Yours Truly, The Commuter

Yours Truly, The Commuter

Jason Lytle

18 / 20 2009 Anti Album / CD  Vinyle

Chronique de Jekyll (Xsilence) 18 / 20

Posté le 18/05/2009
Crise de la quarantaine précoce: en 2006, Jason Lytle envoie tout valdinguer, son groupe Grandaddy et par la même occasion sa ville natale de Modesto, Californie. Lassé, fourbu, autant par les abus divers que par la pollution (dixit l'intéressé), il se réfugie dans le Montana, où il souhaite prendre un nouveau départ, tant du point de vue artistique que physique, et donc mental.

Yours Truly, The Commuter est le fruit de ces nouvelles aspirations, et reflète parfaitement cette vie d'ascète que doit mener Lytle à présent. Adieu les grosses guitares, les mélodies vintage bruitistes... Les morceaux de l'américain naissent désormais de quelques accords de guitare sèche, et si l'on retrouve bien tous les tics qui ont fait de Grandaddy le combo magique de pop lo-fi tel qu'on le connait (synthétiseurs cheap, arpeggios ambient, bidouillages électro, une voix fragile et lyrique), il y a un on-ne-sait-quoi de profondément changé. Troublant, déstabilisant. D'abord parce qu'on sait que les escapades solo sont rarement aussi percutantes que les efforts passés, et ensuite parce que l'image d'un groupe que l'on a profondément aimé colle au cerveau et aux oreilles, et que la comparaison est inévitable.

Alors, qu'est ce qui différencie un album de Jason Lytle d'un autre des barbus californiens ?
Déjà, peut-être cette léthargie superbe qui survole le disque, après 3 titres d'introduction relativement enlevés, certainement destinés à rassurer les fans ("Yours Truly, The Commuter", "Brand New Sun", "Ghost Of My Old Dog")... Car bien sûr, Grandaddy n'a jamais été particulièrement gai, mais l'interprétation, plutôt dynamique, de chansons mélancoliques en faisait avant un tout un groupe pop efficace avant d'être réellement personnel. Mais c'est à partir d' "I Am Lost (and The Moment Cannot Last)" que le disque s'enfonce irrémédiablement dans une sorte de catatonie dont il ne sortira vraiment jamais, à l'image de cette note interminable de synthé pitché qui fait office de solo sur "Rollin' Home Alone".
On réalise alors combien les anciens compères de Lytle avaient leur importance au sein du groupe, bien que le leader ait toujours tout écrit. Leur présence seule s'imposait naturellement. On savait qu'il étaient là, éléments immuables et indissociables du son Grandaddy. On imaginait Burtch la clope au bec en train de taper nonchalamment ses fûts. On imaginait Fairchild s'appliquer sur sa guitare en rêvant de pouvoir un jour composer à son tour, Garcia bourré et impassible derrière sa basse, et enfin Dryden, l'homme invisible entouré de ses claviers.

Sur Yours Truly, The Commuter, leur absence est partout, et Lytle, qui ne triche pas (l'instrumentation est plus que minimale) nous montre cette fois-ci la chair de son songwriting à nu. D'où ce grand sentiment de solitude, non pas morne, mais franchement mélancolique qui ressort de ce disque. D'ailleurs, jamais on avait entendu autant de piano (instrument soliste par excellence) depuis The Sophtware Slump; album qui semble aujourd'hui peut-être un peu trop tiraillé entre les aspirations purement solo de Lytle et celles, plus abordables, d'un ex-futur super groupe.

Ainsi, aussi incroyable que cela puisse paraître, Yours Truly, The Commuter, pourtant considéré comme trop sage par son auteur, est une vraie réussite, une sorte de condensé de tout ce qu'il pu réaliser de plus introspectif et minimaliste au sein de son groupe précédent. Immaculé, à l'image de cette neige qui recouvre les paysages du Montana la moitié de l'année.

Chronique de Popop (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 12/06/2009

Trois années se sont écoulées depuis la séparation de Grandaddy un triste matin de janvier 2006. Trois années pendant lesquelles, assez bizarrement, la disparition de ce groupe pourtant majeur de la scène américaine ne nous a guère affectés. La faute sans doute à une mauvaise impression laissée à la dernière minute sous la forme de Just Like The Fambly Cat, un disque laid, creux et simplement indigne des barbus de Modesto (à l’exception du formidable "This Is How It Always Starts", au titre parfaitement ironique). Au lieu de nous faire regretter ce groupe tant aimé du temps de The Sophtware Slump et Sumday, deux albums aussi indispensables aujourd’hui qu’hier, ce chant du cygne discographique aura surtout permis aux fans de tourner la page Grandaddy très vite. Trop vite peut-être.

Car si l’idée de retrouver Jason Lytle en solo était intrigante à défaut d’être excitante, la première rencontre avec Yours Truly, The Commuter est purement dévastatrice de nostalgie. Cette voix, ces claviers, ces thèmes, cette ambiance, tout renvoie l’auditeur aux plus belles heures de 1998, quand "A.M. 180" débarquait sans crier garde sur les radios étudiantes et Under The Western Freeway devenait la bande-son de notre été, aux côtés du Moon Safari de Air et du XO d’Elliott Smith. Le constat n’est guère surprenant lorsque l’on sait que le père Jason était le compositeur principal de Grandaddy, mais ses derniers faits d’armes étaient tellement piteux qu'on ne l'imaginait plus capable d'écrire des merveilles.

Et pourtant, des merveilles, il y en a sur ce premier effort solo, à commencer par ces cinq premiers titres exemplaires, reprenant avec succès la recette appliquée jusqu’à Sumday, ce mélange de folk lo-fi et de pop aérienne où guitares et moog se partagent le haut de l’affiche. Malgré une impression de déjà vu et de déjà entendu, le charme opère instantanément et si la sixième piste, le vilain "It’s The Weekend", vient nous rappeler que décidément le rock bas de front n’est pas le domaine de prédilection de Jason Lytle, dès le morceau suivant, le disque repart sur de bonnes bases, plus soyeuses, presque molletonnées. La fin du disque est d’ailleurs comme un doux rêve, un enchaînement de titres délicats dont l’apothéose est "Here For Good", une confession pleine d’optimisme qui pourrait presque devenir le leitmotiv de la carrière solo de l’ex-barbu.

Alors, de retour pour de bon le Jason ? Pour l’instant, malgré quelques faiblesses et un singulier manque de folie, on veut y croire…


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