The Airing Of Grievances

The Airing Of Grievances

Titus Andronicus

16 / 20 2008 Troubleman Unlimited Album / CD  Vinyle

Chronique de Sirius (Xsilence) 16 / 20

Posté le 14/04/2008
Ça commence comme un mauvais bootleg d'un clone des Replacements. Pleurnicherie acoustique enregistrée à 3 chambres et 2 couloirs d'ici. Puis bam la cavalerie saturée déboule fracassée. Comme si un groupe d'ivrognes type fête de la musique, s'attaquait au répertoire d'Arcade Fire. Rock paillard, suant et criard.
On ne s'attend pas à ça de la part d'un groupe qui vole son nom à Shakespeare et nomme ses chansons "Albert Camus" ou encore mieux, "Upon Viewing Brueghel's Landscape With The Fall Of Icarus". Humour d'étudiant... Le contenu lui, se joue de l'esprit et préfère attaquer direct les tripes. Avec en première ligne, un 'chanteur' qui a exactement la même voix que moi sous la douche quand, pris par les vapeurs étouffantes (j'aime bien quand c'est brûlant) et le parfum délicat de mon Adidas Sport, j'entonne une version white trash de "Blue Suede Shoes" (version dont je suis assez fier je dois dire). Ce n'est plus chanter, c'est gueuler, gueuler à s'en brûler le larynx (et qu'on ne me dise plus que Pete Doherty a une sale voix).
C'est spécial comme dirait l'autre. Mais pour peu qu'on ait envie de brasser le gerbillon un samedi soir avec ses potes païens, c'est plutôt l'idéal. Dans le genre, The Airing Of Grievances c'est de la lessiveuse qui tourne à 88 miles à l'heure. Une seule pause clope dans ce manège interdit (la shoegaze amoureuse "No Future"), sinon pas le temps de s'essuyer les aisselles, ça envoie épileptique. Mais pas bourrin pour autant. Trop de mélodies brillantes, trop de refrains catchy, trop de wouhouhou. C'est de la rage, mais de la rage emberlificotée dans une toile poppy. On dit bravo.
Titus Andronicus nous rappelle ô combien la musique est un cri qui vient de l'intérieur, qui fait rire les enfants mais pas les dictateurs, po na ba mboka nionso pe na pikolo nionso. Salutaire.

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 06/03/2009

S'il est un label dont on parle peu, c'est bien Merok. Pourtant, cette structure qui appartient à l'excellent label anglais XL Recordings peut se targuer d'avoir été la première à donner sa chance à des groupes qui ont désormais explosé. En effet, qu'on aime ou pas les Klaxons, les Teenagers ou Crystal Castles, c'est sur Merok qu'ils ont pu faire découvrir leurs premiers faits d'armes à un plus large public. Aussi, c'est toujours avec un mélange de plaisir et d'appréhension qu'il convient de jeter une oreille attentive aux dernières trouvailles du label qui nous revient en ce début d'année avec le premier effort des Américains de Titus Andronicus – un groupe qui, les plus érudits de nos lecteurs l'auront rapidement noté, tire son nom de "La Très Lamentable Tragédie romaine de Titus Andronicus", œuvre de William Shakespeare datant de la fin du 16e siècle et considérée comme la première tragédie du dramaturge anglais. A l'origine sorti l'année dernière sur le petit label Troubleman Unlimited et passé pour ainsi dire inaperçu des deux côtés de l'Atlantique, le groupe tente aujourd'hui sa chance sur le circuit européen.

A ce stade de la chronique, j'espère que les quelques noms jetés en pâture dans mon introduction ne vous auront pas induit en erreur. La chose électronique, les cinq gars de Titus Andronicus n'en ont que faire. Eux, c'est plutôt du côté de Bruce Springsteen, des Replacements, de The Arcade Fire, de Bright Eyes et des Pogues qu'ils vont allègrement piocher sur The Airing of Grievances. Présenté comme cela, ce maelström d'influences pour le moins disparates a de quoi rebuter les plus traditionalistes d'entre vous. Pourtant, à la surprise générale, l'ensemble se révèle tout simplement haletant dès les premières écoutes. Empreinte d'une urgence qui vous prend instantanément aux tripes, la musique du groupe a pour seul moteur la fougue et l'insouciance. Or, on sait combien il est dangereux de dépendre de ces deux sources d'alimentation. Pourtant, le pari se révèle gagnant d'un bout à l'autre de ce The Airing of Grievances passionnant. Avec Titus Andronicus, la frontière entre folk habité, country salace et punk revanchard n'a jamais semblé aussi mince et vole en éclats à chaque  fois qu'Andrew Cedermark se saisit de son micro pour y hurler comme s'il devait mourir demain.

Face à un tel déploiement d'énergie et une telle rage de vaincre, deux choix s'offrent alors à vous: foutre le camp au plus vite ou vous laisser emporter par la déferlante Titus Andronicus. Personnellement, cela fait une semaine qu'à raison d'une heure par jour, je me fais bringuebaler par cette bande de petits merdeux sortis du New Jersey. Certes, c'est parfois surjoué, ça manque sérieusement d'originalité et c'est bourré de petites imperfections, mais putain qu'est-ce que c'est bon!


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