Checkmate Savage

Checkmate Savage

The Phantom Band

16 / 20 2009 Chemikal Underground Album / CD  Vinyle

Chronique de Sam lowry (Xsilence) 16 / 20

Posté le 16/02/2009
Pour ce premier album, sorti sur le label originel de Mogwai, ce sextet de Glasgow m'impressionne. Ses membres ne sont pas des débutants : avant de se rejoindre pour composer ce sombre album orgiaque, ils officiaient dans diverses petites formations rock de la ville écossaise, dont la scène indépendante reste toujours riche de projets inventifs. Produit sous la houlette de l'ex-Delgado Paul Savage, Checkmate Savage semble avoir été commencé à la fin des années 60 pour échouer en 2009, avec une escale plus longue que les autres dans le krautrock des années 70. Issus pour la plupart de longues improvisations, ces neuf plages dépassant souvent la barre des six minutes oscillent entre rock psychédélique, krautrock, blues et pop, avec un petit soupçon de grunge par-ci par-là. Une fois ces différentes tendances réunies par des musiciens aux goûts pointus et hétérogènes, il est assez surprenant de constater que l'album reste étonnamment cohérent. Souvent, à la suite d'un couplet aux riffs rock'n'roll bien gras, une chanson peut débouler sur un refrain lumineux bardé de choeurs. "Folk Song Oblivion" s'apparente à un single couillu, qui démarre sur un riff pachydermique presque garage, très raide, avant de décoller dans un refrain qui joue avec la lumière et la légèreté.

Dans son ensemble, le disque est magnifique, mais si il faudrait retenir quelques morceaux qui sortent du lot, je prendrais tout d'abord l'instrumental "Crocodile". Difficile d'imaginer qu'un pauvre petit guiro puisse jouer le rôle intimidant de la clef de voûte, et c'est ce qui advient au cours de cette montée hypnotique jouée sur deux notes. Pour éviter une recherche à ceux qui se demandent ce qu'est un guiro, il s'agit d'une percussion à gratter dont beaucoup connaissent le son sans en connaître le nom : un cylindre en bois constitué d'encoches que l'on gratte avec une baguette, produisant un son très proche du croassement de la grenouille. C'est ainsi que l'on trouve pas mal de guiros en forme de grenouilles, mais je m'égare, puisque l'on parlait d'un "Crocodile". Je me suis amusé à écouter "Crocodile" et "Hallogallo" (sur le premier album de Neu!) à la suite, les ressemblances sont tellement frappantes, qu'il est clair que le groupe ne fait pas un clin d'oeil à Neu!, mais leur rend plutôt hommage. L'hommage reste bien là jusqu'à ce qu'une guitare ultra saturée ne dérape et porte le morceau dans un final rapide et noisy éblouissant.
Frôlant les 9 minutes, "Island" me plonge dans les étendues désertiques de l'ouest américain, où l'on pourra peut-être croiser un Travis totalement largué, sorti de "Paris-Texas". Cette marche qui commence par une petite guitare proche du blues aride de Ry Cooder s'élève progressivement dans des vocalises célestes, rendant à la berceuse des ailes en cinémascope.
Le son est souvent sale, les voix viriles, l'inspiration très haute, voici une belle claque de ce début d'année 2009. Un excellent disque de rock, singularisé par l'emploi de vieux claviers, notamment le Moog.
Juste un petit bémol sur la production qui aurait mérité à donner aux morceaux un poil plus de patate. Echec et mat, Savage? Je n'irais pas jusque là, mais merci d'avoir contribué à donner le jour à cet album tourbillonnant et intense.

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 18 / 20

Posté le 17/02/2009

Le mois de janvier et son lot de sorties attendues (les nouveaux Franz Ferdinand, Animal Collective et Antony & The Johnsons en l'espace de deux semaines quand même) étant enfin derrière nous, les rédacteurs acharnés et dévoués que nous sommes allons pouvoir reprendre une activité un tant soit peu normale et partir de plus belle à la recherche de ces disques inestimables qui ne bénéficient pas à nos yeux d'une exposition médiatique digne de ce nom – et il n'y a qu'à jeter un œil à notre base de donnés pour se rendre compte que cette catégorie n'est pas vraiment en voie d'extinction. Bon, je dois bien avouer que dans le cas de The Phantom Band, les indices glanés ci et là sur le net me font penser que cette formation écossaise ne restera pas longtemps dans l'ombre – à peine sorti, Checkmate Savage s'est déjà attiré les dithyrambes de la presse british. Mais soit, pour le coup, essayons d'être les premiers sur la balle de ce côté de la Manche.

Originaire de Glasgow, signée sur le label Chemikal Underground et produite par Paul Savage (de feu The Delgados), cette formation-là va plus que probablement vous aider à rentrer de plein pied en 2009 et oublier les disques magnifiques qui ont marqué l'année écoulée. A la base, le nom de Phantom band vient d'une période de doute au cours de laquelle le groupe se trouvait une nouvelle identité à chaque concert. Une démarche qui peut faire sourire mais qui révèle toute sa pertinence à l'écoute de ce premier opus tout bonnement impeccable – n'ayons pas peur des mots. Certes, on imagine mal le groupe avoir réinventé la poudre à chacune de ses prestations, mais le fait est que ce Checkmate Savage étonne par l'énorme palette de genres abordés avec une facilité que l'on qualifiera de déconcertante. En une cinquantaine de minutes, les quatre gars de The Phantom Band convient  Nick Cave, Neil Young, Joy Division et Mogwaï (en agrémentant le tout de claviers bien dans l'air du temps) pour un petit gueuleton qui laisse dans la bouche un arrière-goût agréable de quasi-perfection. En effet, rien sur Checkmate Savage ne sent l'effet de manche aussi facile que prévisible et qui permettra au groupe de s'attirer aisément les faveurs du public. Libre dans ses choix, le groupe mène sa barque avec beaucoup d'assurance et se permet même de séduire sur des morceaux flirtant avec des durées que l'on connaît au post-rock sans pour autant tomber dans le piège de la digression inutile que trop de groupes adeptes du genre n'ont pu éviter – avec une mention toute particulière pour "Island" et ses quasi neuf minutes de folk habité.

Vous l'aurez compris, les choses sont on ne peut plus claires: avec Checkmate Savage, The Phantom Band a accouché d'un premier album impeccable et dont on reparlera encore beaucoup – notamment lorsque viendra le moment d'établir les habituels classements de fin d'année. Certes, 2009 nous réservera encore de bien belles surprises, mais dans la catégorie "rock décomplexé et sans œillères", on tient déjà un prétendant de poids au titre de meilleur album de l'année.


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