Swim

Swim

Caribou

18 / 20 2010 Merge Album / CD  Vinyle

Chronique de Serge (Goûte Mes Disques) 12 / 20

Posté le 18/05/2010

Pour les uns, ce sera assurément l'un des grands albums de l'année. L'un de ceux qui offre un instantané précis d'un certain air du temps, qui tente le crossover ultime entre culture électronique et influences folk, psychédélisme indie et recettes de la house la plus club (TB 303, piano...). Swim de Caribou, c'est Pantha du Prince chez Animal Collective, la house baléarique revisitée par Pitchfork Media. Ca sonne comme sonne un best of du label Kompakt dans la tête d'un musicien de, mettons, Four Tet ou Jagga Jazzist. Il y a de l'intelligence, des idées, de l'émotion et même des trompettes. C'est extrêmement riche, évidemment davantage que 90% des disques destinés à faire danser; ces galettes qui ne se contentent souvent que de jouer à partir de recettes éprouvées et maîtriser le contrôle des stimuli liée à l'ingestion de drogues (hop, une montée; hop, un break qui déchire...). Bref, c'est du travail savant, apte à se faire tresser les louanges par les amateurs de richesses musicales.

Pour d'autres, ce n'est qu'"Odessa", le single, qui est en fait la véritable claque. Pop sans être pute, il y a là-dedans de l'acid, de la mnml et du balléaric sans que cela ne soit jamais que de l'acid, de la mnml et du balléaric. Ce morceau est continuellement en équilibre précaire tellement il s'y passe des choses et c'est curieusement ce qui fait sa force. C'est aussi ce qui fait la faiblesse de l'album, tant le reste semble bien pâlichon à côté de ce monument. Tant le reste sonne sage, voire même un peu chiant, voire même carrément raté. Alors qu'"Odessa" est un morceau qui transporte tout sur son passage, le reste du disque navigue entre lourdeurs (attention l'eurodance, par moments...) et démonstration. A brasser trop d'influences, trop d'idées, trop de structures, trop de trop, ça devient vite n'importe quoi, indigeste, ennuyeux, éparpillé... Ou alors, c'est moi qui ait les oreilles déformées par trop de minimalisme et de tapage régressif. Quoi qu'il en soit, voilà : là où certains voient richesse et maîtrise, je m'emmerde et ne retiens de cet album qu'un single dévastateur ("Odessa", donc), un mid-tempo classieux ("Hannibal"), un relativement plaisant exercice de style à la Ellen Allien ("Sun") et une décalcomanie pas honteuse de Pantha du Prince ("Bowl").

Le reste, je comprends que cela puisse plaire. Ce n'est même pas scandaleux que cela plaise. Mais je peux aussi comprendre que cela ne plaise pas, cette goulache; que l'on puisse même estimer ridicule que certains indie-kids apprécient ceci parce que c'est sensé être mélodique et musical alors que c'est avant tout de l'electro pas toujours très finaude enrobée d'une fausse couche de respectabilité intellectualisante. Que c'est appliqué, sage, Ikéa. Que ça manque de pillules, de poudres, de sexe, de poils. Que cela ne retourne pas assez le cerveau des gens n'y connaissant rien au solfège. Et si la musique faite pour danser ne retourne pas le cerveau au premier venu, à quoi bon, je vous le demande?


Chronique de TiComo La Fuera (Xsilence) 18 / 20

Posté le 28/01/2012
Swim est la métamorphose de Caribou. Celle du passage de l'électronica confidentielle élaborée avec un kit d'apprenti laborantin avec une confiance toute relative, à une électronique chromatique et massive d'un aplomb trempé. Dan Snaith passe au niveau supérieur en bidouilles. Les compositions faites de toutes pièces de pistes instrumentales se voient gagner en rondeurs, en amplitude et en profondeur (de champs) : synthé techno pour "Bowls", flûte tranquille pour "Leave House"... sans oublier la voix fantomatique du londonien sur le frénétique "Sun". Cette grandeur manifeste prend appui sur un potentiel présent depuis longtemps, celui de manipuler les samples et d'avoir le jazz facile, en y ajoutant ce qu'il manquait : du pragmatisme pour faire danser qui éclate ici royalement. "Odessa" et "Sun" loin devant. Sans cacher ses racines, Snaith engendre une house à la fois minimale et sophistiquée à coup de big beats et une production au poil. Avec pour constante, ses atouts organiques et aériens intacts qui abreuvent ce cocktail exotique. Un costume d'apparat pour rembourrer, apprêter sa carcasse sans faire non plus le concours du plus gros beat... Le Caribou fait la roue tel un paon. Le charme opère illico.

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