In Utero

In Utero

Nirvana

19 / 20 1993 Geffen Album / CD  Vinyle  K7 Audio

Chronique de Machete83 (Xsilence) 20 / 20

Posté le 19/01/2018
Avec In Utero, Nirvana souhaitait renouer avec la veine électrique si chère à Claude François (ou qui lui a coûté si cher, tout est question de point de vue). Afin de se mettre dans le bain et que ça les branchait bien de travailler avec Steve Albini (ayant, à sa décharge, produit des groupes tels que les Pixies ou The Jesus Lizard dont Cobain était admirateur) , ils se sont isolés quelques semaines dans le Minnesota, histoire de voir si le courant pourrait bien passer et s'ils pouvaient définitivement volter pour lui. Par Sainte Evelyne Thomas, pourquoi ce choix ?
Parce que Steve Albini n' a pas de pitié pour les faux sons et est un adepte de la technique dite de " Jacques Martin " qui consiste à faire parler plus près des micros, surtout en ce qui concerne les caisses, les cymbales, et les toms, ce qui explique par exemple que Dave Grohl se retrouve littéralement avec ce son de batterie de cuisine si percutant. En prenant ce parti de l'efficace et du pas cher, le trio nous met la baffe qu'on préfère.

Nirvana ne veut plus être vu comme ce bébé nageant dans les eaux claires et chlorées du succès à la poursuite de quelques dollars de plus : le succès c'est bien, mais en abuser ça craint. Nos trois gus ont vécu pour ainsi dire les mêmes problématiques qu'Isabelle Adjani dans sa piscine, descendant à reculons sans trop savoir ce qu'il se passait dans le fond. Après avoir mordu à l'hameçon des Majors et joué de la guitare sur MTV, ils veulent retrouver leur pureté, revenir à la figure originelle de ce qu'ils sont vraiment et assécher leur son.

Allumons maintenant une pipe et la cheminée, prenons un air sérieux, installons nous dans un rocking chair, et posons nous la question suivante :C'est quoi In Utero ?

Tout simplement le bruit de la fureur de la rage et du désespoir contre l'enfer et la damnation intérieure... (fin du moment intello touche pipipe de cette chronique).

Mais au delà de ça, il y a cette évidence mélodique unique. In Utero prouve que la Pop peut exploser et nous enseigne que la mort n'est rien car c'est le remords qui tue.
Et cette évidence Pop ,dynamitant elle-même le chaos, est justifiée par le fait que, contrairement à Nicoletta, Kurt Cobain a quelque chose que cette dernière n' a pas lorsque le soleil est mort ou a disparu : une lumière (" Dumb "). Et elle brille de partout, dans chaque morceau.

On serait tenté de dire que cette lumière est due à un feu intérieur, consumant tout sur son passage (" Scentless Apprentice "" Rape Me ", " Frances Farmer Will Have Her Revenge On Seattle ", " Radio friendly Unit Shifter ") ; N'ayant pu bénéficier des enseignements de Charly et Lulu (" Le Feu, ça Brûle ") à temps, Cobain, Novoselic et Grohl y laisseront leurs ailes de l'enfer (" Milk It "), ne pouvant résister à ce soleil trop puissant (" All Apologies ") que ne craint pas Jenifer.
Ayant besoin d'eau, non pas parce que son corps est en pleine croissance (c'est plutôt l'inverse, son estomac vivant un Tchernobyl constant), mais pour éteindre ce feu qui brûle en lui, l'incontrôlable Cobain cherche alors comme il peut divers moyens de se désaltérer de son égo : que ce soit avec du thé (" Pennyroyal Tea) ou avec du lait (" Milk It "). Mais il est bien difficile de déjeuner en paix dans cette chasse aux saucières et autres récipients aux liquides salvateurs.

Mais laissons tomber l'analyse des paroles si chères à Dalida, pour laisser leur chance aux chansons elles-mêmes, au-delà des mots fragiles : en quoi In Utero est-il si fort musicalement ?

Outre l'incroyable talent de Cobain de composer des morceaux qui font mouche sans qu'on les entende voler, le groupe a été sur la route toute la sainte journée pendant deux ans, a pu apprendre à mieux se connaître (Grohl était encore fraichement débarqué sur Nevermind), l'écriture des morceaux s'est perfectionnée et malgré les galères et les doutes en eux qui se sont immiscés, les trois ont réussi à créer un équilibre parfait de leurs forces. Il y a donc avec cette " Triforce " une grande unité dans In Utero, à la fois musicale et humaine. Chacun a oeuvré pour être le plus cohérent possible avec les désirs du groupe.
Qu'In Utero soit pris dans son entièreté ou individuellement, tout est là. Simple. Basique. En prise directe avec l'auditeur. De l'antithèse de Génial, Mes Parents Divorcent que constitue " Serve The Servants " au petit dernier pour la route qu'est" Gallons Of Rubbing Alcohol Flow Through The Strip ", on ne saurait que trop recommander ce disque à celui qui ne l'aurait pas écouté :c'est comme un tremblement de terre de magnitude incalculable sur l'échelle de Dorothée, quelque chose qui marque à jamais, telle la partie de batterie de " Scentless Apprentice ", et son bruit de machine dans la tête, accompagnée de sa basse sourde et de sa guitare tempête qui tatoue son âme à son dégoût.
" Frances Farmer Will Have Her Revenge On Seattle " possède le refrain le plus cool du monde, " Rape Me " était déjà malheureusement visionnaire sur la société (# " I'm Not The Only One ", #MeToo) en balançant à la fois des porcs et des accords imparables. Pas étonnant alors que Nirvana ait influencé les plus petits comme les plus grands, de Steeve Estatof à Weezer.
Alors qu'on a pu opposer In Utero à Nevermind quant à son absence de Pop pure et noble, il suffit d'écouter les structures et refrains de chansons telles que " Pennyroyal Tea " , " All Apologies " ou même " Heart Shaped Box " pour se convaincre que Kurt Cobain a réussi dans le métier qu'il avait choisi, celui de John Lennon...

On se souviendra longtemps de la rage comme de la douceur, des proscrits cris d'amour et ceux prescrits de haine envers soi-même, du Punk au service de la destruction curative (" Tourette's "), de la folie éclatante ("Very Ape "), du déni qui larsen un peu partout dans le disque, de la culpabilité au point même de s 'excuser de demander pardon...


Indispensable, peut-être indépassable, voilà un album qu'il est bien pour l'écouter. Oublions les légendes, les différents de mixage, les collages façon fascicules d'Il Etait Une Fois La Vie version glauque qui parcourent la pochette, l'inclusion de Cobain dans la crème des artistes qui ont voulu retarder définitivement les effets du vieilissement, et ne retenons que ces très bonnes chansons qui nous éclatent la tête et le coeur façon "puzzle".

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