Chronique de Rv (Xsilence)
Bref, trêve d'images et de ressassement du début du groupe. Aujourd'hui, dix ans plus tard, je suis, enfin, déçu par Goldfrapp. Les quatre premiers me plaisent, chacun pour diverses raisons, Seventh Tree étant à mon goût un peu plus faible que ses trois prédécesseurs, même s'il tape tout de même dans le mille.
Paradoxalement et malheureusement, Head First frappe également dans le mille, puisqu'il s'agit d'une sorte de revival des années 80 tout à fait réussi. Je disais malheureusement car il n'y a pas grand-chose d'intéressant dans cette démarche, musicalement parlant bien sûr.
Malgré tout, c'est très bien écrit, cela s'approche même de la perfection sur "Dreaming", le sommet du disque sur lequel il y a une involontaire résonance avec un fameux album de French touch sorti en 2001. Goldfrapp arriverait donc avec presque dix ans de retard ? Pas forcément, et là n'est pas le problème.
Head First ne contient que neuf titres, et seuls deux ou trois sortent du lot : c'est-à-dire que le duo n'est pas percutant sur la grande majorité de l'album. C'est assez plat, même si plaisant à écouter, en fond sonore. Encore faut-il admettre que la voix d'Alison Goldfrapp rattrape l'ensemble, l'empêche de tomber dans l'oubli total. Et l'on comprend mieux pourquoi le groupe a choisi de porter son nom. D'ailleurs, la comme toujours très réussie photo de couverture est le deuxième sommet du disque. Il n'y en aura pas d'autres.
Enfin, pourquoi terminer l'album sur "Voicething" ? C'est une très mauvaise conclusion à ce disque et aurait mérité de se trouver en position initiale, ou en milieu d'album, tel un entracte.
En résumé, j'ai essentiellement des regrets, bien que le groupe soit toujours en forme ("Dreaming" suffit à le remarquer). Le suivant sera sûrement bien plus excitant. En tout cas, Head First ne viendra pas combler ma discographie jusqu'ici complète du groupe.
Chronique de Gwen (Goûte Mes Disques)
On n’ose imaginer ce qu’a du subir la petite Alison Goldfrapp dans la cour de récréation pour être devenue une telle tête de bois. Sa silhouette de poupée mélancolique a souvent été trahie par ses discours peu enclins aux ronds de jambes et à la flatterie facile. Chaperonnée par Will Gregory, son éminence grise dès ses débuts trip-hopeux, la Reine des Neiges applique la même intransigeance dans sa musique. Pas question de servir deux fois le même album, qu’importe ce que vos oreilles réclament (bande de gueux, oserait-elle sans doute renchérir). Alison dicte sa loi et renvoie les plats en cuisine, depuis les brumes de Felt Moutain jusqu’à la dance "papier glacé" de Supernature, réinterprétant dans l’intervalle le cabaret berlinois sur Black Cherry ou s’amarrant au folk contemplatif sur Seventh Tree, dernière escale en date.
"Je hais les eighties. J’ai célébré l’évènement lorsque ces années furent terminées." Celle qui fit cette déclaration lors d’une interview en 2004 n’hésite pas à se mordre la langue aujourd’hui en emmaillottant son Head First de douze tonnes de lycra rose et de coiffure crêpée. Alison se fout des contradictions, Alison a décidé de provoquer en duel son passé d’adolescente complexée, Alison a décrété qu’elle voulait danser alors vous en ferez autant. Mais était-ce vraiment une bonne idée… pour nous?
Car, afin de satisfaire la belle, il a fallu libérer tous les mauvais esprits qui ont hanté cette décennie ravagée. On a dépoussiéré la batterie électronique qui émet des paf paf cotonneux et les claviers qui expulsent des mitraillages goldorakiens. Résonnez en choeur, échos synthétiques, Flash Dance vient de rouler la pierre de son tombeau! Et même si l’on peut apprécier l’intention festive, quel surprise peut-on encore pêcher dans cette marmelade trop sucrée?
C’était oublier un peu vite le talent des deux compères à fomenter de redoutables mélodies. Des petits airs à tête chercheuse qui iront se greffer dans votre cerveau reptilien jusqu’à ce que vous la fredonniez, cette putain de chanson. Soudain, vous vous surprenez à mumurer "Oh oh oh, I got a rocket…" devant la photocopieuse, inévitablement suivi de la claque mentale "Mais ça va pas, non? T’es pas censée aimer ce genre de saloperie!"
Et puis il y a la voix d’Alison, perfide sirène qui vient soudoyer vos points faibles. C’est le titre "Hunt" qui nous permettra par sa sobriété de retrouver cette douceur familière. On cesse enfin d’être aveuglé par les boules-à-facettes pour retrouver un peu de sérénité. L’album s’achève d’ailleurs sur l’entrelacement vocal "Voicething" qui fait étrangement songer aux tout premiers essais du duo. Un final en forme de retour aux sources qui annonce peut-être la direction du prochain album… Satisfaite de son petit caprice electro-disco, Alison peut reprendre ses valises. Elle voulait sans doute seulement rappeler à Little Boots qui était la patronne.