Plastic Beach

Plastic Beach

Gorillaz

18 / 20 2010 Parlophone Album / CD

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 18 / 20

Posté le 08/03/2010

Rendez-vous inloupable avec l’une des formations les plus informatables du troisième millénaire : les Gorillaz. Plus qu’un simple side-project du leader des Blur, ce groupe génialissime a, en deux albums et une multitude de singles inoubliables, marqué cette décennie, qu’il achève avec ce Plastic Beach. Et ils reviennent de très loin, nos quatre personnages cartoonesques emmenés par l’alter-ego de Damon Albarn ont navigué vers des océans inexplorés en quête de découvertes.

Il y a un sens caché à cette île de plastique. D’abord, à entendre le titre phonétique, les esprits mal-tournés penseront à un synonyme de ‘poupée gonflable’… Cette métaphore représente un paradis artificiel, un idéal créé par notre société qui détourne notre regard de la vraie nature. Combien de gens étendent chaque été leurs corps sous les ultra-violets sur du sable pollué par les hydrocarbures et déchets de plastiques? C’est sur cette thématique écologie vs consumérisme que nous allons voguer avec 2D, Murdoc, Noodle et Russle, sur un air… marin de l’orchestre sinfonia ViVa. Les Hypnotic Brass Ensemble prennent le relai par une illumination de cuivres, laissant ensuite place à une rythmique servant à la phase d’introduction « Gorillaz and the Boss Dogg, Planet of the Apes ». C’est bel et bien la voix de Snoop Dogg, ses paroles qu’on entend sur ce message de bienvenue sur Plastic Beach. Il prête sa voix sur ce titre alors que Damon s’occupe du vocoder. Le monde à l’envers !

Un nouveau monde déboussolant au possible mais ô combien trippant. Un autre orchestre, oriental (libanais) cette fois, ouvre « White Flag », prélude d’un riddim ragga-tronique à mélodie ludo-minimaliste sur lequel Kano et Bashy, rappeurs issus de la scène grime, harponnent leurs flows. (Comme vous le voyez, je suis obligé d’inventer des termes pour parler de cet expérience musicale.) C’est complètement dingue, personne n’attendait les Gorillaz ici, sur des terres électro-pop inconnues. Quoique si, si on regarde avec le recul nécessaire l’évolution naturelle de leur musique et des modes du moment. Sauf que les Gorillaz ne surfe pas sur une vague de 2m de haut, mais baignent dans une mer d’idées que eux seuls ont trouvé, des associations de genres improbables qu’ils ont su astucieusement arranger. Je poursuis l’aventure avec « Rhynestone Eyes », chanson plus typiquement Gorillaz, premier titre où nous pouvons écouter la voix fatiguée de 2D à travers un mégaphone.

Piste 5 et 6 : les deux singles. Le premier, « Stylo » et son clip démentiel : une course-poursuite dans de grosses cylindrées entre les Gorillaz (qui sont passés à la 3D) et… Bruce Willis. Mos Def participe à cette track efficace en lançant un PSA ainsi que Bobby Womack, dont l’image de la tempête s’annonçant la vidéo convient parfaitement : lorsqu’il se met à chanter, la tension devient orageuse. On retrouve d’ailleurs notre chanteur Soul, plus calme et léger, sur « The Cloud of Unknowing », ce qui conforte cette représentation météorologique. « Superfast Jellyfish » est le second single, une second collaboration avec les De La Soul qui se trouvent comme des poissons dans l’eau sur ce titre hip-pop sous-marin. Pas aussi bondissant et marrant que « Feel Good Inc » mais pas moins fun, ça donne envie de chanter le refrain à tue-tête !

Puisqu’on ne peut pas trouver de précieux métaux sur leur île flottante, cela ne m’a pas empêché de découvrir le secret de leurs sonorités uniques : les lieux d’enregistrements, absolument inhabituels. Le Studio 13 restait le point de ralliement, mais les Gorillaz ont joué les globe-trotters, entre New-York, HollyWood (où niche Snoopy), Damas, le Niger, sur des plages du Sud de l’Angleterre et dans des décharges appartenant à l’entreprise Veolia, et même dans l’usine de moteurs d’avion Rolls Royce ! Comme on dit souvent, il faut de tout pour faire un monde, surtout le leur.

Les mélodies, qu’elles soient organiques ou non, s’accordent à cette expédition océanique (ou non…), comme les pianos de « Empire Ants » avec Little Dragon dans seconde moitié du morceau. Un superbe titre, l’un des meilleurs de Plastic Beach, avec « Broken ». Peut-être parce que Damon est très présent dessus et que la musique fait travailler notre imagination, pour nous situer dans leur monde imaginaire inspiré du réel. « Melancholy Hill », « Plastic Beach » avec Mick Jones et Paul Simonon, l’hawaiien « To Binge » et « Pirate Jet », avec « Superfast Jellyfish », les Gorillaz traversent les ports et les époques (des 60s aux années 80), en recyclant de vieux synthétiseurs pour créer des ambiances bord de mer. Pour un peu, on se croirait vraiment dans la version animée de La Vie Aquatique (une comédie satyrique très décalée et kitch inspirée des expéditions du Commandant Cousteau avec Bill Murray).

Alors que l’on pensait avoir tout vu tout entendu, les Gorillaz n’ont pas cessé de se singulariser. Il y a ce « Glitter Freeze » résolument électro qui fera vriller les oreilles donc – je vous en conjure – baissez les aigus ! Mos Def réalise un one shot impeccable avec son flow malléable sur « Sweepstakes », surtout que le beat préprogrammé est piégeur, maculé de notes d’électroniques simplistes, qui finit littéralement en fanfare. L’un des rares luxe que se permettent les Gorillaz, c’est d’inviter le grand Lou Reed sur le très sympathique « Some Kind of Nature », sur une mélodie pop dont ils ont le secret de fabrication…

L’univers des Gorillaz est le seul à harmoniser musique aqua-électronique, britpop et orchestrations symphoniques, Snoop Dogg, De La Soul, Mos Def et Bruce Willis, Blur, japanimation, Bobby Womack, Lou Reed et Little Dragon. Encore plus fou que la série Lost.


Chronique de Julien Gas (Goûte Mes Disques) 12 / 20

Posté le 22/03/2010

Chronique de l'énorme machine Gorillaz, un jour de mars ensoleillé où basses lourdes et refrains envahissent un cerveau au départ plutôt enclin à encenser le cartoon band qui tourne autant dans la tête que sur la platine depuis quelques jours. Un Plastic Beach qui, aussi énigmatique que décevant, emballé et marketé comme un produit Coca-Cola ou un long métrage Disney, débarque avec un plan d'attaque minutieux, un coup de crayon fabuleux et une guest star nommée Willis, pour finir d'enfoncer le clou. Le pitch est simple: il ne reste du groupe que le repoussant Murdoc qui a enregistré le nouveau disque seul, sur une île bourrée de déchets balancés par les humains. Un nouveau cri d'alarme écologique très en vogue et peu original donc pour la troisième plaque du groupe.

Pour commencer, on avait plutôt tendance à ne rien penser du disque, croyant, qu'avec le temps, les trouvailles de Murdoc envahiraient notre cœur, comme avaient pu le faire Gorillaz et Demon Days. Grave erreur. Cette nouvelle plaque va se chercher plus profondément et doit s'écouter et se réécouter là ou la passivité d'une immédiateté pop était de mise sur les précédents chapitres de l'histoire Gorillaz. Bien que beaucoup plus pop et plus fort au niveau visuel et conceptuel (merci Hewlett), le nouveau Gorillaz se veut, musicalement, plus hip-hop et plus sombre, plus sinueux et plus dense que ses prédécesseurs : un skeud terriblement homogène mais paradoxalement moins bien produit.

Des relents nauséabonds de beats 90's parcourent le disque et l'on ne peut que regretter l'époque où Dan The Automator et Danger Mouse tenaient les manettes. Ici, point d'expérimentation bricolo rock'n'roll comme Gorillaz nous y avait habitués mais une production plus lisse et moins percutante. Du lourd et du pataud donc pour ce nouvel opus rempli à ras-bord de featurings aussi remarquables qu'inutiles à énumérer, tant ils sont régulièrement cités ça et là comme des arguments d'une qualité, pourtant absente, du disque. Pour continuer d'asseoir nos dires, on fustigera l'irritable Little Dragon ou l'inutile Mark E Smith,  perdu au milieu d'un track à l'acidité criarde, l'indigeste "Glitter Freeze". Plastic Beach est le disque raté de Gorillaz, celui où les refrains ne feront que stagner quelques minutes dans notre esprit avant de disparaître une fois la musique éteinte. 

Mais ne croyez pas qu'on tire à boulets rouges sur le bébé de Damon Albarn. Comme toujours, le patron de la britpop truffe parcimonieusement l'album  de bonnes chansons et on affichera nos préférences pour le single "Stylo" (surtout pour Bobby Womack qui nous bluffe aussi sur "Cloud of Unknowing"), le remarquable "Rhinestone Eyes" (avec certitude, le meilleur titre de l'album), l'ultra-pop "Superfast Jellyfish" qui, on vous l'assure, réchauffera l'été 2010, le très beau "Broken" ou encore l'énorme et sombre "Sweepstakes", avec ses beats expérimentaux et le flow toujours énorme de Mos Def. Au delà de ça, il ne reste plus grand chose. Plastic Beach n'est fondamentalement pas un disque révolutionnaire, ni même un disque qui marquera son époque. Les tracks cités plus haut sont loin d'être à la hauteur de titres comme "Dracula" ou "Dare"qui ont marqué la carrière du groupe. 

Avec cet album très moyen, Gorillaz trébuche à la troisième marche d'un parcours jusque-là difficilement critiquable. Symbole d'une époque, le groupe aura marqué les esprits par la fabuleuse modernité de ses chansons pop et la pertinence de son approche visuelle. Hewlett et Albarn auront créé un monstre tentaculaire aux traits mangas et à la musique mainstream toujours ambitieuse. Aussi, la relative médiocrité du troisième chapitre n'en est que plus difficile à digérer. Un groupe symbole d'une décennie passée qui, en 2010, descend du trône la tête basse. Murdoc nous souffle alors à l'oreille qu'un nouveau prince nommé Bary est prêt à prendre la place vacante. Espérons qu'il soit à la hauteur...  


Chronique de J.Walch (Xsilence) 19 / 20

Posté le 27/11/2010
On pourrait penser que la note proposée ici est trop élevée, surtout tenant compte du fait qu'elle est attribuée à un groupe virtuel... Enfin, pas si virtuel que cela, puisse que depuis quelques temps, Damon Albarn a assumé la paternité d'un des projets les plus intrigants des années 2000.
Et on peut dire que les Gorillaz bouclent bien cette première décennie avec un album riche et pas forcément évident aux premières écoutes.
Moi aussi, comme beaucoup, j'ai d'abord cru au foutage de gueule de la part d'un groupe qui m'avait transporté avec l'intemporel Demon Days.

En effet, il y avait de quoi s'inquiéter. Une production moins soignée, des morceaux qui sonnent plus bruts, et aucun single potentiel à première vue. Mais voilà, c'est sans compter que ce cher Damon a prit de la bouteille avec ses multitudes de projets. L'homme semble savoir parfaitement ce qu'il fait et passe du coté de la production en succédant à Dan the Automator et Danger Mouse. Il nous propose au final un de ses meilleurs albums.

Les morceaux qui ouvrent Plastic Beach ne sont pas les plus simples à appréhender et on se laisse plus facilement emporter par des tueries comme "Some Kind Of Nature" (duo entrainant avec Lou Reed, excusez du peu), "On Melancholy Hill" (bombe pop de l'année) ou le morceau éponyme pour n'en citer que quelques uns. Après plusieurs écoutes, on se rend compte de la cohérence du disque et de la diversité qu'apporte chaque chanson à l'ensemble.
Même le single "Stylo", qui semblait être tout sauf un single, déploie ses charmes et enfonce le clou quand il s'agit de créer un groove à toute épreuve.

Nul doute que cet album restera incompris par quelques inconditionnels du groupe, mais c'est le prix à payer quand on conçoit un travail avec une identité si forte.

Toutefois, la plupart des gens l'ont compris et il y a de fortes chances pour que Plastic Beach figure parmi les meilleurs albums dans les classements de fin d'année. Un future classique.

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