Chronique de Serge (Goûte Mes Disques)
L'an dernier chez le duo Wavves, c'était ambiance Anelka/Domenech. Sur YouTube, on peut toujours voir des bouts de la prestation désastreuse de Nathan Williams et Ryan Ulsh au Primavera de Barcelone, sous une pluie de bouteilles, une chorale de sifflets, et à deux doigts de se bourrinner la tronche. Score : exit Ulsh, parti jouer avec Nervehunt. Pour le remplacer mais aussi donner une direction un peu différente au groupe, Williams a vite engagé deux musiciens de feu Jay Reatard, Billy Hayes et Stephen Pope, respectivement batteur et bassiste. La vitesse, c'est coutumier chez Wavves, qui n'existe jamais que depuis 2008 et en est déjà à 4 albums (4, oui, il en est un de 2009 qui n'est jamais sorti!). Formé en novembre dernier, le trio n'a pas non plus attendu de voir si 2012 marquerait vraiment la fin de l'univers pour tenter de cartonner puisque le voilà déjà assis sur une nouvelle cohérence artistique, doté d'une force de frappe admirable et, pour tout dire, sans doute en passe de vite quitter la seconde division du rock (aussi hype soit-elle!) pour aller charrier un succès nettement plus populaire.
Dans le rôle du Schtroumpf Grognon, on s'amusera un peu à déplorer ce nouveau côté propret et gentil des Wavves, désormais parés pour la chasse aux dollars, ces «nouveaux Beach Boys grunge» comme écrivent déjà beaucoup de confrères. Il y a à "King Of The Beach" un côté tubesque un peu putassier, très nineties. En gros, c'est la recette des Pixies, plus tard reprise par tous ces groupes de boucs en chemises à carreaux, bons comme mauvais, légendaires comme cultes ; cette montagne russe power pop où les refrains sont des déflagrations de gros son contenus entre des couplets plus mélodiques et planants. Wavves s'inscrit partiellement dans cette tradition bien établie du college rock, tout en incluant également des influences plus anciennes (sunshine pop, Ronettes, choeurs qui font shalalala...) et en updatant le tout au son du jour, plus vraiment lo-fi mais toujours speed et un peu crado sur les bords. Ce fond, en soi, n'est nullement étonnant. Ce qui est nouveau et change radicalement la perception de Wavves dans le public, c'est la forme que prend tout cela, le professionnalisme nouveau appliqué aux chansons. Incontestablement, au regard du reste de la discographie du groupe, on est ici dans une autre catégorie, on s'est hissé vers un autre niveau.
L'évidence mélodique et la niaque noise de King Of The Beach, son respect de certains standards aussi, en font un album au potentiel des plus fédérateur. Le Schtroumpf Grognon dira que c'est tellement pro et facile à chanter sous la douche que l'on n'est pas non plus très loin de l'alternatif corporate à la Foo Fighters et il n'a sans doute pas tout à fait tort. Avec un peu de volonté et d'indulgence, on peut aussi voir ce disque comme celui qu'on attendait de Jay Reatard juste avant qu'il ne meure, en d'autres termes une tentative de Nevermind de la génération Vice Mag, élevée au rock garage juvénil de labels comme In The Red et au punk slacker. Au moment d'écrire ces lignes, juillet 2010, alors que l'album n'est même pas officiellement sorti partout et qu'on est en pleine période promo, il est un peu tôt pour parier sur la réalisation d'une telle prophétie commerciale. Par contre, ce qui est sûr, c'est que King Of The Beach est déjà pour l'éternité un disque rock parfait pour l'été, les trajets en bagnole, la cuisson de petites saucisses et l'ingestion de bières à proximité de piscines. Ce qui est déjà énorme, en vérité.
Chronique de Weeeed (Xsilence)
Certains sont plus pop, d'autres plus shoegaze, d'autres encore sont d'avantage garage, mais on croit distinguer certaines influences communes: Beach Boys, Phil Spector, The Jesus & Mary Chain. On cite aussi Dinosaur Jr, Sebadoh, Pavement, Pixies, Teenage Fanclub, Field Mice, Felt, Beatles, Byrds, Ride, My Bloody Valentine... Pas des manchots en résumé.
La surf music du XXIème siècle est là et bien là, prête à en découdre avec toutes les tempêtes que vous voudrez.
Dans ce vague mouvement qu'on a l'impression de voir se former sous nos yeux, au milieu de tout ces jeunes gens pleins de bonnes intentions, Wavves s'était d'emblée distingué avec un deuxième album quasi-éponyme sortit en 2009 (Wavvves avec 3 "v" (le 1er album sortit en 2008 étant passé quasi-inaperçu)) ultra lo-fi, chants-guitares et batteries étant fondues dans un mix d'une rare laideur, tellement atroce qu'on est à peu près sur qu'en enregistrant le groupe live avec notre portable on aurait pu faire mieux. Mais derrière cette distorsion inouï, on pouvait entendre quelques chansons magnifiques, au premier rang desquelles To The Dregs, So Bored et No Hope Kids. Sur des mélodies mélancoliques et entêtantes Wavves composait dès son deuxième album des chansons qui auraient pu, qui auraient du, devenir des classiques instantanés, des hymnes générationnels, si une production infâme n'en avait pas voulue autrement (cette situation fait d'ailleurs penser à tout le gâchis des grands mélodistes "lo-fi", les Lou Barlow ou Daniel Johnston).
Le troisième album cependant marque un changement de cap. Petit Nathan Williams est devenue grand, et s'il a eu le temps de chercher la bagarre avec les gars des Black Lips, virer Zach Hill et récupérer le bassiste et le batteur de l'ancienne formation de Jay Reatard, il a surtout pris le temps de murir et de se dire qu'enregistrer ses chansons correctement ça peut être cool aussi.
Le nouvel album donc s'appelle King Of The Beach (pas étonnant...) et on voit trôner sur la pochette un chat avec un pétard à la patte couronné d'une feuille de weed et portant une chaine en or (avec le symbole des francs-maçons) le tout sur fond multicolore. Très bien.
Pour ce qui est du contenu, ceux qui rêvaient d'un Wavves mieux produit seront ravis. Nathan Williams déverse son rock punk garage de manière bien plus audible et c'est donc avec un plaisir non dissimulé qu'on écoute ce disque. Les mauvaises langues entendront sur certains morceaux, notamment sur les premiers singles, les enthousiasmants "King of the Beach" et "Post Acid", des relents des groupes-sacrilèges des indés, à savoir Sum 41 ou Blink 182. Ne pas les écouter, et plutôt voir des influences du côté du rock alternatif américain de la fin des 80's et du début des 90's. La voix trainante de Williams, qui n'hésite pas à aaaaloooonnnnggeeeeer les syllabes, fait en réalité merveille associée aux guitares acérées, à cette basse enfin écoutable (ce n'était pas le cas sur le dernier album) et à cette batterie nerveuse.
L'univers de Wavves n'a pas contre, et c'est tant mieux, pas beaucoup évolué: cartoons, skateboard, weed, télé,... en somme rien très original pour un ado américain issu de la classe moyenne et qui tente comme il peut de tromper l'ennui.
Sur "Mickey Mouse" la voix noyée d'écho de Williams est d'une beauté et d'une pureté assez impressionnante, le genre d'écrin mélodique que n'importe quel groupe décent cherche souvent à atteindre mais n'y parvient jamais.
La plupart des chansons s'enchainent à cent à l'heure, et peu de répit est accordé à l'auditeur, les violents et néanmoins mélodiques Super Soaker (haaa le refrain avec "Stupid, stupid, stupid!", que c'est bon de gueuler ça sans fin!) ou Idiot en témoignant.
When Will Come, qui démarre tout pareil que Just Like Honey des J&MC offre une sublime parenthèse de rêve, avec ces "whooo-woooo-whohoooo" divins (non non, pas d'ironie là-dedans).
Il y a très peu de moments de moins bien à vrai dire dans cet album, et on ressent ici la cohérence qu'il manquait au précédent.
Et c'est en écoutant la sublime Green Eyes et ses couplets envoutants qu'on en vient même à se demander si on ne serait pas par hasard en présence de l'un des groupes de rock les plus talentueux du moment, du moins celui sur lequel on miserait bien une petite cacahuète pour le meilleur album de 2012...
En tout cas Wavves, avec ce King of the Beach, vient de nous livrer un bien bel album pour l'été. C'est déjà beaucoup.