lestée par les coups de soleil, la sortie du morceau continue tout en guitares monocordes et en douceur.
"When Girls Telephone Boys" est un retour au bourrin, les atmosphères vénéneuses de Delgado toujours cachées sous plusieurs teintes de guitare, et à l'image de beaucoup de titres sur ce disque, la chanson progresse tandis qu'elle gagne en profondeur. La basse de Chi Cheng appuyant toujours justement la batterie de Cunningham. "Battle Axe" est l'un des meilleurs morceaux, long tremblement de terre sous le sable, atmosphérique encore, abyssal, Moreno et Carpenter toujours dans un duel transpirant entre metal et new-wave. "Lucky You" est l'hommage à Depeche Mode, sorte de décalque de "The Sweetest Perfection" (qu'ils reprendront d'ailleurs par la suite), où le chant de Moreno communie avec celui de Dave Gahan. Mais une fois l'hommage rendu, c'est bel et bien Deftones que l'on entend pour le côté menaçant. "Bloody Cape" est une autre balade sonique, abyssale, violente et sensuelle, aux mille couleurs tamisées. Romantique dans son chant, bien qu'énervé dans ses vagues à l'âme, Moreno donne l'étendue de ses possibilités. "Anniversary Of An Uninteresting Event" voit Moreno tutoyer les cimes célestes de déréliction (oui, à peu près... bref, il est stone) au lever du soleil, accompagné d'un piano sobre, d'une batterie solennelle et de claviers 80's pour un morceau contemplatif chantant un amour malheureux.
Enfin, "Moana" s'annonce en tension avec son intro sale et conclut pour Deftones, comme un résumé, un album à son image : calme et agressif, planant et véloce, mais peut être un peu en deçà ici, dommage.

Sans être une révolution, Deftones est un album attachant et traduit l'évolution qu'a connu ce groupe valant mieux que le courant dont il fut issu (il n'y a pas qu'eux heureusement...), affirmant sa singularité au travers de multiples influences. Un vrai groupe, quoi.

Retour à l'accueil