Journal For Plague Lovers

Journal For Plague Lovers

Manic Street Preachers

14 / 20 2009 Columbia Album / CD

Chronique de Splinter (Goûte Mes Disques) 12 / 20

Posté le 03/06/2009

Il y a quelques années, plus précisément en 2004, le rédacteur de ces lignes, assisté d'une boule de cristal sans doute défectueuse et plus sous garantie, avait prédit la fin prochaine des Manic Street Preachers. Lifeblood, leur dernier album d'alors, péchait tellement sur tous les plans (musical, textuel, visuel) que l'on pensait que le groupe gallois, qui avait connu un succès énorme dans les années 1990 avec Everything Must Go (1996) et surtout This Is My Truth Tell Me Yours (1998), plus important qu'aucune autre formation pendant la période bénie de la britpop, ne se remettrait jamais de la déchéance dans laquelle il se trouvait et comprendrait - enfin - après un album boursouflé en 2001 (Know Your Enemy) et un Best Of en forme de bilan (2002) que son histoire était derrière lui. Décidés à nous faire mentir, James Dean Bradfield et sa petite bande sortirent pourtant un autre album, Send Away the Tigers, en 2007, assez bof bof, il faut bien le reconnaître, et, deux ans plus tard, voici que les Manic Street Preachers ne s'avouent toujours pas vaincus et tentent de déjouer tous les pronostics.

Survivants de la mystérieuse disparition du guitariste Richey Edwards en 1995, désormais officiellement considéré comme décédé, les trois papys de la britpop rendent hommage à leur quatrième Mousquetaire avec ce Journal for Plague Lovers, qui présente ceci de particulier que les textes ont tous été écrits par Edwards. Evidemment très instable et perturbé (tout le monde se souvient de son auto-mutilation en direct lors d'une interview à la télé britannique), le guitariste a produit des textes à l'image de son esprit un brin détraqué, à la fois violents ("Bruises on my hands from digging my nails out" sur "Peeled Apples" - bon appétit ; "Crucifixion is the easy life" sur "Doors Closing Slowly", etc.) et bourrés de références littéraires et politiques (Noam Chomsky, fameux philosophe anarchiste ; les Sex Pistols...), pour un résultat assez abscons pour qui ne maîtrise pas parfaitement l'anglais, mais absolument passionnant au bout du compte.

Il faut lire ces textes empreints du dégoût de soi ("All is Vanity", "Pretention/Repulsion") et de la société ou de la religion ("Virginia State Epileptic Colony", "Jackie Collins Existential Question Time") pour comprendre qu'Edwards a été le principal instigateur des premières oeuvres des Manics, the Generation Terrorists (1992) à The Holy Bible (1994), et que les trois restants lui doivent l'essentiel, pour ne pas dire la totalité, de leur image révolutionnaire et de leur réputation d'engagement politique (le groupe n'ayant jamais caché ses accointances avec le communisme), de même que la violence (feinte ou réelle ?) qui les caractérise, jusque dans la pochette de ce nouvelle album, une magnifique peinture de Jenny Saville représentant un enfant le visage ensanglanté (et qui a suscité une polémique outre-Manche).

Malheureusement, aussi intelligents et intéressants qu'ils soient, ces textes ont été, la plupart du temps, enrobés d'un gros rock lourd et bien pompeux, pour ne pas dire pompier ("Peeled Apples", "She Bathed Herself in a Bath of Bleach", "Pretention/Repulsion"...), ce qui, au demeurant, est assez peu surprenant de la part de Bradfield & co. Comme Lifeblood, l'album pâtit d'un manque assez flagrant de délicatesse et de mélodies, enchaînant les solos de guitare bien lourds et prise de tête ("Marlon J.D.", au secours), trouvant heureusement quelques  plages de respiration sur des ballades d'autant plus appréciées qu'assez peu nombreuses ("Facing Page", "This Joke Sport Severed", "Doors Closing Slowly"...). On persiste à penser que les Manics ont singulièrement perdu leur magie pop depuis This Is My Truth... et que les textes d'Edwards méritaient un autre traitement. Cela dit, l'album est entré à la troisième place des charts britanniques et il faut croire que le groupe s'en satisfera.

Dans ces conditions, difficile de conseiller le disque pour la galette en tant que telle. En revanche, on saluera l'hommage rendu par les Manics à cet ancien membre, sinon indispensable (This Is My Truth... a été écrit et composé sans lui), tout du moins essentiel et dont la présence fantômatique continuera à hanter l'imaginaire construit autour d'une formation qui ne doit son salut qu'à son rôle formidable dans l'histoire de la musique pop britannique, aux côtés de Suede, Blur et Oasis. Quoi de plus beau, en vérité, que cet album en guise de testament ? Mais ce serait encore tenter une prédiction foireuse, alors on s'abstiendra cette fois de tout commentaire sur la longévité du groupe.


Chronique de Billyjoe (Xsilence) 14 / 20

Posté le 18/06/2009
Avec près de 20 de carrière au compteur, les Manic Street Preachers sont un des piliers de la scène rock britannique. Mais si le groupe gallois est reconnu au Royaume-Uni, il ne bénéficie ailleurs que d'un succès d'estime.
Ce neuvième album a de quoi susciter une certaine curiosité au premier abord. La pochette en premier lieu, œuvre superbe d'une dénommée Jenny Saville (de quoi vous donner envie d'acheter la version vinyle !). Ensuite le livret, on y trouve des citations et cette photo en noir et blanc, d'un jeune type derrière une machine à écrire, illustrant ainsi le titre de l'album. Dernier point, et pas des moindres : l'ensemble des lyrics ont été écrites par Richey Edwards, ancien membre du groupe, étrangement disparu en 1995.

Alors avec tout cela, il est vrai qu'on pouvait s'attendre à quelque chose d'assez conceptuel. Pourtant, il faut bien avouer qu'à part les interventions régulières d'une voix off, Journal For Plague Lovers reste avant tout un album de rock direct, comme l'illustre "Peeled Apples" qui ouvre ce nouvel effort. Dans l'ensemble les chansons, à défaut d'être originales, sont efficaces. Les mélodies sont évidentes, on jurerait même en avoir déjà entendu certaines ailleurs (sur "Jackie Collins Existential Question Time" notamment). Les tubes potentiels sont assez nombreux, on pense notamment à "Virginia State Epileptic Colony" et son refrain imparable. On est même surpris de voir les gallois lorgner clairement du côté des Foo Fighters sur "Journal For Plague Lovers" par exemple.
On notera tout de même quelques moments d'accalmie : "This Joke Sport Severed" d'abord, dont la première partie repose sur une guitare acoustique avant que la batterie n'accompagne la fin du titre. On citera également "Doors Closing Slowly", courte mais jolie ballade. Last but not least, ou comment garder le meilleur pour la fin : Journal For Plague Lovers se termine par "William's Last Words" : titre mélancolique bercé par des cordes parfaitement orchestrées. Ce dernier morceau est considéré par certains comme une lettre de suicide laissé par Edwards. Bien que personne ne semble savoir si c'est effectivement le cas, cela contribue cependant à alourdir l'ambiance de la chanson. Quoiqu'il en soit, on peut dire sans se tromper qu'il s'agit d'une des meilleures du groupe, tout disque confondu.

Malgré les critiques dès plus enthousiastes outre-manche, le premier contact avec Journal For Plague Lovers peut s'avérer décevant. Là où on pouvait s'attendre à un "disque concept", ou du moins à quelque chose de particulier et ambitieux, on se retrouve finalement avec un album dont l'orientation musicale ne cherche pas midi à quatorze heure. Le groupe n'avait-il pas les moyens de ses ambitions ou l'attente était t-elle simplement trop grande ?
Pour autant, les "Manics" n'ont pas bâclé leur travail, loin de là. "Journal For Plague Lovers" est un disque rock'n'roll plutôt catchy qui, dans le fond, ne déshonore pas la mémoire d'Edwards (ou Richey James comme lui préférait). On aurait cependant pu espérer quelque chose d'un peu plus original et marquant.

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