West Ryder Pauper Lunatic Asylum

West Ryder Pauper Lunatic Asylum

Kasabian

17 / 20 2009 Red Ink Album / CD

Chronique de Popop (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 22/06/2009

A lire les pages de Goûte Mes Disques, certains d’entre vous se disent sans doute que nous sommes une bande d’amateurs éclairés de musique, des défricheurs d’œuvres délicates, d’ardents défenseurs des esthètes de la pop et des orfèvres du folk. C’est vrai. Il n’y a qu’à parcourir nos billets dithyrambiques sur des artistes comme Shearwater, Elbow, Soap & Skin, Elvis Perkins ou Antony & The Johnsons pour s’en convaincre. Mais pour être tout à fait honnêtes avec vous, il y a un type d’artistes que nous affectionnons particulièrement, un genre trop rare qui mérite pourtant d’être défendu avec toute la ferveur possible : l’authentique groupe de branleurs. Attention, pas n’importe quel type de branleurs hein, les talentueux, ceux qui semblent péter plus haut que leur cul à chaque déclaration mais qui vous décrochent la mâchoire à grands coups d’hymnes imparables.

Cette race, malheureusement, est en voie de disparition avancée. Depuis le lent déclin d’Oasis entamé en 1997, personne n’a été capable de reprendre à plein temps le flambeau du « groupe le plus talentueux ET le plus arrogant du monde ». Oh, il y a bien eu quelques tentatives, on croise régulièrement ici une grande gueule, là une tête à claques, mais rien qui tienne vraiment la route. Le constat est sévère, inquiétant même. Heureusement, le Kasabian nouveau est arrivé, et avec lui, c’est tout un peuple qui reprend espoir. Car avec Sergio Pizzorno et Tom Meighan, la musique britannique a trouvé le couple de branleurs le plus impressionnant depuis les frères Gallagher. Le premier est plutôt du genre branleur intello, un compositeur doué, réfléchi, capable de trouver l’alchimie parfaite pour faire de son groupe une véritable machine de guerre commerciale et culturelle. Le second est un authentique branleur bas de front, un pur ‘lad’ de Manchester, un frontman à la fois charismatique et ridicule – bref, le digne successeur de Liam Gallagher, avec les mêmes errances vestimentaires et capillaires.

Je sais ce que vous allez me dire : « t’es gentil, mais Kasabian, ils en sont à leur troisième album, et on peut pas dire que tout cela soit bien nouveau ». C’est vrai aussi. Mais jusque-là, malgré une poignée de singles hallucinants ("Club Foot", "LSF", "Empire", "Shoot The Runner"), le groupe n’avait jamais réussi à s’imposer sur la longueur d’un album. C’est désormais chose faite avec ce nouvel opus, et ça change toute la donne.

Car malgré son nom à la con et sa pochette immonde, West Ryder Pauper Lunatic Asylum est une œuvre hallucinante de la part de branleurs qui osent tout. Tu veux un concept-album à mi-chemin entre western spaghetti et BO de série Z ? Te voilà servi ! Un mélange de rock, de pop, de dub, et d’électro ? Pas de souci, rajoute aussi une dose de new-wave et de folk pendant que tu y es ! La maison de disques veut des tubes ? Mais bien sûr mon grand, j’ai "Underdog", "Fast Fuse", "Vlad The Impaler", "Fire" et "Where Did All The Love Go ?" à te proposer. Pas envie de choisir ? OK, je te les mets tous, bien disséminés entre deux ballades et un instrumental, histoire de ne pas brûler toutes mes cartouches trop vite.

On résume donc pour les retardataires et les lents à la détente : double uppercut + direct dans le foie + coup de genou dans les valseuses + german supplex = victoire par K.O. Pour tempérer ce quasi-panégyrique, soulignons tout de même qu’au moment de sortir du ring, le groupe se prend un peu les pieds dans les cordes avec "Happiness", un flirt gospel fadasse qui plagie trop ouvertement le Primal Scream de Screamadelica (et donc les Stones de Let It Bleed) pour convaincre totalement. Ce bémol de côté, West Ryder Pauper Lunatic Asylum est le disque de rock britannique qu’on attendait vraiment depuis (What’s The Story ?) Morning Glory, celui que certains ont tenté de nous vendre avec le premier Arctic Monkeys. C’est jouissif, arrogant, moderne et classique à la fois, avec juste la dose qu’il faut de prétention. Bref, c'est indispensable et c’est pour ça qu’il faut absolument sauver les groupes de branleurs : il n’y a qu’eux pour nous pondre des disques pareils !


Chronique de Dylanesque (Xsilence) 16 / 20

Posté le 01/07/2009
Oubliez les frères Gallagher ! Oubliez les Artic Monkeys et Pete Doherty ! Et par pitié, oubliez Kaiser Chiefs... S'il y a bien un groupe en cette fin de décennie qui ressemble à l'Angleterre, c'est bien Kasabian. L'univers des hooligans, fish & chips, la pluie et le brouillard, l'héritage des Stones et des Kinks, tout est là. Après deux premiers albums trop inégaux et rétro pour être véritablement convaincants (même si l'electro rock "Reason In Treason" m'a fait taper du pied plus d'une fois), le groupe de Leicester s'affirme enfin comme une valeur sure de la scène rock britannique. Pourtant la formule n'a pas trop changé. De la formation original, il ne reste plus que Tom Meighan, le chanteur et Serge Pizzorno, le guitariste au regard méchant. Avec toujours les mêmes ambitions et une mégalomanie qui n'est pas sans rappeler leur aînés d'Oasis. Toujours les mêmes rythmes, les mêmes riffs bien troussés, quelques touches d'electro entraînantes, une voix monotone et déclamatoire, une tendance à abuser des distorsions et le même univers : la Révolution Française et les champs batailles impériaux (comme le prouve la pochette et le clip du single de l'album précédent).

Quoi de neuf alors ? D'abord, la production, orchestré par Dan The Automator, apporte une grande cohérence à l'ensemble, ce qui manquait cruellement sur les essais précédents. Le son de cet album fait sonner habilement le neuf comme du vieux, et le vieux comme du neuf, si vous voyez ce que je veux dire... Disons que l'influence est directement celle des sixties, mais que les moyens de production sont résolument modernes. Ce qui frappe sur cet album, c'est l'alliance de l'ancien et du nouveau, des ballades élisabéthaines sixties et des hymnes dance electro. Le tout plongé dans une ambiance psychédélique annoncé dès l'excellent titre de l'album, fanfaron à souhait.

Dès l'inaugural "Underdog", les guitares et les beats s'emmêlent, pétaradent, nous entraînent dans un enchaînement de délires toxiques. Un peu d'esctasy et hop, nous voilà en train de taper furieusement du pied sur "Vlad The Emplarer", un peu de LSD et hop, l'instrumental "Swarfiga" nous fait décoller. Pas d'overdose à l'horizon car l'album ne s'essouffle jamais et surprend par sa richesse, sa créativité. Jimi Hendrix est cité sur "Fast Fuse", les mélodies marocaines du génial "West Rider Silver Bullet", enregistré en duo avec l'actrice Rosario Dawson, évoque Brian Jones, pompe son intro sur le "Mellow Yellow" de Donovan, et fait penser aux Kinks, omniprésents. "Fire" et "Take Aim" perpétuent le travail effectué sur le premier album, avec encore plus de ferveur. "Where Did All the Love Go ?" est le single parfait, un hymne universel qui réunira les disco girls et les junkies du monde entier. En parallèle de ces morceaux épiques et frondeurs, des ballades très réussies viennent aérer l'album. Jamais dégoulinantes (rien à voir avec les slows écoeurants qui peuvent nous servir Oasis), elles sont, à l'image de l'album, le compromis parfait entre influences pop sixties et electro rock moderne : "Thick As Thieves" et "Happiness", deux forces tranquilles, deux roses empoisonnées.

Alors peut-être que la torpeur ne sera que passagère, peut-être que ce voyage sous acides finira très vite par se transformer en bad-trip. Mais pour l'instant, Kasabian s'impose, avec ce troisième album, qui sera forcément jouissif sous la canicule estivale, comme la meilleure des armées pour défendre la perfide Albion.

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