4:13 Dream

4:13 Dream

The Cure

11 / 20 2008 Geffen Album / CD  Vinyle

Chronique de Machete83 (Xsilence) 8 / 20

Posté le 17/08/2013
Elle dormait dans les tiroirs depuis un moment celle-ci. En espérant que cette longue chronique ne soit pas soporifique et que les lecteurs qui s'y risqueront se perdent dans un mauvais rêve...

Douze ans après son départ est annoncé le retour de Porl Thompson, guitariste de The Cure durant les grandes années, de The Head On The Door à Wish. Son retour coïncide avec la préparation, dit-on, d'un double album, constitué apparemment d'un disque "classique" et d'un "dark" album. Quand tu es membre de The Cure, à part si tu es Robert Smith ou Simon Gallup, tu finis toujours par remplacer celui qui t'as remplacé. Voyez plutôt : Le guitariste Porl Thompson remplace donc en 2005 Perry Bamonte qui remplaçait Porl Thompson depuis 1993. Perry Bamonte avait remplacé Roger O'Donnel au synthé qui lui même remplaçait Lol Tolhurst que Porl Thompson remplaçait de temps à autre aux claviers lorsque les parties étaient trop difficiles ou lorsque ce dernier était trop alcoolisé. Roger O'Donnel était revenu en 1995 pour remplacer Perry Bamonte qui remplaçait donc Porl Thompson en tant que guitariste. Vous suivez ? Oui, c'est pas facile...
Difficile de rester concentré... Toujours est-il que lorsque Porl Thompson revient en 2005 (pour remplacer aussi l'absence de Roger O'Donnel), le fan de The Cure a de quoi se réjouir, car Thompson est quand même un putain de guitariste, plus dynamique et créatif que Bamonte. Ce dernier étant toutefois intéressant pour tisser des atmosphères : Wish lui doit beaucoup, et il est l'auteur du sublime "Anniversary" sur l'album précédent. Surtout que Smith souhaite proposer une formule à quatre sans synthés, ce qui s'annonçait plutôt intéressant. La tournée d'été des festivals organisée en 2005, pour roder Thompson (et remplir le tiroir caisse, dont 3/4 du budget de La Route Du Rock 2005), proposait une écoute inédite de The Cure, plus rock. D'accord, l'absence de synthés (sur les morceaux de 17 Seconds par exemple) manquait cruellement pour quelques titres, mais ça promettait quelque chose quand même... Tout en sachant que Smith et les autres ne sortiront plus de grands classiques, on pouvait espérer qu'ils restent dignes.

Trois ans plus tard sort ce 4:13 Dream. "4" pour les quatre qui jouent ici, "13" car c'est le treizième album studio du groupe, et "Dream" parce que le mot revient souvent dans les chansons, surtout parce que ça fait un minimum conceptuel... Et c'est quand même vachement décevant. L'album fut sans cesse repoussé, et le groupe sortit 4 (comme par hasard) singles tirés des 13 (comme par hasard) titres de l'album, avant le disque à proprement parler : "The Only One", un faux "High" qui est juste sympathique deux secondes, "Freakshow" où le groupe revient vers une pop excentrique abandonnée depuis trop longtemps. Un domaine où il excelle, mais qui est ici trop "light" dans sa production, tout comme le reste de l'album, malheureusement. "Sleep When I'm Dead" lui aussi entraînant, rappelle furieusement la tonalité de The Head On The Door, bénéficiant du chant entre désespoir et colère typiquement adolescents de Smith. Enfin, "The Perfect Boy" est peut-être la chanson la plus nulle et la plus vide de The Cure, aucune mélodie, rien, nada. Ces 4 singles ont permis de montrer que la production était brouillonne au possible. Mais en gros, on avait 2 singles sur 4 potables. Cette production, œuvre du groupe avec Keith Uddin (qui ça ?), handicapent l'album dès le départ. "Underneath The Stars" se veut une réminiscence des morceaux contemplatifs de The Cure. Mais c'est lourdaud. Tout comme "The Real Snow White", où le groupe essaye de se la jouer purement rock, mais quand on n'a pas de vraies chansons à proposer, ça fait mal. Le seul trésor du disque est en fait "The Hungry Ghost", avec une bonne rythmique (Jason Cooper n'est pas Boris Williams mais il faut bien l'accepter), où Simon Gallup imite encore Peter Hook (mais moins que sur "The Reasons Why"), où les jeux de guitares de Smith et de Thompson tissent à la fois un désespoir cosmique et de l'espoir universel, tout en fusions, domaine où The Cure est bien le meilleur. Les guitares, parlons-en : le retour de Thompson laissait présager du meilleur, mais le problème c'est qu'il ne joue que de la pédale wah-wah. Il en jouait déjà avant, ne nous méprenons pas, mais on appréciait le bonhomme autrefois pour son éclectisme. D'accord, ils sont plus tout jeunes, mais merde c'est The Cure !
"Switch" balance plus ou moins la sauce tout en spirales rock, mais il y a encore trop de wah-wah, tout comme sur "It's Over" énième titre de The Cure qui se veut définitif sans tenir ses promesses. Le morceau n'est pas mauvais, loin de là, mais la production sous évaluée leste le tout, alors que la chanson aurait pu avoir un potentiel démoniaque. Même souci sur "The Scream", on sent que Robert Smith veut créer un morceau emblématique, mais la chanson aurait mérité une instrumentation plus riche, à la hauteur du cri qu'il pousse. C'est plus moche que Munch quoi...
Ou alors The Cure n'a pas pu sortir l'album réellement voulu pour raison contractuelles et a été obliger de se limiter, ou ils ont eu grave la flemme de travailler la production. Mais même dans le cas où ils auraient pu se dire "jouons, tout simplement", des chansons comme "The Hungry Ghost", "Siren's Song" (pas dégueulasse malgré le côté Wild Mood Swings), "Switch", "Sleep When I'm Dead", "It's Over" et "Scream" auraient gagnées à être produites de la même manière que Ross Robinson l'avait fait sur The Cure. Robert Smith annonçait fin 2008 la sortie d'un dark album, qui devait se montrer homogène. A l'heure où sont écrites ces lignes, on l'attend toujours (gageons d'un titre : 5:14 Nightmare ?).

Depuis Porl Thompson est parti et s'est fait remplacer par l'un de ceux qu'il remplaçait. Certains ont regretté l'absence de synthés sur cette période. Quand on écoute le live du Bestival sorti en 2011, on regrette l'absence d'une seconde guitare, alors que Roger O'Donnel était revenu au synthé. On ne crachera pas sur son retour non plus. Est-ce qu'ils sortiront un album avec Reeves Gabrels (intégré aux lives depuis 2012, et collaborateur en tant que gratteux sur "Wrong Number") ? Wait and See...
Les changements de line-up dans le groupe contribuent à la richesse de son histoire et de sa musicalité, mais faute de stabilité ces dernières années, on est moins certains d'un avenir digne pour The Cure, pourtant créateur d'une musique irremplaçable dans les cœurs de celles et ceux qui en furent un jour bouleversés à jamais.

Difficile d'avoir été et d'être...

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