Them Crooked Vultures

Them Crooked Vultures

Them Crooked Vultures

15 / 20 2009 Interscope Album / CD  Vinyle

Chronique de Gwen (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 23/11/2009

A pas de loup derrière The Dead Weather, surgit “l’autre” supergroupe. L’appréhension succède à l’excitation. Extraire le talent de musiciens précédemment abrités par l’énergie de leur formation d’origine et réunir leurs ego instables, c’est prendre le risque de livrer un album empêtré dans les compromis ou les effets tape-à-l’oeil. Et d’entendre à l’unisson des milliers de petits coeurs de fans qui se brisent à la découverte de la trahison. Etant donné les antécédents des membres de Them Crooked Vultures, décevoir serait criminel.

John Paul Jones, Josh Homme, Dave Grohl. Une solide équipe de déménageurs. Si l’un d’entre eux vous donne une claque, vous dites “merci, monsieur”. Dès 2005, un Grohl goguenard annonçait une conspiration au plus haut niveau. Quatre ans plus tard, Them Crooked Vultures libèrent enfin leur album éponyme, symbiose de leur savoir-faire, gonflé d’une ardeur juvénile.  A l’image de leurs apparitions “guerilla” dans divers festivals européens l’été dernier ou en première partie de leurs “petits neveux”, les Arctic Monkeys, on accueille ici un trio qui prend un plaisir manifeste à jouer coude à coude, tels des ados dans le garage de leurs parents.

Riffs écarlates, trous noirs psychédéliques, frappe vigoureuse, tout cela exécuté avec la précision des maîtres jedi. Dans son rôle de chanteur de charme lunatique, Josh Homme demeure impeccable. Du haut de ses montagnes russes vocales, le gourou stoner sème la poussière de son désert. Il nous parle de solitude, d’esprits malfaisants, d’amour inassouvi, de substances non identifiées, toujours avec un sens certain de la dérision ("No One Loves Me & Neither Do I"). Une mélodie qui promettait d’être évidente peut à tout moment s’égarer au détour d’une jolie rupture de rythme. Au rayon des favoris, on soulignera un "Reptiles" tendu comme une arbalète et un Gunman à la démarche opiniâtre. A l’arrière, Dave Grohl assure généreusement les choeurs et les percussions athlétiques. Et John Paul? Ben, c’est John Paul. L’artisan-bassiste, discret et pleinement identifiable à la fois.

A l’exception de l’aquatique "Interlude With Ludes", on pourrait toutefois regretter un léger manque de surprise. A de nombreuses reprises, le fantôme du monumental Zeppelin s’immisce dans l’aventure, ravivé dès l’intro ("Scumbag Blues", "Elephants"). Les vieilles recettes dans de nouvelles casseroles? Certains gémiront encore qu’il s’agit probablement des fonds de tiroirs de Queens Of The Stone Age, étoffés pour l’occasion. Que chaque titre semble profondément entaillé par la patte de grizzly de Homme, que cela ne sent pas le danger, que l’éclipse totale ne s’est pas produite comme les astres nous l’avaient promis. 

Mais où ceux-là ont-il pu lire que Them Crooked Vultures s’engageait à transfigurer les règles du rock? On en attendait beaucoup et ils nous donnent beaucoup. De ce qu’ils maîtrisent, de ce qu’ils aiment, de ce qu’ils ont envie de partager. Aucune déloyauté à l’horizon. Au final, Them Crooked Vultures est une tranche juteuse à souhait, truffée de petites poussées d’adrénaline. Et tant pis pour ceux qui  exigeaient du bœuf de Kobe.


Chronique de Jekyll (Xsilence) 8 / 20

Posté le 17/03/2010
Depuis quelques années Josh Homme semble n'être plus que le fantôme de lui-même. Qu'il semble éloigné le temps où lui et ses acolytes réinventaient le métal pour en faire un trip hautement psychédélique (Kyuss) ! Comme l'aventure Queens Of The Stone Age, au départ subtile pop burnée, semble désormais périmée, après deux albums mous du genou !

Et ce n'est pas cette nouvelle association "prestigieuse" des Them Crooked Vultures qui va nous rassurer ! Un super groupe de plus, un trompe-l'oeil de plus. Ce ne sont pas les premiers, ce ne seront pas les derniers. Les petits arrangements entre amis n'ont que rarement donné de grands disques et ce premier disque éponyme (dont un petit risque malheureusement de naître sous peu) ne faillit pas à la règle.

On a l'impression d'assister à un match de l'équipe de France de foot en 2002. Entre un meneur de jeu hier providentiel mais que l'inspiration a déserté, le vieux cadre fatigué dont la discrétion polie nuit à l'identité du jeu (il est où le "mythique" John Paul Jones ?) et le bon technicien inutile sans son meneur (Dave Grohl qui frappe mais n'a trop rien à faire sur les riffs éculés de Homme), Them Crooked Vultures n'a rien d'autre à dire que son CV hors-norme.

On sent bien ce qu'ont voulu reproduire les 3 compères: une sorte de gros boeuf super spontané où l'on retrouverait l'identité de chaque musicien au sein de son groupe phare. Las. Jone et Grohl semblent incapables de se démarquer de chansons dominées par l'écriture paresseuse d'un Homme si heureux d'avoir à ses côtés de "vrais" musiciens (cela lui rappelle certainement l'époque bénie de Kyuss ou des premiers pas de Queens Of The Stone Age, quand il n'était pas encore une star, que le mot "groupe" avait encore un sens) qu'il en oublie toute velléité artistique.

La faute est sans aucun doute partagée: quand on est un musicien aussi fameux, on a son mot à dire; et si Jones et Grohl sont aussi effacés (mis à part sur "Elephants, Elephants", "Warsaw Or The First Breath You Take After You Give Up" ou "Caligulove" peut-être), c'est qu'ils le veulent bien. Mais comme on le disait plus haut, Them Crooked Vultures c'est l'équipe de France de 2002: après ses exploits passés, c'est un groupe qui a trop la confiance, et plus rien à prouver. Dans ce contexte, difficile de sortir quelque chose de potable... Frustrant, vous avez dit frustrant ?

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