Noble Beast

Noble Beast

Andrew Bird

17 / 20 2009 Fat Possum Album / CD  Vinyle

Chronique de Popop (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 23/02/2009

Andrew Bird est décidément un drôle d’oiseau – ou une drôle de bête pour les fans qui en ont assez des jeux de mots faciles sur le nom de l’artiste. Chaque fois que l’on pense avoir cerné l’animal et son processus artistique, le voilà qui prend la tangente et repart dans ses pérégrinations migratoires musicales pour mieux surprendre l’auditeur. Après avoir troqué l’écrin d’orfèvre de The Mysterious Production Of Eggs pour la sécheresse pop de Armchair Apocrypha, ne voilà-t-y pas le sifflotant volatile violoniste qui repart à contre-courant ascendant… Tout le monde s’envole vers le sud ? Lui va au nord ! Ou à l’est - mais sans jamais être à l’ouest, faudrait pas non plus pousser le zoziau contre les barreaux de la cage !

Et alors que le très beau EP Soldier On paru l’an passé semblait annoncer un disque tortueux et enlevé, c’est avec son disque le plus simple et le plus terre-à-terre que l’Américain revient en 2009. Attention, qui dit simplicité ne dit pas facilité : Noble Beast est loin d’être le disque le plus évident d’Andrew Bird, il faut même du temps et de la patience pour appréhender toute la noblesse du bestiau. D’ailleurs, si les premiers et derniers titres de ce quatrième effort solo sont des modèles d’immédiateté, les transhumances ornithologiques de mi-parcours surprennent par leur aridité. Plus étonnant encore, certains morceaux comme "Not A Robot But A Ghost" ou "Anonanimal" ressemblent plus à des tentatives un peu désespérées de combiner les esprits des albums précédents qu’à de vraies chansons. Des maladresses mi-expérimentales mi-orchestrales auxquelles le bonhomme ne nous avait guère habitués jusque-là.

Les plus exigeants n’hésiteront pas à reprocher à Noble Beast un manque global de spontanéité et de mélodicité (hou le vilain mot). Ce n’est qu’à moitié vrai. Si ce nouvel opus est un cran en-dessous de ses illustres prédécesseurs, c’est sans doute parce que certaines compositions croulent sous le poids de leur propre ambition – et que de fait le disque donne parfois l’impression d’être complètement décousu. Reste qu’aujourd’hui peu d’artistes sont capables de pondre des morceaux du calibre de "Oh No", "Effigy", "Fitz & Dizzyspells" ou "The Privateers". Et ce ne sont pas les quelques plumes perdues en route par le piaf qui vont nous empêcher de profiter de son ballet aérien.


Chronique de TiComo La Fuera (Xsilence) 14 / 20

Posté le 13/05/2009
J'ai mis beaucoup de temps à rentrer dans ce disque car j'ai longtemps cherché une nouvelle preuve d'audace de la part d'Andrew Bird. Espérance qui est restée malheureusement insatisfaite. Pour la première fois je n'ai pas eu de déclic, d'illumination comme quoi diable l'américain a osé une nouvelle formule et qu'elle marche du feu de dieu. J'ai recherché la fougue, la virtuosité, la complexité limpide de son archet mais rien. Sur Noble Beast, le violoniste a poli son jeu. Il apparaît retenu, effacé derrière des morceaux très pop à la voix triste ("Oh No", "Fiez & Dizzyspells", "Natural Disaster", "Effigy") qui s'écartent encore plus des ouvertures violonistiques qu'on lui connaît, dans une production trop impeccable qui plus est. Pas le temps de s'imaginer l'oiseau en train de se sampler et de concocter un morceau à vue de nez. On a pour seule vision un studio bien rangé au milieu duquel trône une guitare toute neuve qui joue juste (je me rappelle de sa guitare en concert il y a trois quatre ans toute grinçante). Certes il réside des arrangements propres qui donnent l'impression qu'il y a un travail important en amont sur l'abondance sonore, seulement ils ne sont plus poussés dans une musique fouillis et fouillé que j'admire tant sur The Mysterious Production Of Eggs.

En fait il n'y a que de barrés ces irréductibles textes capilotractés qui énervent un poil du fait de leurs insaisissables sujets. Bird confesse qu'il fait davantage passer les sonorités devant le sens des mots. Or sans commentaire annexe de sa part dur de comprendre de quoi il s'agit. D'autant plus que d'un concert à l'autre il explique de différentes façons ce qui a déclenché en lui l'envie d'écrire un texte. Je ne parle pas non plus de cette irrésistible envie constante de créer des mots pour qu'ils sonnent mieux comme "Souverian". En tout cas une chose est sûre c'est qui lui faut une étincelle pour écrire, il n'est pas du genre à attendre la plume à la main. Et pendant qu'on cherche le sens de ‘A nomenclature is washing away' ("Nomenclature" qui utilise ce mot dans ses chansons ??) il s'enfuit sur "Not A Robot, But A Ghost" pour un délire électro au riff déjà connu tout en percu qui s'avère en réalité avoir été fortement inspiré de "First Impossible" de son fidèle batteur Martin Dosh. Tout ne serait donc basé que sur la musicalité et pourtant c'est la première fois qu'un disque d'Andrew Bird a si peu d'effets (le chant a rarement eu aussi peu d'intonations). Et le brin qui reste semble un poil surfait.

Noble Beast décrit peut-être un cap plus noble qui se refuse d'être (ré)créatif. J'espère cependant que l'ambition va resurgir et venger toutes les trouvailles farfelues qu'il n'a pas encore faites au violon. "Tenuousness" trottant gentiment ou "Anonanimal" (encore une marque de sa passion des mots), qui part dans une escapade pop sous la batterie d'un Dosh excellent, laisse présager encore des dérives captivantes. Premier missile à la mer pour le songwriter ? Quand même pas puisque cet album reste honorable même s'il ne fait pas de vague. Mais cela reste trop anodin pour cet artiste admirable. Allez pourquoi pas sortir un petit Fingerlings 4 pour recouvrer la forme ??

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