Chronique de Vamos (Xsilence)
Par rapport à son prédécesseur, Dear Science semble possèder un tempo général plus rapide. De plus, le bruit blanc me paraît un peu moins présent en fond sonore, tandis que la production me semble plus propre, plus lumineuse permettant aux chansons de gagner en percussion et en caractère. Mais laissons de côté ces considérations fugaces concernant le son, la "couleur" de l'album et abordons ce qui mettra tout le monde d'accord : la qualité exceptionnelle des nouvelles compositions !
Si Return To Cookie Mountain était plutôt homogène, Dear Science se permet de suivre des pistes plus variées. En particulier, le groupe explore plusieurs types de musiques noires, en y ajoutant sa touche expérimentale. Avec "Dancing Choose", c'est le hip-hop qui est invité à la fête, et force est de constater que Thund Adebimpe possède un flow excellent ! Les gimmicks de guitare l'accompagnant possèdent un haut pouvoir dansant. Avec "Red Dress", le groupe expérimente une instrumentation qui se rapproche du ska. Cela s'avère réussi, meme si ce sont surtout les modulations de la voix du chanteur qui donnent sa valeur au morceau. En revanche, les incursions du côté du funk font partie des plus belles réussites de Dear Science, avec un "Crying" au groove apaisé très subtil, et surtout un "Golden Age" aux superbes envolées baroques.
On retrouve aussi des morceaux typiques du son de TV On The Radio. L'ouverture "Halfway Home" est déjà un classique. Elle distille une subtile tension pendant les couplets alors que les refrains emmènent le morceau très haut dans les cieux ! "Lover's Day" est aussi une véritable réussite, avec une instrumentation très riche, où l'association entre percussion rapides, cuivres et bruits blancs fonctionne mieux que jamais. Côté ballades, le groupe s'emmêle un peu les pinceaux. Si "Family Tree" et ses cordes est un très beau morceau, très tendre, on s'ennuie un peu sur "Stork and Owl". Enfin, comment ne pas évoquer le bijou "DLZ" ? Ce morceau m'évoque un groupe soudé comme jamais, une tension et une rage contenue vraiment impressionnante. On sent vraiment une sorte d'union sacrée entre tous les membres du groupe qui mène ce morceau vers des sommets digne de "Wolf Like Me".
Alors, quid de la qualité de cet album ? Finalement, on se rend compte que ce disque est moins intense, habité que Return To Cookie Mountain. Mais le groupe brille par sa maîtrise technique, sa capacité à varier les genres, à les malaxer pour en obtenir un résultat unique. La diversité est le maître mot de cet album. Associé aux miracles de la voix de Thund Adebimpe, cela donne un excellent album d'un groupe toujours aussi original et qui n'hésite pas à laisser libre cours à son imagination. Toujours inclassable, TV On The Radio continue de tutoyer les sommets.
Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques)
Lorsque les gars de TV on the Radio ont débarqué il y a de cela cinq ans, les qualificatifs manquaient souvent pour décrire la musique de ce collectif new-yorkais à géométrie variable, et les plus inventifs des rédacteurs s'étaient sentis obligés de créer des genres qui n'évoquaient finalement pas grand-chose. Il faut dire que ce mélange improbable d’influences nombreuses (rock, soul, free jazz, pop, electro, post punk, new wave et j’en passe) avait de quoi désarçonner.
Mais comme c'est souvent le cas avec les artistes véritablement originaux, la musique des Américains, à défaut de fédérer un large public, a au moins eu le mérite de diviser ce dernier et de susciter chez lui des réactions fortes - certains criant au génie tandis que d'autres n'y voyaient qu'une épaisse et ennuyeuse tambouille arty. Grâce à deux albums pour le moins réussis, le groupe est ainsi parvenu à se tailler une solide réputation et a même propagé sa bonne parole par l'entremise de son guitariste Dave Sitek qui a notamment partagé ses secrets de fabrication avec la naïade hollywoodienne Scarlett Johansson. Mais alors que le groupe nous revient avec sa quatrième réalisation, Dear Science, l'effet de surprise s'est logiquement estompé pour faire de TV On The Radio un groupe dont on attend surtout qu'il accouche d'un nouvel opus à la hauteur des précédentes livraisons.
Cependant, ce serait mal connaître la bande à Tunde Adebimpe. Car si d'aucuns pensaient que le groupe allaient continuer d'exploiter le juteux filon révélé par le massif Desperate Youth, Blood Thirsty Babes, celui-ci a préféré jouer la carte de la (relative) surprise sur un Dear Science qui reprend pourtant les choses là où le Return to the Cookie Mountain de 2006 les avait laissées. Certes, TV on the Radio reste ce groupe exigeant au possible, et le brumeux "Halfway Home" et ses couches multiples nous le prouve, mais il semble avoir quelque peu arrondi les angles et adouci son propos sur Dear Science. N'allez pas croire qu'en 2008, TV on The Radio nous fait du Hot Chip ou du Arctic Monkeys. Non, le combo de la Big Apple est resté fidèle à sa ligne de conduite originelle et prône les vertus d'une musique qui ne se refuse aucune folie et qui affectionne les structures d'une magnifique complexité.
Mais si par le passé, on pouvait reprocher à TV on the Radio d'en faire un peu trop et de rendre l'écoute de ses albums quelque peu indigeste, ici, tout semble avoir été fait pour rendre l'expérience plus passionnante et enivrante que jamais, comme en témoignent la ballade lumineuse « Family Tree » ou le funk blafard de « Golden Age ».
A n'en point douter, avec Dear Science, TV on the Radio franchit une nouvelle étape et poursuit une progression que beaucoup pensaient pourtant terminée. Cet opus est clairement un grand disque, l'oeuvre d'un groupe majeur résolu à marquer de son empreinte son époque. Vu le sans faute affiché sur ses trois dernières réalisations, c'est plutôt bien parti.