Chronique de Splinter (Goûte Mes Disques)
Personnage à part de l'imaginaire rock, le dandy british a connu son heure de gloire avec David Bowie dans les années 1970, pour retrouver une certaine jeunesse dans les années 1990 avec les inénarrables Neil Hannon (The Divine Comedy), Jarvis Cocker (Pulp) et, surtout, Brett Anderson (Suede), ces trois derniers, toujours en activité, tentant aujourd'hui, avec plus ou moins de bonheur, de faire vivoter le mythe du crooner solitaire touché par la grâce. Mais, attention, depuis quelques mois, si l'on excepte les vaines postures du franchouillard Julien Doré, c'est un Américain, Jeremy Jay, qui réinvente le dandy et lui donne une verdeur nouvelle en lui conférant, de surcroît, une certaine intemporalité.
Car, apparu en 2008 en trench noir, mèche romantique et teint pâle, avec A Place Where We Could Go, un premier album pop minimaliste très sympathique mais passé largement inaperçu, Jay change cette fois-ci son fusil d'épaule avec ce second opus, en apparaissant sur la pochette de ce Slow Dance habillé, pour ne pas dire déguisé, en minet des années 1980. La mèche romantique est toujours là, mais le trench a été troqué contre un petit blouson en cuir noir, porté sur un polo rayé noir et blanc, surmontant un pantalon noir étroit, à faire pâlir de jalousie notre Pierre Cosso national. Oui, le minet qui hantait les boums adolescentes, qui tombait toutes les gamines au moment du slow tant redouté par les petits binoclards, était lui aussi un dandy qui s'ignorait.
Jay, pour sa part, a parfaitement conscience du potentiel de séduction du minet. De fait, ce Slow Dance est, sans détour aucun, un hommage à ce personnage longtemps haï. Mais attention, Jay est suffisamment intelligent pour ne pas sombrer dans un revival eighties pathétique. En empruntant à la fois les synthétiseurs glam de la cold wave ("We Were There", "Breaking The Ice", digne de Joy Division) et les guitares des années 60 (superbe "In This Lonely Town"), l'Américain réussit un grand écart inédit et totalement réussi, en réhabilitant le slow aux oreilles même de tous ceux qui le détestaient jusqu'ici, en l'alliant à un groove efficace et, pour tout dire, assez irrésistible ("Gallop").
Sans s'encombrer de références, Jay chante comme Brett Anderson ("Where Could We Go Tonight?") ou Jarvis Cocker ("Slow Dance"). Son album, absolument réussi, allie talent mélodique et justesse des arrangements, en allant bien au-delà du simple hommage en carton. Malgré ses sonorités d'antan, ce Slow Dance est un disque d'aujourd'hui, qui a digéré les codes d'hier, voire d'avant-hier, pour se les réapproprier et trouver, ainsi, sa place au top des meilleurs albums du moment.
Chronique de Lolipop (Xsilence)
Grand échalas dégingandé, un brin précieux Jeremy Jay.
Le regard tendre et la moue boudeuse. Mèche dans les yeux et conscience d'une certaine esthétique pop.
Mine de rien le garçon sait ce qu'il veut. Il ne manque pas d'assurance et ne s'excuse jamais d'être là. Il sait qu'il y a de toute évidence sa place.
C'est étrangement à la lumière d'un autre groupe que le talent éclatant de Jeremy Jay m'est encore apparu ce matin.
Oui Jeremy Jay pour moi s'inscrit dans la même veine qu'un Lawrence Hayward (Felt).
Non pas par sa musique bien entendu, plus abrupte et directe (on est chez K Records), mais tout de même...
Ces soupirs indolents et cette manière un peu hautaine et si inaccoutumée de chanter. Cette élégance tellement rare qui émane de son timbre, ne peut m'empêcher d'y voir un certain parallèle.
Jeremy Jay aurait pu être anglais, c'est d'ailleurs à s'y méprendre. Beaucoup s'y sont fourvoyés à la première écoute. C'est donc chez K Records que le jeune Californien a trouvé refuge pour ses remarquables compositions. Un choix qui peut paraître étonnant de primes abords...
Ce n'est pas forcément l'équation la plus évidente lorsqu'on pense immédiatement à Calvin Johnson.
Mais peut importe, le résultat est là.
La folk un peu passée et râpée aux coudes, rafistolée avec des synthés néo eighties et une myriade de trouvailles géniales, voilà sans doute un des disques de 2009.
"In This Lonely Town", c'est un peu les Feelies, Jonathan Richman et Tom Verlaine dans un même titre. Mais rien que des évocations, car les fantômes ici sont à peine convoqués. Parce que le talent c'est surtout de savoir habillement réinventer les figures. Détricoter et refaire avec plus ou moins de fidélité envers ses inspirations. Ce garçon a beaucoup écouté de musique, c'est certain. Jay aime à brouiller savamment les pistes, semant l'auditeur au détour d'un sentier new-wave "Breaking The Ice", d'un tortueux petit chemin pop "Winter Wonder" ou d'un grand boulevard, le fabuleux "Gallop".
Et quand angéliquement il nous demande "Will You Dance With Me", on répond à la proposition sans hésiter.
On le suivrait n'importe où de toute façon, qu'importe la destination.
Les yeux fermés, avec Jeremy maintenant c'est du sérieux !