Phrazes For The Young

Phrazes For The Young

Julian Casablancas

16 / 20 2009 Rough Trade Album / CD  Vinyle

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 12 / 20

Posté le 30/11/2009

S'exprimant au micro du NME, Julian Casablancas est revenu sur les raisons qui l'ont poussé à rentrer en studio pour y enregistrer son premier album solo, dont on ne cesse de parler ces dernières semaines. Et là, l'explication est claire comme de l'eau de roche: à l'origine, le chanteur des Strokes n'avait pas la moindre intention d'accoucher de ce Phrazes For The Young qui a plutôt servi de remède contre l'ennui tandis que ses copains de jeux vaquaient à leurs occupations. Il faut bien dire qu'entre un Albert Hammond Jr. qui n'a plus beaucoup de temps libre entre des albums solo plus qu'honnêtes et une amourette avec la bombe Agyness Deyn, un Fabrizio Moretti qui se la coule douce avec les sympathique Little Joy et un Nikolai Fraiture qui ne fait pas de bruit avec les translucides Nickel Eye, les occasions pour Casablancas de trouver le temps un peu long dans la Big Apple ont été légion.

Forcément, dans de telles circonstances, la véritable interrogation qui entoure ce Phrazes for the Young est de savoir si le golden boy du revival rock garage en slim et Converse nous a pondu un ennuyeux caprice d'enfant gâté ou un opus digne de ce nom capable de patienter jusqu'au prochain album des Strokes. La bonne réponse, elle se trouve quelque part à mi-chemin entre ces deux solutions.

Loin d'être un album des Strokes qui n'en aurait pas le nom, Phrazes For The Young permet à Julian Casablancas de nous témoigner tout son amour pour les claviers un peu cheap sur des compositions qui soufflent le chaud et le froid. Evidemment, l'expérience engrangée par Julian Casablancas au sein des Strokes se révèle être un atout indéniable et on retrouve dans sa manière d'emballer ses morceaux sur des refrains puissants le savoir-faire qui a permis de propulser les Strokes au panthéon du rock moderne en un seul album, mais dans l'ensemble, notre homme semble vouloir prendre ses distances par rapport au groupe qui lui a tout donné. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que Julian Casablancas s'en tire avec les honneurs sur une première moitié de disque qui enchaîne les perles electro-pop-rock avec une déconcertante facilité – et ce malgré des synthés qui frôlent parfois avec le ridicule comme sur le single "11th Dimension". Il est donc évidemment regrettable de voir le héraut new-yorkais perdre son sens inné du single qui déboîte sur une seconde moitié de risque où l'on ne retiendra qu'une voix, toujours autant empreinte de mélancolie, mais qui ne sert finalement plus à rien quand elle se met au service de compositions indignes d'un mec qui a été capable de nous subjuguer pendant une petite vingtaine de minutes. Se complaisant dans d'obscures ballades amorphes, Julian Casablancas ne peut que sauver les meubles à de rares moments, comme sur le final très stroksien de "River of Brakelights".

Au petit jeu des escapades en solitaire, il ne reste plus que le guitariste Nick Valensi pour nous démontrer qu'individuellement, un membre des Strokes a les reins assez solides pour produire un album aussi bien torché et foutrement addictif qu'Is This It ou Room On Fire. Espérons juste que ce cher Nick ait suffisamment de jugeote pour comprendre que c'est là peine perdue et que les fans du groupe ont bien mérité un successeur à First Impressions of Earth qui se fait attendre depuis quatre ans, bordel de merde!


Chronique de Elvis cocker (Xsilence) 16 / 20

Posté le 18/01/2010
L'album solo de Julian Casablancas... Une sorte de fantasme qui a finalement tardé à se réaliser au regard des multiples productions des autres Strokes. Mais ça y est, nous l'avons et nous pouvons juger sur pièces. Résultat des courses: un étrange ovni musical, coincé entre First Impressions Of Earth et des sonorités extravagantes rapportées des années 80. En d'autres termes, Casablancas a inventé avec Phrazes For The Young l'électro-country. Il a d'ailleurs avoué dans une interview que toute idée, bonne ou mauvaise, avait été couchée sur la bande, d'où cette impression bizarre d'écouter un disque bancal.
Sauf que le leader des Strokes s'y livre sans retenue et chante une nouvelle fois d'une manière extraordinaire. "Out Of Blue", "11th Dimension", "Ludlow Street" ou encore "Rivers Of Brakelights", tous sont des moments de bravoure dans lesquels Casablancas nous fait entendre sa voix magnifiquement éraillée. Cet album prouve si besoin en était que dans le registre "chanteur bourré ou faisant semblant de l'être", il n'est pas loin d'être le meilleur. En outre, la construction des morceaux est vraiment remarquable, notamment dans "Rivers Of Brakelights" qui emporte tout sur le passage, l'auditeur compris. Incontestablement, Julian a décidé de lâcher prise, de livrer une oeuvre instinctive et sincère à tel point que même les solos de guitare à la limite du bon goût y trouvent légitimement leur place. L'une des meilleurs chansons de l'album, "Glass", dont l'intro fait penser à Pharell Williams et à ses Neptunes, illustre bien l'équilibre précaire du disque et c'est cette incertitude qui en fait la beauté.
Au final, il est fort probable que Phrazes For The Young rebute plus d'un fan du fameux groupe new-yorkais et de son chef-de-file et donne du grain à moudre à ses détracteurs. Néanmoins, l'essentiel n'est pas là: derrière l'habillage électronique, il y a de vraies chansons portées par une fantastique voix et qui créent une vraie dépendance. Il ne reste plus qu'à attendre le quatrième opus des Strokes qui, espérons-le, sera une nouvelle preuve du talent immense de Julian Casablancas.

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