Around The Well

Around The Well

Iron & Wine

19 / 20 2009 Sub Pop Compilation d'inédits / CD  Vinyle

Chronique de TiComo La Fuera (Xsilence) 19 / 20

Posté le 19/05/2009
Samuel Beam est un sacripant. Il jouait au départ la carte du folk lo-fi confidentiel, introverti. Petit à petit, il a montré son envergure avec comme point d'orgue The Shepherd's Dog à la pointe niveau production et psychédélisme champêtre. Chacun de ses disques ont ainsi tous bénéficié d'une identité légèrement différente, pensée avec beaucoup de précaution et de soin. Chacun des morceaux semblaient avoir été écrit, peaufiné et sélectionné si bien qu'on ne voyait pas comment il pouvait en être autrement. Or en réalité des odes aimantes et limpides, Beam en a plein les tiroirs. Around The Well est l'occasion de faire le tri et mettre un peu d'ordre. Non pas qu'il gardait des compositions qui sortent du lot. Au contraire. Cette double galette regorge de pépites toutes aussi délicieuses que les titulaires de chaque période. C'est à se demander pourquoi il nous les a cachées ! Ainsi, il y a d'abord le premier disque qui nous offre onze inédites empreintes de l'humeur "saut du lit" de The Creek Drank The Cradle. Le réveil est doux sur des textes tressés par une voix d'or. On est attiré contre tout par le coltard tentant étiré par la seule guitare qui l'accompagne, tout en étant encore conscient de la beauté de ses propos. Puis le second disque ajoute ses douze petits grains de plaisir, d'autres arrangements et un son plus clair, celui de Our Endless Numbered. Le barbu pérennise ses balades en leur donnant de ci de là de nouveaux éclats. Son timbre lui est constant, éternel et intemporel. Et ses textes toujours aussi merveilleux ("The Trapeze Swinger" et ces 9'30 loin devant)... Around The Well n'apporte rien que l'on ne connaisse déjà, pourtant on explore un terrain inconnu où Iron & Wine n'est plus que velours et nectar. Car en définitive, le songwriter nous livre ce qui a toujours un peu manqué à sa musique : la sérénité infinie et le glissement vers un univers un brin différent juste avant qu'on se lasse d'être en paix. Ces deux clés en main, on ne verra plus le temps passer.

Chronique de Popop (Goûte Mes Disques) 12 / 20

Posté le 27/07/2009

Quand on est fan de musique, on peut classer les artistes en fonction du lien qui nous unit à eux : ceux qu’on suit de loin, ceux qu’on suit de près voire de très près, ceux qu’on vomit, ceux qu’on a honte d’aimer, ceux qu’on oublie et qui se rappellent à nous régulièrement avec plus ou moins de bonheur. Et puis, au sommet de cette pyramide aussi anarchique que personnelle, il y a ceux qui vous obsèdent et dont vous épiez le moindre mouvement, la moindre respiration de manière parfaitement irrationnelle. Et clairement, pour la majeure partie de ses fans, Sam Beam rentre dans cette dernière catégorie.

Depuis la sortie de l’essentiel The Creek Drank The Craddle en 2002, nombreux sont ceux qui scrutent la moindre sortie d’Iron & Wine, la moindre collaboration, dans l’espoir de dénicher une nouvelle petite pépite. Et dans le cas du plus barbu des songwriters américains actuels, elles furent nombreuses au cours des huit dernières années : faces-B, singles inédits enregistrés pour iTunes, live au format digital ou vinyl, reprises, participations à des compilations… Bref, il y a du lourd dans le dossier, et c’est donc avec un plaisir non dissimulé que l’on accueille aujourd’hui Around The Well, une double compilation de raretés couvrant l’ensemble de la carrière du bonhomme de manière quasi chronologique.

D’ailleurs, à l’écoute de ces 23 morceaux, ce qui frappe d’emblée, c’est l’évolution musicale de Sam Beam en quelques années, du folk lo-fi du début enregistré sur 4 pistes au folk lumineux et surproduit de la période The Shepherd’s Dog – en passant par l’équilibre parfait mais désormais rompu de Our Endless Numbered Days. Ce qui frappe également, c’est qu’on a beau être très fan du bonhomme, on s’ennuie un peu sur le premier disque où trop peu de morceaux atteignent les sommets de "Southern Anthem", "Lion’s Mane" ou "Upward Over The Mountain". Assez curieusement, à l’exception de "Dearest Forsaken" et "Hickory", ce sont plutôt les reprises qui sortent du lot, notamment celle du "Waitin’ For A Superman" de Flaming Lips et l’inusable "Such Great Heights" de The Postal Service.

En revanche, le deuxième disque laisse une bien meilleure impression dans sa construction, commençant avec les parfaits "Communion Cups & Someone’s Coat" et "Belated Promise Ring" avant de faire un détour du côté de New Order ("Love Vigilantes") et de finir sur LE sommet de la carrière d’Iron & Wine, "The Trapeze Swinger", un single de plus de 9 minutes sorti uniquement sur iTunes à l’époque et où l’on prend toute la mesure du talent de parolier de Sam Beam. Mais finalement, malgré quelques moments de perfection, Around The Well ne se révèle pas aussi satisfaisant qu’il aurait pu l’être. La faute à une tracklist trop convenue d’où les versions live sont exclues alors qu’elles constituent la colonne vertébrale de l’œuvre du groupe. La faute également à de trop nombreux oublis, notamment les reprises enregistrées avec Calexico ("Wild Horses" des Stones, "Dark Eyes" de Dylan, "All Tomorrow’s Parties" du Velvet Underground) ou encore celle en solitaire du "We All, Us Three, Will Ride" de Palace Music.

C’est un peu le risque de ce genre d’exercices, surtout quand on s’adresse à des fans quasi obsessionnels qui finalement ne seront jamais mieux servis que par eux-mêmes. Mais avec deux disques à peine à moitié remplis, on se dit que Around The Well aurait pu être l’anthologie que beaucoup de personnes attendaient. Tant pis, il va falloir continuer la traque…


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