Surfing

Surfing

Megapuss

16 / 20 2008 Rykodisc Album / CD  Vinyle

Chronique de Vamos (Xsilence) 16 / 20

Posté le 07/10/2008
Alors vous pensiez y avoir échappé ?
Et bien non ! Comme quasiment chaque automne depuis 2002, et à peine un an après le merveilleux, le génial, le fabuleux Smokey Rolls Down Thunder Canyon, Devendra Banhart est déjà de retour. Mais dans les faits, ce come-back s'est fait assez discret. Son nouveau disque n'est pas publié sous son propre nom mais par un groupe dont il est le cerveau, j'ai nommé Megapuss (Mégamatou ??!!), dans lequel il joue avec Fabrizio Moretti des Strokes et un autre de ses copains, Greg Rogove.

Retour discret où notre ami barbu se cache derrière un groupe...mais c'est bien la seule chose discrète chez Megapuss ! Regardez l'art-work, ces deux Cro-Magnons en train de se battre ! Et ce titre, Surfing, qui sent bon le trip régressif californien-hippie...Effectivement, Megapuss respire l'autodérision et a tout d'une grosse blague. On sent que le fait de jouer entre potes a accentué l'aspect ludique et humoristique qu'on retrouvait régulièrement dans les disques solos de Devendra. Mais là, il franchit un pas ! "Crop Circle Jerk' 94" ouvre la danse, un folk ensoleillé au rythme chaloupé, ouaip, Devendra est à fond dans son délire Californien. Mais ce n'est rien comparé à ce qui nous attend. Jetez un œil aux paroles gentiment loufoques de "Duck People". Ecoutez le solo de "Adam & Steve" emprunté au cultissimement kitsch "Careless Whipser" de Georgios Kyriákos Panayótoules ou mieux, les miaulements de nos amis Mégamatous sur "Theme From Hollywood"...'Too much fun in hollywood' ? Ah non, vraiment pas Devendra, c'est vraiment un plaisir de te suivre dans tes blagues !
Bon, et passée la rigolade, y'a quelque chose à se mettre sous la dent ? Et bien oui, Devendra ne se refait pas, il est toujours aussi bon et inspiré. Déjà, malgré leur aspect de grosse vanne, les titres cités plus haut sont très bons. On retrouvera le folk typique de Devendra tout au long de l'album, dans des registres toujours aussi variés. Du folk-ukulélé de "To The Love Within" au bluesy "Hammam", en passant par le délirant ""A Gun On His Hip And A Rose In His Chest" (‘Fuck the police in the asshole!'), notre ami continue son parcours de touche à tout en variant les genres. Mais surtout, il sait toujours aussi bien faire naître des émotions délicates en créant des ambiances aussi intimes qu'une nuit sur une plage. "Chicken Titz" et "Older Lives" sont à ajouter à la liste des classiques de Devendra, "Another Mother" réjouira les amateurs de ses bêlements de chèvre. Et au dessus-de-tout, deux pièces assez longues. "Surfing", planant au possible et porté par un piano irréel et bien sûr la géniale "Sayulita", vraiment très poignante, splendide, bref j'adore. Ah ça, il sait nous serrer le cœur ! Et la fin de l'album, très lente fait vraiment mouche, après des débuts rigolos et plus rythmés. Un petit regret: plus rien de latin!

Un sans-faute donc, pas aussi long que ses disques solos. On n'y retrouve pas le foisonnement de ses précédents disques, mais cela s'écoute plus facilement, tout en étant moins impressionnant. Bref du tout bon Devendra Banhart en concentré !

Chronique de Nicolas (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 20/01/2009

Toujours aussi imprévisible, Devendra Banhart revient là où on ne l’attendait pas avec ce projet Megapuss sorti de derrière les fagots. Alors qu’on avait fondé des espoirs inconsidérés dans son dernier Smokey Rolls Down Thunder Canyon, qui nous a procuré les mêmes sensations qu’un chewing-gum trop mastiqué, le barde surprend tout son monde avec ce Surfing réalisé aux côtés de Greg Rogove (des excellents Priestbird dont on recommande chaudement le dernier In Your Time) et avec l’aide d’un certain Fab Moretti, le batteur des Strokes qu’on ne vous présente plus. À ce trio s’ajoutent quelques grands noms de la scène folk californienne : Purkey Remington, Aziz Ansari, Benny Bensi et surtout Noah Georgeson. C’est à se demander si l’auteur des superbes vignettes de Find Shelter, qui se retrouve toujours dans les bons coups, n’est pas la véritable tête pensante de cette joyeuse bande de hippies ? Si cela reste difficile à démontrer, il n’en demeure pas moins que Surfing est un album détonant, à défaut d’être réellement surprenant.

En prenant la discographie de Banhart en solo pour prisme, on pourrait globalement situer cet album dans la lignée d’un Cripple Crow. À l’instar de ce dernier, Surfing est une œuvre foisonnante où chaque idée passant par la tête de ses géniteurs semble être mise en musique. À ce propos, la façon dont les musiciens ont réalisé cet opus est hautement significative. Après s’être isolés quelques jours dans une cabane dans la campagne de Los Angeles afin d’enregistrer, ils retinrent principalement les premières pistes des morceaux. Et les concerts précédant la sortie de Surfing furent également annonciateurs de l’état d’esprit général, à mi-chemin entre kitsch et érotique, vu qu’on y retrouvait notamment un Devendra affublé d’une ceinture-pénis. Au-delà du propos extrêmement léger, entre blagues pornos et ironie politique sans oublier le clin d’œil appuyé à George Michael  (« Adam & Steve ») et à Bo Diddley (« A Gun On His Hip And A Rose On His Chest »), cet album déborde littéralement d’influences même si on y retrouve cette incontestable touche néo-folk. Des arrangements psychédéliques au goût prononcé pour la sunshine pop, Surfing charme par sa touche sixties plutôt appuyée. En couplant cela à l’esprit volatile et potache de l’effort, on obtient du bon Banhart, ce dernier semblant se régénérer au contact de ses nouveaux compagnons. D’autant que l’ensemble prend une tournure plus contemplative à mesure qu’approche la fin de l’effort. Passé « Sayulita », Devendra troque ses habits de bouffon pour retrouver ses tuniques un peu plus crades. Une façon de sortir par la grande porte de ce qui, sans ça, n’aurait été qu’un condensé de pitreries.

À l’heure où certains anciens adeptes de Devendra Bahnart le dénigrent pour la simple et bonne raison qu’il se trouve à la tête d’une des mouvances les plus tendances du moment, il faut tout de même lui reconnaître un immense talent. Certes, Surfing risque de prendre la poussière d’ici quelque temps, au contraire des Niño Rojo et Rejoicing In The Hands, mais il n’en demeure pas moins que cet album est d’une fraîcheur telle qu’il devient très agréable à écouter. Si d’autres n’aimeront pas le côté olé-olé ni même ne comprendront le second degré, nous y verrons de notre côté un Banhart en excellente santé. A défaut d’avoir livré le chef-d’œuvre incontestable qu’on attend depuis quelques années. Patience donc et, faites comme lui, profitez !


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