The Chemistry Of Common Life

The Chemistry Of Common Life

Fucked Up

18 / 20 2008 Matador Album / CD  Vinyle

Chronique de Gérard Cousin (Xsilence) 18 / 20

Posté le 07/10/2008
Il fallait s'y attendre. Après une flopée d'albums et de EP's aux succès critiques et publics, des performances live controversées (MTV Canada garde un souvenir ému de leur passage) et des collaborations diverses et variées (de Xiu Xiu à Dinosaur Jr. en passant par Vampire Weekend) Fucked Up signe sur Matador, LE label indé du moment.
Et transforme au passage l'essai, en produisant ce second album, unanimement salué (Prix Polaris 2009).

Du coup ils en deviennent même suspects. Mais en fait non. Rien à dire. Un conseil pour les curieux: "Son The Father" résume presque entièrement l'album: un supergroupe avec Lars Frederiken au micro (pas à la basse malheureusement...) et Jay Mascis aux guitares, et qui vandaliserait les Bad Brains avec des plages bruitistes à la Sonic Youth et des nappes blanches à la Grandaddy, en arborant des T-Shirts des Dead Kennedys.

Ca fait un peu indigeste comme ça sur le papier, mais cette ratatouille fonctionne à merveille entre les grosses paluches humides de Pink Eyes, 10 000 Marbles, Mustard Gas, Mr. Jo et Bad Kid. Oui parce qu'ils ont des noms de merde aussi, j'en avais pas parlé de ça.

Mais à l'écoute de "Golden Seal", instrumental démoniaque et clairement inspirée des glennbrancateries de Moore/Ranaldo, il apparaît clairement sous la connerie et les beuglements un amour profond pour la chose musicale. Des percussions africanisantes aux cuivres discrets (non, ne pensez pas à NOFX) et aux nappes de claviers incongrus, il n'est pas une excentricité que Fucked Up ne s'autorise pas, et ils réussissent l'exploit de renouveler le genre en ouvrant grands les portes battantes du punk hardcore, sans pour autant le fourvoyer.

C'est clairement le genre d'album qui suscitent deux émotions: l'optimisme prudent pour les futurs albums, l'espoir que le chantre de cette nouvelle scène de Toronto drainera d'autres groupes aussi créatifs et respectueux. Et la crainte de voir ce soufflé fort sympathique s'effondrer comme une merde au fond d'une latrine ouzbèque.

En tous cas ce The Chemistry Of Common Life rassasie comme un steak d'orignal confit au sirop d'érable et prouve à pas mal de monde qu'il n'y a pas que des bûcherons tristes au Canada.

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 05/01/2009

Qu'ont en commun les lignes éditoriales du NME, de Q Magazine, de Vice, de Classic Rock et de Kerrang ? A première vue, pas grand-chose. Et pourtant, ils sont tous d'accord pour vanter les nombreux mérites de Fucked Up, ovni canadien qui débarque sur Matador après un premier album passé inaperçu (Hidden World) et des dizaines de singles que s'arrachent les fans.

Fucked Up fait partie de ces groupes sulfureux qui errent depuis de nombreuses années dans les limbes de l'underground sans que l'on puisse vraiment expliquer pourquoi il ne s'est pas attiré un peu plus tôt les faveurs d'un gros label. Car c'est un fait: ce groupe-là a tout pour plaire. Avant même de commencer à disserter sur la musique, on peut se délecter des anecdotes croustillantes qui circulent à son sujet (destruction d'un studio de MTV Canada lors d'un passage sur la chaîne, concerts aux airs d'émeutes ou accointances – démenties – avec un groupe aux idées un peu trop à l'extrême droite), prendre son pied sur les photos plutôt scandaleuses du groupe qui circulent ou simplement rigoler (ou non) des noms adoptés par ses membres - 10.000 Marbles, Mustard Gas, Pink Eyes, Mr. Jo, Concentration Camp et Young Governor.

Mais si quelques facéties scéniques et des noms débiles suffisaient à bâtir une carrière, ça se saurait – et on parlerait un peu plus d'Insane Clown Posse. Car si Fucked Up est un groupe qui mérite toute notre attention, c'est parce qu'il est parvenu à s'extirper de ce carcan monomaniaque que peut être le hardcore pour insuffler un peu de vie à un mouvement qui méritait bien un petit dépoussiérage en bonne et due forme. Mais que nos lecteurs les plus poppeux ou folkeux n'aient crainte, le but ici n'est pas de vous vendre à n'importe que prix le dernier ersatz en date de Sick Of It All. Fucked Up, c'est bien plus que cela. D'ailleurs, c'est tellement plus que cela que Fucked Up ne ressemble plus vraiment à du hardcore. Evidemment, certains canons du genre sont respectés à la lettre et on retrouve sur The Chemistry of Common Life cette rage incroyable et cette énergie brute qui continuent de faire les beaux jours du mouvement. Mais les Canadiens  n'entendent pas ressasser toute leur carrière durant les mêmes recettes éculées. Le hardcore se joue à toute vitesse? Fucked Up ralentit la cadence et rend ses compositions encore plus oppressantes. Le hardcore, c'est guitare-basse-batterie et puis basta? Fucked Up rajoute une ribambelle d'instruments (claviers, flûte, percussions, …). Le hardcore, c'est des enregistrements qui n'ont de studio que le nom et qui flairent la moiteur des salles? Fucked Up multiplie les pistes et les overdubs. Le hardcore, c'est un chanteur qui beugle à s'en péter les cordes vocales? Bon, Fucked Up, c'est un peu ça, mais c'est aussi des voix de femmes et des invités de marque (dont Sébastien Grainger des regrettés Death From Above 1979).

Finalement, en brouillant les pistes (allant même jusqu'à lorgner du côté du post-rock sur "Golden Seal"), Fucked Up, en bons fouteurs de merde qu'ils sont, s'amusent à arracher une à une les pages du  grand livre du hardcore – ce n'est qui n'est probablement pas pour plaire aux fans les plus indécrottables du genre – pour réécrire son histoire à leur sauce, extrêmement épicée. Bruyant, infernal, épique, sonique,… les qualificatifs pour décrire The Chemistry of Common Life ne manquent pas. Et n'essayez pas de vous en prendre au groupe, car il est à l'heure actuelle inattaquable sur son terrain. Mon conseil: jouez plutôt la victime consentante.


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