March Of The Zapotec And Realpeople Holland

March Of The Zapotec And Realpeople Holland

Beirut

15 / 20 2009 Pompeii Maxi / CD  Vinyle

Chronique de Louis Wind (Xsilence) 15 / 20

Posté le 12/07/2009
Alors tout d'abord il semble nécessaire de rappeler que March Of The Zapotec & Holland sont deux EP bien différents, bien distincts. Certes édités en un même coffret mais ce qui ne doit pas les relier plus que deux albums à part entière.

Je commencerai par le second EP Holland, car chronologiquement dans la discographie personnelle de Zach Condon c'est celui-ci qui fait office de prémices. Excepté "The Concubine" qui signe une possibilité de direction nouvelle intéressante. Dans une histoire moins tourmentée Holland aurait pu sortir avant tous les autres. Avant même The Gulag Orkesta. Car c'est par là qu'encore tout minot le Zach a commencé. Par les bidouilles electro lofi. Sur des synthés orphelins, perdus dans les brocantes et autres vide-greniers d'Albuquerque, Nouveau Mexique. Et à 16 ans, le voilà sur la route, ce lieu d'horizon sans fin où il est le plus ouvert, extasié du bain de culture européen. Fragile parce que rien d'autre que nous même ne nous accompagne lorsqu'on voyage.
Ce sont d'ailleurs ces mêmes routes de tournée qui l'on fait abdiquer. Tout annuler. Revenir. Repartir. Recommencer. Encore et encore.

Et c'est là qu'il tombe dans l'escarcelle polie de Cary Kufunaga qui lui demande d'enregistrer pour son film quelques morceaux aux allures de Mexique. Mais pas du Beirut. Alors Condon l'a vite fait exploser cette escarcelle pour encore en faire ce qui, en chemin, s'était accroché à son oreille. EP transitoire, témoins que dix milles choses sont là, en suspens. Dix milles sons du peuple. Qu'ils ne sont pas si éloignés les uns des autres ces sons, qu'ils glorifient communément le festif aux reflets de mélancolies de conditions humaines.
Du funéraire. Et pas le moindre, celui d'une peuplade aux rituels déjà bien assassinés, en train de mourir à petits feux. Loin justement du bourgeois bohème facile susdit. Le rituel : qui n'est pas sans rappeler les thèmes favoris des orchestres populaires balkaniques qui sont les rois du mariage.
D'abord "El Zocalo", capté par un micro lointain, tendu à bout de bras par un corps plein de sommeil, juste réveillé au travers d'une lucarne par un quotidien fanfaron, "tiens, est-ce un mariage ou un enterrement aujourd'hui ?" Et voilà l'introduction, de la musique captée dans la rue.
Du funéraire. Beirut planté à Oaxaca. Place aux vapeurs lugubres et lumineuses du mezcal de Teotitlan Del Valle. Place à la fanfare d'enterrement Jimenez. C'est aussi cela Beirut. Une place libre. Cinq lignes de partitions parallèles mais concaves, pour accueillir ce qui tombe dedans, laisser décanter. Ce qui se mélange se mélange et ce qui reste reste.
Et sur ce coup, la place fût laissée à ces derniers porteurs d'un héritage presque disparu, les Zapotèques. Et c'est ainsi que l'on entend un Zach Condon, qui laisse sa voix paisible et quelques chœurs se balader de temps à autres sur cette orchestration ivre, chancelante et imposante de "La Llorona". Il n'impose pas, il fredonnerait presque au fond du studio délabré, pudiquement. Accompagnant le chanteur qui ici est le cuivre, le cuivre vibrant de sa trompette et de la quinzaine d'autres instruments dorés. Pas de rivalité. Zach Condon discret passe juste de-ci de-là arrondir les angles avant les refrains instrumentaux.
"My Wife" n'a même pas eu besoin de cette voix. Un bonjour auroral et fatigué de trompettes qui s'endorment avant le bal à la danse lente, macabre et binaire des tubas, accompagnés de quelques cordes aiguës gratouillées. Et c'est enfin ce qui est traditionnel de Beirut, cette force paradoxale du silence dans la musique. L'énergie des secondes perdues. La 21ème et la 22ème seconde de la 1ère minute nous accordent ce qu'il faut de temps pour laisser fleurir une valse où tout s'accorde - peut être à la tombée de la nuit - tubas, cors, trompettes, mandolines, légères percussions... Tous annoncent la transition d'un instant vers un autre, une envolée de poussière, de pollen, de fraicheur, de joie. Des bras en l'air, les fumées de cigarette s'expirent, les sourcils retombent et la raison vacille, le corps entier est dans une danse presque immobile.
Ensuite le bloc des trois derniers morceaux. D'abord la chirurgie de "The Akara" intervient telle une caresse de scalpel-pure-Beirut sur les douces cicatrices qu'on laissé Gulag Orkesta & Flying Club Cup : Roulements de tambour, introduction cuivrée angoissante, que va-t-il se passer après ça ? Et bien tout va s'accorder sur cette baguette qui frappe les cordes pourtant tendre du ukulélé. Le chant d'un Zach "en-forme-ce-matin" qui laisse échapper une mélodie éclatante sur un vent de trompette. Arrive ensuite la complainte mystèrieuse de l'orchestre, "On A Bayonet" qui, prise en sandwich, fait la transition avec l'ultime et mesquin morceau : "The Shrew". Dont si nous avons eu l'insouciance de ne pas observer la pochette, laisse espérer encore milles ballades... Mais non ! Celle de "La Mégère" est bien la dernière.
Ensuite, silence.
On roule une cigarette, on rempli les verres, on remet PLAY... allez !!! Une dernière pour la route !
Une dernière marche Zapotèque, courte mais pleine. Construite de mélodies qui, comme la nuit, cachent plus de choses qu'elles n'en disent. Pour un hommage aux massacres indiens de la Noche Triste.
Gracias Señor Condon !

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