Chronique de Loc173 (Xsilence)
A la première écoute intégrale du machin, une chose frappe : James Murphy chante enfin réellement, décomplexé, sur de lui même. Bien sûr, il faut voir dans ses falsetti sur la corde raide une bonne dose d'humour et de second degré. Rien de nouveau chez le bonhomme...
On soupçonnait le James d'être un indécrottable geek, fan absolu de musique, génial copieur pour les uns, honteux voleurs pour les autres. La deuxième écoute, plus attentive, vient appuyer encore plus fort là où ça faisait déjà très mal. Je ne sais pas s'il faut voir dans ce jusqu'au-boutisme un ultime clin d'oeil du new-yorkais à tous ceux qui le taxent d'opportuniste, ou plus simplement, la dernière offrande d'un humble amateur de musique, fou d'amour et totalement dévoué à son art.
Du coup, tous ceux qui ont adoré les deux premiers efforts du groupe peuvent sauter les yeux fermés sur celui-ci, les autres ont tout intérêt à passer leur chemin.
Sous forte influence Bowie/Eno 77-83, les chansons sont quasiment toutes excellentes. Gageons que les peine à jouir trouveront encore des ressemblances, taxeront ce bon vieux Murphy de pâle copieur... Ils auront raison, il ne s'en cache même pas. Il faut seulement voir dans ces chansons très référencées le savoir-faire d'un artisan passionné, d'un érudit qui rend hommage aux glorieux anciens. Il suffit juste d'écouter ces chansons pour ce qu'elles sont : des petits plaisirs coupables qui se prennent pour des chefs d'oeuvre.
Un rapide tour du proprio s'impose : le single "Drunk Girls", sous perfusion "White Light/White Heat", fait son boulot, sans plus. Tout le monde aime "Heroes" de Bowie ? Bien sûr, James Murphy aussi. "All I Want" peut en attester, et de très belle manière. Ne vous inquiétez pas, Iggy est dans le coin aussi! Un nouveau "Nightclubbing" pour le millénaire ? "Somebody's Calling Me" pour tout le monde. Un "Pow Pow" plus classique, où le grand rouquin retente son phrasé à la "Losing My Edge". "One Touch" est très branchée Eno, qui s'en plaindra? "I Can Change" déborde de synthés vintage et le chant est plus que jamais assumé. Magnifique. "Home" vient conclure sublimement un album où les chansons dépassent presque toutes les six minutes.
Mais avant ça, LCD Soundsystem nous met la baffe intégrale. Murphy nous sort, en ouverture s'il vous plait, le track killer qui met toute la concurrence à genou. "Dance Yrself Clean", grandiose, magistrale, est une énorme claque. Les huit autres chansons auraient pu n'être que d'immondes choses, l'album m'eut paru génial. Ces neuf minutes sont du niveau des illustres "Losing My Edge", "Beat Connection" et autres "All My Friends". C'est dire...
Vous l'aurez compris, ce nouveau chapitre LCD n'apporte pas la révolution, tout ce que vous adoriez avant est là à nouveau. Mais quel bonheur !!! Ce disque tourne en boucle dans ma caisse depuis des semaines. Je ne m'en lasse pas. Et tant pis si c'est la dernière fois...
Chronique de Julien Gas (Goûte Mes Disques)
Que dire de James Murphy et de son LCD Soundsystem qui n'ait déjà été dit ? Patron du label DFA, boulimique de musique, pousseur de disques disco la nuit et chercheur de talents le jour, et on en passe. Mais le musicien est avant tout le frontman de LCD Soundsystem et l'homme d'une génération, celle dont la culture musicale tient sur un disque dur plein à craquer de musique mêlant toutes les époques et tous les styles. James Murphy est le père de ces trentenaires qui connaissent aussi bien The Fall et Iggy Pop que Daft Punk et TV on the Radio car, comme eux, il a bouffé du son plus que de raison.
Sur sa nouvelle plaque, le Mogul new-yorkais s'inspire cette fois de la trilogie berlinoise de Bowie (Low, Heroes, Lodger), en y ajoutant un zeste de Velvet Underground ou de Talking Heads. Et le père Murphy a tellement été influencé dans son processus créatif qu'il va parfois même jusqu'à donner dans du quasi sampling instrumental ! Le nouvel album de LCD Soundsystem serait-il un honteux plagiat annonçant les limites du groupe tant chéri ou, au contraire, un somptueux disque déclarant sa flamme au meilleur du rock et du post-punk ?
Petit retour en arrière: en deux albums, les New-Yorkais de LCD Soundsystem sont devenus un groupe emblématique et indétrônable du 21e siècle, une sorte de groupe culte pour les branchés, les fashionistas ou les amateurs d'indie-rock et d'électro, une formation qui joue dans la catégorie des poids moyens, tout en donnant des crochets du gauche dignes de véritables poids lourds, un peu comme le faisait Joy Division pendant les années 80 ou encore Pavement durant les années 90. Evidemment, leurs deux premiers disques ont pas mal assis la réputation de James Murhy et de sa clique - chose terriblement méritée, tant ils étaient bien fichus, efficaces, classes et dansants à la fois. On trouvait sur LCD Soundsystem et Sound of Silver une sorte d'électro-rock mêlant une série d'influences et sonnant terriblement moderne, comme si l'on avait mélangé la fureur du post-punk à l'hypnotisme de la house ! Il faut dire que dès le premier maxi du groupe, James Murphy nous avait balancé ses influences cash, avec un certain savoir-faire du "copier-coller". Le maxi s'appelait "Losing My Edge" et était bien pompé sur le "Change" de Killing Joke, en y ajoutant un chant façon Mark E. Smith, révélant tout le talent du groupe à puiser dans l'immense discothèque de James. En d'autres termes, une façon de réinventer la musique avec des influences über cool et une certaine classe pour les moderniser.
Sur ce troisième album, This is Happening, le trait a été forcé au gros marqueur, histoire de ne tromper personne, et le topo des tracks influencés par des classiques est très rapide à faire, même pour un novice du rock ou un mec à l'audition foireuse. Le puissant et efficace premier single, "Drunk Girls", n'est autre qu'une jolie copie de "White Light/White HeaT" du Velvet Underground, "All I Want" chope son gimmick au "Heroes" de Bowie et "Somebody's Calling Me" sonne comme le "Nightclubbing" d’Iggy Pop! "Un truc de dingue!" diront certains, "Scandaleux!" crieront d'autres. Nous, après avoir fait notre journaliste merdeux en déclarant que le "Père Murphy Noël" porte une fausse barbe, on dira surtout que "Ainsi va la musique". Des lignes de blues d'antan aux samples du hip-hop d'aujourd'hui, la musique a toujours été une somme d'influences plus ou moins dissimulées et de pompages plus ou moins explicites. Le tout est de savoir si les voleurs d'idées ont assez de talent pour vous faire croire que vous possédez là de nouveaux classiques prêts à remplacer les anciens joyaux. En ce qui concerne le troisième et dernier album de LCD Soundsystem, on restera mitigé.
Non pas que ce This is Happening soit mauvais, on dira qu'il est même plutôt bon. Simplement, les deux précédents disques avaient placé la barre tellement haut qu'il était difficile de tenir le cap et d'arriver, une nouvelle fois, à un tel niveau. This is Happening, en gardant le son qui fit le succès du groupe, s'oriente vers de nouvelles contrées plus pop où le patron-chanteur pousse sa voix encore un peu plus loin, comme sur "I Can Change". Comparaison exceptée avec les précédents, This is Happening n'en demeure pas moins un des grands disques de l'année, un peu moins grandiose, certes plus direct et référentiel, mais tout aussi essentiel et plaisant; un album qui boucle la trilogie de LCD Soundsystem haut la main et annonce plus que probablement la fin du groupe.
On assurera finalement que This is Happenig est un bon disque déclarant sa flamme au meilleur du rock et du post-punk, parce que ouais, on doit beaucoup à LCD Soundsystem et à DFA. Et puis, quand un groupe autant influencé devient aussi influent, on ne peut que tirer notre chapeau!