Chronique de Splinter (Goûte Mes Disques)
Il est toujours pour le moins décevant, pour ne pas dire particulièrement pénible et agaçant, de lire dans la presse que tel artiste ou tel groupe renie une oeuvre précédente que l’on avait appréciée, voire carrément adorée en son temps. Cela signifie-t-il que l’on avait alors tort de l’aimer ? Ou même que, finalement, on aurait mauvais goût ? N’est-ce pas plutôt prendre des gens pour des imbéciles, sous couvert d’un mea culpa hypocrite, afin de tenter de vanter les mérites d’un nouveau disque tout en étant à court d’arguments ? Ici, à Goûte Mes Disques, on opterait plutôt pour la seconde solution. Et, du coup, on était bien tentés d’accueillir avec suspicion le nouvel album de Placebo, compte tenu des déclarations de l'ineffable Brian Molko à l'égard de Meds, le précédent opus du groupe, bien sympathique et marqué notamment par deux duos très réussis (l’un avec Alisson Mosshart de The Kills, l’autre avec l’immense Michael Stipe de REM).
Jugé trop sombre, désespéré et sous influences toxiques, Meds, qui tentait pourtant de marquer une rupture dans l'histoire du groupe, est en effet aujourd'hui descendu en flammes par son propre auteur, qui, à rebours, tresse des louanges à ce Battle for the Sun, soi-disant l’album du renouveau, de la lumière, pour un groupe qui n’a pourtant jamais vraiment brillé par son côté chaleureux, bien au contraire. On se souvient d’ailleurs que le chef-d’oeuvre de Molko & co, Without You I’m Nothing, sorti en 1998, faisait montre d’une particulière noirceur et mélancolie post-coïtale. Alors, un album radieux pour Placebo, on n’y croyait pas franchement (quant à l'hypothèse d'un Molko clean, la bonne blague). D’ailleurs, les premiers extraits de l’album, sortis en avant-première, à savoir «Battle for the Sun» et «For What It’s Worth», sont loin d'être des titres lumineux ou joyeux : toutes guitares dehors, légers artifices synthétiques, voix nasillarde, on est en terrain connu. Impossible même de détecter, à leur écoute, que le groupe a recruté, en remplacement de Steve Hewitt, un nouveau batteur, Steve Forrest, un jeunot censé apporter un vent de fraîcheur au groupe, ni que Placebo est redevenu un groupe indie et autoproduit, signé en Europe sur le label Pias, après une grosse dizaine d’années chez Virgin.
Visiblement, l’auteur de «Bruise Pristine» n’en finit plus de tenter de faire renaître le groupe qui lui a apporté gloire et succès et de raviver la flamme auprès d'un public qui a pu passer à autre chose. Il est loin le temps ou le groupe faisait presque l’unanimité, des Inrocks à Télérama, où David Bowie s’affichait sur scène avec le «Nancy Boy», où les poses de travelo faisaient se pâmer les nanas. Placebo a vieilli, son public aussi, la chevelure de Brian Molko est désormais filasse et sans densité, à l’image des textes, à des années-lumière de l’ambiguïté et de la profondeur d’antan, en témoignent le morceau d’ouverture, «Kitty Litter», qui sonne comme une déclaration d’amour carrément fadasse, ou encore «Happy You’re Gone», plat et sans intérêt.
Cela étant, les fans ne devraient pas bouder ce Battle for the Sun sans lui avoir préalablement donné sa chance, sans avoir jeté au moins une oreille à cette poignée de titres oscillant entre le correct et le franchement très bon, voire l'excellent, dans le genre rock à guitares qui n'oublie pas les fulgurances pop. Emmené en particulier par l'assez enthousiasmante «Ashtray Heart» (clin d'oeil au nom du premier groupe de Molko et du bassiste Stephan Olsdal), au refrain entêtant et qui ne pèche que par ses passages débilos en espagnol, l'album aligne quatre titres d'ouverture en forme de sans faute («Kitty Litter», «Battle for the Sun» et «For What It’s Worth» réussissant une excellente entrée en matière). Puis, il sait rester efficace, rêche et mélodique à la fois, assez pour susciter l’intérêt et pour le maintenir sur toute la longueur, grâce notamment à quelques innovations comme la présente de cordes («Battle for the Sun»), de cuivres («For What It’s Worth») ou de rythmiques dansantes («Julien») et, effectivement, à la toute fin, un titre assez pop et lumineux, «Kings of Medicine», qui tendent à montrer une certaine volonté d'évoluer, mais qui ne font pas perdre de vue qu'une chèvre avec un bonnet vert reste une chèvre (merci Noël Mamère).
Bien évidemment, Placebo restera toujours Placebo, il faut en convenir, et ne pas croire les déclarations du chanteur, sans, au demeurant, que cela ne soit nécessairement dirimant. Ce ne sont pas les changements de batteur (déjà le troisième) ou de label qui modifieront la donne. Les amateurs apprécieront, et ils auront raison, au vu des qualités de ce sixième album studio qui n'a rien de déshonorant, bien au contraire, souvent très efficace et inspiré, au même titre que Meds encore aujourd'hui, tandis que les autres passeront sans doute leur chemin, sans remords ni regrets.
Chronique de Billyjoe (Xsilence)
Le premier titre qui a filtré, quelques semaines avant la sortie du disque, fut l'éponyme "Battle For The Sun". Placebo donnait l'impression de vouloir faire du Muse (rien que l'intitulé du morceau n'aurait surement pas déplu à Matthew Bellamy). Les envolées de guitares soutenues par une flopée de violons et de claviers ainsi que les passages aériens rappelaient en effet le trio du Devon. Pour autant, la chanson fut, à juste titre, bien accueillie et nous dépeignait une facette jusque là inconnue du groupe. La mauvaise nouvelle, c'est que ce dernier nous livrait d'emblée le meilleur morceau de son nouvel album.
C'est ensuite le premier single officiel qui s'est fait entendre : "For What It Worth" surprenait également, notamment de par son côté dansant dont les londoniens sont peu coutumiers. C'était certes assez sympathique mais le soufflet retombait déjà un peu.
Puis vint l'album qui démarre avec "Kitty Litter", titre rock qui confirme que Placebo a (un peu) évolué. Le changement de batteur est évident et cela influe forcément sur le rendu global. Pour autant, le titre est assez moyen, surtout pour ouvrir l'album (à l'image de "Bullet Proof Cupid" et "Meds" sur les deux précédents opus).
En étant un peu persévérant, le disque se laisse écouter. Pas de gros couacs certes, mais rien d'inoubliable non plus. Et ce manque de grand(s) moment(s) fait qu'on a tendance à s'ennuyer un peu au fur et à mesure de la progression du disque. "Julien", planté au milieu de la galette, avec son beat électro bon marché et ses lyrics qui ne valent pas mieux, nous donnerait presque envie d'en rester là. Heureusement ce morceau n'a pas d'égal question médiocrité.
On retiendra quelques tubes bien sentis comme "Ashtray Heart" et "Breath Underwater" mais également "Bright Light" (qui sonne très Sleeping With Ghost avec sa mélodie clavier évidente) ou encore le final "King Of Medicine" qui monte en puissance et termine par un "lâché" de cuivres convaincant.
Battle For The Sun, malgré son titre, n'a rien d'un album qu'on enverrait dans une sonde à travers l'espace pour montrer aux E.T ce qu'est la musique de chez nous. On retrouve un Placebo qui "change dans la continuité" pour un rendu tout de même plus rock qu'à l'accoutumée, puisque même les balades finissent par être rattrapées par les guitares électriques. L'ensemble n'est pas vilain mais manque cruellement d'âme et on se dit que la plupart des titres qui composent ce disque seront surement vite oubliés.
On est évidemment loin de leur meilleure production.