El Turista

El Turista

Josh Rouse

13 / 20 2010 Bedroom Classics Album / CD  Vinyle

Chronique de Dylanesque (Xsilence) 13 / 20

Posté le 23/02/2010
Impossible pour moi de dire le moindre mal de Josh Rouse. C'est un bon compagnon, qui sans jamais avoir bouleversé ma vie de mélomane, a toujours su me procurer de belles sensations, des albums attachants, réconfortants, une americana savoureuse et variée. Pourtant, je dois avouer que ce nouvel album m'a un peu déçu. C'est probablement (mais peut-être que je manque de recul) son essai le plus faible.

Subtitulo était déjà une déclaration d'amour à l'Espagne et à la nouvelle compagne du troubadour à lunettes. Un album ensoleillé certes, mais teinté de mélancolie, de mélodies douces-amères et surtout, de textes personnels qui visaient juste. C'est bien ce qu'il manque à El Turista, qui apparaît surtout comme une carte postale un peu vaine. On imagine bien Josh, les doigts de pieds en éventail, une sangria à la main, faire une sieste au soleil. On s'imagine aussi profiter de ces vignettes exotiques dans la même situation. Sauf que même si c'est agréable, ça s'apparente surtout à de la paresse. Et c'est éphémère. Je suis certain que des morceaux comme "Valencia", "Sweet Elaine" ou le tranquille "Cotton Eye Joe" seront délicieux lors des nuits d'étés qui s'annoncent, comme bande-son de mon prochain séjour en Espagne.
Seulement, une fois l'hiver revenu, El Turista tombera un peu dans l'oubli, car il n'a pas la profondeur nécessaire pour contenir autant de souvenirs que "Nashville" ou "Country House City Mouse". Il est trop lisse, trop ronronnant pour me procurer autant de bonheur sur la durée.

Et puis j'ai du mal à accrocher au chant en espagnol, ça lui donne une voix bizarre à Josh, ça ne sonne pas vraiment authentique. Trop de clichés, une ambiance un peu trop club de vacances. Tout est dans le titre. L'album se visite comme un touriste. On y vient pour se reposer, mais on ne s'attache pas, on garde nos habitudes et on repart avec tout juste un peu de sable entre les orteils. Josh Rouse n'est plus le troubadour qui nous emporte dans son univers, de Nashville à Barcelone, il est devenu un touriste un peu paresseux, un peu trop heureux pour avoir quelque chose d'intéressant à partager.

Je l'aime toujours autant, mon ami Josh, j'espère juste que ce n'était qu'un petit passage à vide. Un morceau comme "I Will Live On Islands" me conforte quand même un peu. Et je replongerais dans cet album en demi-teinte l'été prochain, on verra bien...

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 10 / 20

Posté le 16/06/2010

Alicante et sa région, votre serviteur la connaît bien pour y avoir passé quelques mois de sa trépidante existence lors d'un séjour Erasmus placé sous le signe de la glandouille et de l'hédonisme. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que culturellement parlant, ce petit coin de soleil pas bien loin de Valence a autant d'attrait qu'un bon vieux Nouvelle-Zélande / Slovaquie. Surtout connu pour ses mamies allemandes qui exhibent sur les plages du coin leurs belles poitrines aux airs de gants de toilette, la région est également la terre d'accueil de Josh Rouse depuis 2005. Et selon toute évidence, notre homme ne semble ne pas souffrir du mal du pays. Il faut dire que c'est l'amour qui a éloigné Josh Rouse de son Amérique natale, et aujourd'hui, il semble couler des jours heureux avec celle qui est devenue son épouse et avec qui il avait même enregistré un EP au titre explicite en 2007 – She's Spanish, I'm American.

A peine arrivé en Espagne, Josh Rouse s'était fendu d'un Subtítulo joliment ficelé et qui ne laissait pas planer de doutes sur les intentions du songwriter: l'artiste comptait bien se laisser imprégner de l'ambiance décontractée qui règne dans son nouveau home sweet home. Forcément, venant d'un mec qu'on avait adoré sur des disques plus arrangés et travaillés comme Nashville, ce retour aux fondamentaux et cette décontraction à toute épreuve avaient de quoi désarçonner. Mais aujourd'hui, les fans du bonhomme ont eu suffisamment de temps pour s'habituer à ce nouveau style et El Turista doit être interprété le plus simplement du monde: ce nouvel album est une fois de plus l'œuvre d'un type tombé amoureux d'une région et d'une culture. Et même s'il est retourné à Nashville pour y enregistrer El Turista, le disque a bien été écrit en Espagne lui. Au programme, une folk-pop matinée de jazz et de rythmes bossa qui n'a pour seul atout de séduction son caractère attachant. Mais assez anodin, Subtítulo pose problème: l'effet de surprise dissipé depuis belle lurette, on a l'impression d'entendre un album au mieux sympathique, au pire d'une banalité pas possible, qui n'aurait certainement pas trouvé un distributeur si son géniteur ne s'appelait pas Josh Rouse. L'homme a du talent, c'est indéniable, mais on vraiment l'impression que sur El Turista, il pense plus à son petit plaisir qu'au nôtre. Ce qui fort regrettable, vous en conviendrez.


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