Contra

Contra

Vampire Weekend

10 / 20 2010 XL Album / CD  Vinyle

Chronique de Dylanesque (Xsilence) 10 / 20

Posté le 11/01/2010
Qu'il soit bon ou mauvais, ce deuxième essai des Vampire Weekend va se retrouver mangé à toutes les sauces par la critique papier et Internet. Les jeunes garçons proclamés génies de la pop il y a deux ans ont du se pisser dessus en préparant ces nouvelles chansons. La pression qui pèse sur eux est idiote au possible, tout comme le buzz qui les entoure depuis le début. Je comprends qu'on ne supporte pas leurs gueules, la voix stridente et juvénile du chanteur ou leur musique qui brasse power pop et instruments africains en voulant avoir l'air "too cool for school". M'enfin leur premier album n'était pas aussi dégueulasse que ça. Un plaisir éphémère, ensoleillé et rafraichissant, qui faisait mouche un morceau sur deux. L'album d'un été, qui s'épuise un peu trop rapidement pour vraiment mériter son succès, qui ne révolutionne rien d'autre que votre après-midi paisible, en vous faisant sautiller gentiment. À force de les acclamer ou de les descendre, les Vampire Weekend se sont un peu emmêlés les pinceaux.

Et leur deuxième album, copie quasi conforme du premier, ne fera que conforter ceux qui détestent les new-yorkais, risque de décevoir leurs adorateurs. Ce n'est pas que c'est mauvais, c'est juste que c'est dur à digérer. Écœurant. La hype a, comme il fallait s'y attendre, ébloui le groupe et toute la sympathie que dégageait son prédécesseur patine ici dans la semoule. Il aurait fallu un peu renouveler la formule, les gars. Parce que là ça commence à suffire. Vous étiez adorables comme tout au début, mais dur de vous supporter ce coup-ci.

On sent un besoin de prouver qu'on est des grands, de faire le malin. Le son est plus dense, les instrumentations orientales sont doublés et utilisés à toutes les sauces. La voix piaille les mêmes gimmicks en boucle. Ce pourrait être touchant si les textes gardaient la même fraicheur adolescente. Parfois, ça fonctionne. Parfois, ce sont de petits tubes bien sentis, comme l'inaugural "Horchata" et son festival de percussions, comme "Diplomat's Son" plein de candeur et entêtante. "Taxi Cab" est presque émouvante, une complainte électronique, foutraque à souhait, celle qu'on repasse le plus souvent. Mais le reste est sans saveur, bâclé et répétitif. Dommage, vraiment dommage.

Peut-être qu'en réécoutant Contra cet été, le tout me convaincra un peu plus. Mais pour l'instant, c'est un semi-échec, rattrapé de justesse par un excellent trio de chansons. La consommation de musique à coups de singles téléchargés aux quatre coins du net prend ici tout son sens, surtout quand un album peine autant à être intéressant sur la longueur. Pour savourer de nouveau les Vampire Weekend, il faudra donc sélectionner leurs bons morceaux, se les coller dans le MP3 et s'en contenter. Et je le redis, encore une fois, c'est dommage.

Les Vampire Weekend avaient toutes les cartes en main pour prouver qu'ils n'étaient pas qu'un jouet insipide et ils trouvent le moyen de se planter. C'est con, je les aimais bien, moi. Assez pour leur donner une nouvelle chance ? On verra ça lors du prochain, mais faudra pas pousser le bouchon trop loin non plus...

Ce n'est pas à jeter. C'est à picorer. C'est un divertissement qui sera, selon l'humeur, sympathique ou crispant. Et certainement beaucoup moins attachant que le premier album.

Chronique de Gwen (Goûte Mes Disques) 18 / 20

Posté le 11/01/2010

Début 2008, les preppy boys de Vampire Weekend s’évadent de leur illustre université pour accoucher d’un premier album rayonnant. La critique les asphyxie sous les lauriers et les médias leur déroulent le velouté du tapis rouge. Au raz-de-marée des adulateurs, succède le ressac des sceptiques, ceux-ci doutant de la propreté de leurs cardigans de luxe. Près de deux ans plus tard, les objections se font plus rares et la virtuosité mélodique des quatre new-yorkais n’est plus à démontrer. En revanche, Vampire Weekend se confronte à  la lourde tâche de livrer un second opus qui s’obstinera à donner tort aux réfractaires. Le divin enfant est donc né.

Dans un premier survol, les filets de Contra ne déversent pas le torrent de tubes escomptés. Mais ce que le front des guitares a perdu en puissance, les compositions ont gagné en délicatesse. Vampire Weekend n’est pas réputé pour tricoter avec des gourdins mais on perçoit une application particulière à offrir à chaque instrument son moment de gloire. Du piano aux violons, des boîtes à rythmes minimalistes au bongo, chacun d’eux profitera de sa part de liberté au même titre que la voix d’Ezra Koenig qui bénéficie toujours d’une clarté juvénile. 

Parmi les plus belles pièces d’orfèvrerie, on salue “Taxi Cab”, une ballade épurée qui joue les équilibristes sur un fil de soie, ou encore “I Think Ur A Contra”, le bol de chocolat chaud avant de rejoindre la douceur de l’édredon. Dans les échantillons plus turbulents, embarquement recommandé sur le manège de “Run”, suivi par “Cousins”, rejeton hyperactif du fameux “A-Punk”. La magie se dissipe quelque peu lorsque les vampires tentent de muscler davantage leur pop raffinée. Pêchant par excès, leur “Giving Up The Gun” manque ainsi de sensations et de personnalité.

Qu’en est-il de leurs inclinaisons africaines? Même si on en retrouve des réminiscences sur certains titres (dont un “California English” qui s’éparpille en cours de route mais révèle une utilisation de l’auto tune moins irritante qu’à son habitude), Vampire Weekend opte plutôt pour des emprunts latinos (le tropical “Horchata”) ou la naïveté du bontempi. Le groupe s’essaie à des sonorités plus électroniques et semble s’en amuser comme un gamin découvrant pour la première fois les effets du coussin-péteur.

Bien dégagé derrière les oreilles, Vampire Weekend tient le cap avec assurance et de jolies idées. Contra se dévoile comme un puzzle dont les pièces auraient naturellement trouvé leur place, sans effort ni aide extérieure. Selon les récentes déclarations de Koenig, ils auraient l’intention d’explorer plus avant encore les contrées du Sud afin d’y remplir leurs valises de sonorités inattendues. De quoi alimenter le prochain album de nouveaux rêves d’exotisme…


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