Chronique de Splinter (Goûte Mes Disques)
Adeptes depuis plus de dix ans déjà de l'exubérance scénique, les Anglais de Muse se sont employés depuis quatre albums à appliquer leurs préceptes outranciers en studio. Depuis Origin of Symmetry en 2001 mais surtout Absolution en 2003, Matthew Bellamy et ses amis ont été souvent comparés à Queen, qui, dans les années 1970 et 1980, avait également érigé le mauvais goût et la démesure au rang d'art de vivre. C'est ainsi qu'à l'annonce, l'an dernier, de l'enregistrement d'un nouvel album avec l'aide d'un orchestre symphonique, un certain nombre de personnes a pu frissonner d'horreur en imaginant ce que le résultat pourrait donner. Et on devine ce qu'ils pensent de The Resistance, ce nouvel album, qui confirme tous les pronostics : Muse est bien devenu l'égal de Queen, d'ailleurs ouvertement cité comme référence dans les interviews, pour le plus grand bonheur des fans anglais, qui ont réservé une sortie triomphale à ce nouveau disque.
Très clairement, The Resistance pourrait revendiquer le titre de version moderne d'A Night at the Opera, le chef d'oeuvre de Freddie Mercury, sorti en 1974. "Resistance", par exemple, emprunte ouvertement à Queen ses fameux choeurs outranciers, tandis que "United States of Eurasia" et ses multiples mouvements, dont un refrain de musique orientale et intermède classique au piano (du Chopin !), n'est rien de moins que la "Bohemian Rhapsody" du 21ème siècle. Transcendant toutes les influences du rock britannique, piochant aussi bien dans la pop électronique ("Undisclosed Desires"), le rock eighties bardé de synthés ("Guiding Light"), le cabaret ("I Belong to You"), le heavy metal ("Resistance"), le stoner ("Unnatural Selection") et l'opéra (le triptyque "Exogenesis" en fin de disque), The Resistance apparaîtra pour beaucoup comme un gloubiboulga ignoble et indigeste, en somme un nouvel élément à charge contre la mégalomanie de Matthew Bellamy. Il est vrai que les sectaires et autres aigris ne comprendront pas que l'on puisse faire cohabiter Saint-Saens, Chopin, Britney Spears, Josh Homme et de la clarinette sur un même disque. Et pourtant.
N'hésitant pas une seule seconde à tirer dans toutes les directions et à s'affranchir des règles classiques de la pop (titres à rallonge, multiples cassures, chant débridé), Muse reste un groupe parfaitement maître de son oeuvre, sûr de sa mission et de son talent de compositeur, de mélodiste hors pair, au point, cette fois, de n'avoir pas fait appel à l'aide d'un producteur extérieur. Comme Queen en son temps, Muse n'a que faire des critiques et convoque le meilleur de styles extrêmement différents, en parvenant sans aucune contestation possible à les faire vivre au sein d'un seul et même morceau, sans que l'ensemble ne pâtisse jamais d'un quelconque manque de cohérence. L'on pense ainsi également à Mansun qui, en 1998, avec Six, avait réussi à caser quelques notes de l'opéra Casse-Noisette au sein d'un disque hâtivement rangé du côté du rock progressif. Les amateurs de rock extraverti apprécieront.
Contrairement à Black Holes & Revelations, en 2006, qui manquait cruellement de liant, The Resistance possède une belle harmonie grâce à une seule et même thématique exploitée tout au long de l'album, celle de la lutte de l'individu contre la puissance collective ("Must we do as we are told? / You and Me fall in line / To be punished for unproven crimes" sur "United States of Eurasia") et une immédiateté assez hallucinante compte tenu de sa complexité et de son côté casse-gueule. Mais les mélodies accrocheuses et le chant habité de Bellamy font leur oeuvre. Cet album excellent démontre ce que l'on expliquait il y a plusieurs années déjà, à savoir que le groupe parvient à accoucher d'un album exceptionnel sur deux. Celui-ci vient donc se poser là, aux côté des mastodontes Showbiz (1999) et Absolution (2003). Vous n'y résisterez pas.
Chronique de Lulum (Xsilence)
Bon, direct, ça commence dans un son plus qu'assuré dans le genre Muse, une basse vrombissante et des claviers inquiétants, puis le fameux "Pa-baw!" strident, c'est le single bien cadré "Uprising" qui sonne plutôt bien et qui nous assure un début d'album satisfaisant. Suis "Resistance", autre single, toujours dans le style auquel nous avait habitué les 3 gars de Devon, et qui semblent avoir décidés de ne pas nous brusquer les oreilles trop vite, serait-ce mauvais signe ? Dans un genre peut être plus sombre que la première piste, mais qui reste efficace, quoiqu'un tantinet trop long.
Troisième titre et single, on change enfin d'ambiance. On dirait du Supermassive Black Hole passé au stérilisateur, les percus électroniques sont toujours là mais la grosse saturation a été carrément remplacée par... des violons ! Mixés genre R'n'B à la Timberlake ! La totale !! Bon, en lisant ça, on a l'impression, que comme la plupart des autres chroniqueurs du coin, je frôle la syncope auditive, alors que pas du tout. Certes il m'aura fallu un peu de temps pour "apprivoiser" ce morceau, mais il est vraiment sympa, stylé dirais-je même (bien que ce jugement ne soit sans l'ombre d'un doute altéré par le fait que se soit Muse lui-même qui l'ait pondu ...).
Et là, Matt fait "Stop! Ok, "Undisclosed Desires" a trop déplu à certains, au point qu'ils le sautent en plein milieu ?! No prob' les mecs, je ressors mon piano et je ravis les plus sceptiques qui ont commencé à écarquiller les yeux et les oreilles à partir de "Resistance" avec un petit bijou pharaonico-classique sur fond de Chopin. C'est tout frais sans rien demander et c'est la maison qui offre". Voilà, ça s'appelle "United States Of Eurasia", si ça c'est pas du titre de résistant.
On continue dans le grandiloquent, puisque Mr. Bellamy semble en avoir décidé ainsi, et (malheureusement) je (on) commence à grincer des dents. Non pas que l'intro de "Guiding Light" soit exécrable, mais bon, on sent que notre diva commence à se perdre un peu trop dans l'excès des longues tirades musicales, et y'a ce p*tin de solo dans un style qui me foutra toujours les poils qui achève de consolider mon avis sur la chose. La seconde partie de disque sera une déception (ou ne sera pas ?...).
Tiens, de l'orgue. Tiens, une voix solennelle qui s'en échappe. Tiens, tiens mais, bon sang mais oui, ce riff sauvageon, on dirait... on dirait du Muse ! Si si, "New Born" même, sauf que, ouais bah non. "New Born" c'était le temps où on expérimentait l'"Hyper Music" tout en recherchant les origines de la symétrie - temps qui est à présent révolu. Désolé, mais même si le tout est plutôt bien mené, "Unnatural Selection" me fait tristement penser à Blur qui tentait de remettre "Song 2" au goût du jour avec le terrible "Crazy Beat" au beau milieu de cette délicate perle orientale qu'était Think Tank. Laissons-le passé de coté et avançons vers l'innovation que diable.
Oui, sauf que l'innovation en question, elle s'appelle "MK Ultra" (du nom d'une terrible opération secrète de tests aux psychotropes orchestrée par la CIA sur des cobayes humains pendant plusieurs années, encore un truc de résistant...), et j'entends déjà une petite voix me sommer d'arrêter le délire. Je ne m'attarderais donc pas ici, ce morceau est l'exemple typique de ce que Muse fait de moins bien en matière... de musique, tout simplement.
Je m'intéresserais bien plus volontiers au piano sautillant et exaltant de "I Belong To You", une vraie réussite sur le début, enfin du nouveau qui tient la route avant de s'aventurer un peu trop loin hors des sentiers battus, et finir par se perdre dans son interlude - je cite - "Mon Coeur S'ouvre À Ta Voix". Aïe! aïe! aïe! Je ne vais pas faire dans la nouveauté mais merde quoi, qu'est-ce qui a bien pu passer dans la tête du freluquet aux cinq octaves pour nous interpréter une partie d'un opéra français au beau milieu de ce joyeux bordel ??! Bah ouai, ça gâche tout, et puis on a à peine le droit à quelques derniers accords du morceau avant de plonger dans l'"Exogenesienne" symphonie qu'on nous promet depuis un petit bout de temps, et qui se passera de mes commentaires, ne connaissant rien en la matière, je peux simplement dire que, effectivement, on trouve mieux ailleurs.
Une trop grande confiance en leurs fans, voilà ce dont Muse a souffert, et ce qui a nuit à l'album. D'un côté, Matt a voulu tenter des trucs chiants (avouons-le) pensant que les gens comprendraient, et de l'autre, on s'impatientait depuis 3 ans en attendant un nouveau Origins Of Symmetry, un post-apocalyptique Absolution, un Black Holes & Revelations II. Résultat, bien loin d'être un échec, The Resistance nous laisse simplement sur notre faim. Et c'est forcément dommage... à dans 3 ans les mecs, je compte encore sur vous !