Fleet Foxes

Fleet Foxes

Fleet Foxes

16 / 20 2008 Bella Union Album / CD

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 18 / 20

Posté le 22/08/2008

Il y a quelques mois de cela, 18 minutes à peine avaient suffi à Fleet Foxes pour nous mettre l'eau à la bouche sur un Sun Giant EP bourré de folles promesses. A l'époque, ces cinq titres nous avaient déjà été présentés comme un bref amuse-gueule censé nous faire patienter jusqu'à la sortie d'un album des plus attendus. Fidèle à sa promesse, le groupe de Seattle nous revient déjà avec son premier opus sous le bras, toujours pour le compte du label Bella Union - c’est Sub Pop qui a raflé la timbale aux États-Unis.

Si le premier qualificatif qui vous sera balancé à la tronche pour décrire la musique de Fleet Foxes est ‘folk’, que cela ne vous décourage pas. S’il est vrai que nous avons été dernièrement assaillis par des folkeux de tous poils aux intentions parfois plus que douteuses, il faut également reconnaître que la concurrence féroce qui sévit dans le milieu a incité de nombreux groupes à repousser les limites du genre afin d’éviter sa dégénérescence. Il convient donc d’ajouter à une liste reprenant déjà les noms de Animal Collective, Yeasayer ou encore Dirty Projectors celui de Fleet Foxes. Pouvant compter sur une personnalité forte qui éclabousse le disque de bout en bout, le groupe continue l’excellent travail entamé sur le Sun Giant EP et nous convie donc à un festin fait d’ambiances baroques et d’harmonies vocales qui ne sont pas sans évoquer du Crosby, Stills & Nash chanté par une troupe de Jim James (My Morning Jacket) en forme olympique. Cela donne donc une œuvre en apparence dépouillée mais qui, par sa seule force de frappe vocale, ouvre les portes d’un univers bien plus fouillé qu’il n’y paraît et dévoile le travail minutieux d’un groupe dont on n’a certainement pas fini de parler.


Chronique de TiComo La Fuera (Xsilence) 16 / 20

Posté le 01/12/2008
Je dois avouer que je ne donnais pas cher de cet album lorsque je suis tombé dessus la première fois. Je me suis donc mis à l'écouter plusieurs fois pour affûter mes bémols et mettre en exergue ce retour aux sources folk country d'antan loin d'être transcendant qui faisait un peu trop parler de lui à mon humble avis. Une attitude idiote mais qui m'a permis néanmoins de me détromper. Car à force de prêter attention à chaque détail, abstrait dans leurs litanies pastorales, j'ai appris à apprécier Fleet Foxes à leur juste valeur et donc ai retourné ma veste petit à petit.

Alors certes, comme tout grand amateur de It Still Moves de My Morning Jacket, j'ai d'abord crié (injustement) au scandale lorsque Robin Pecknold a entamé ses chants de fausset des campagnes qui ressemblent incontestablement à ceux de Jim James. Un timbre splendide quoi qu'encore plus épuré et saisissant. Puis quand le riff de "Ragged Wood" avait un air emprunté à "Golden". Mais ne soyons pas mauvaise langue, les deux leaders ont la même voix, d'accord. C'est une coïncidence et puis c'est tout. Et pour l'air c'en est une autre. Ca s'arrête là. Et il n'y a pas de quoi faire un fromage.

Passé cette observation mineure, je dois admettre que là où j'ai été littéralement piégé ce sont ces airs de jouvence, qui ramènent quelques dizaines d'années en arrière en préservant toute la qualité des vinyles d'autrefois. Le quintet n'a pourtant pas quitté Seattle pour enregistrer ce premier album éponyme or on a l'impression constante qu'ils se sont isolés une année entière en pleine campagne. Dans un silos à grains ou une vieille chapelle comme l'a fait Great Lake Swimmers auparavant ("Olivier James"). Le son est clair, lumineux, galvanisé par des rayons de soleil ayant traversé quelques vitraux colorés pour répandre ainsi de la chaleur en plein cœur de cette nef de providence. Dans ce lieu sacré préservé des attaques du temps, ayant peut être vu passer America ou Crosby, Stills, Nash & Young, la bande d'américains dévoile alors un répertoire des plus pastoraux. Ils s'aident beaucoup de cette réverbération sépia obtenue par les échos naturels de leur studio (sûrement très grand vu leur portée) qui porte aux nues leurs histoires champêtres et familiales. Un peu cliché il n'y a pas de doute mais touchant à plusieurs reprises notamment par les deux textes que Pecknold a écrit pour son frère aîné : "He Doesn't Know Why" et "Blue Ridge Mountains".

Le résultat est si surprenant, les mélodies si pures, si vierges de tout que j'en ai presque oublié les principaux reproches que je leur faisais quand je m'étais plongé qu'à moitié dans leur univers. Certes l'impression que le groupe concentre parfois ses efforts à faire dans la polyphonie plutôt que de chanter réellement m'effleurent encore l'esprit. En effet, "White Winter Hymnal" est construite davantage pour dérouler des harmonies vocales et n'offre pas réellement de sens aux paroles. Il a donc un petit manque de finesse dans ce sens là. Ou encore "Heard Them Stirring" instrumental fredonné (plutôt vocalisé) ou "Quiet Houses" concentré sur des chœurs un peu trop voluptueux (lay me down/don't give in/come to me ad libitum). Cependant cela fait partie du décor qui nous est donné d'observer et de cette union rurale de musiciens en paix avec eux-mêmes. Une fois pris comme une partie intégrante du combo, ces écarts ne sont plus agaçants et effacent par la même occasion cet aspect répétitif qui prédomine aux premiers abords.

Fleet Foxes m'a ainsi présenté un joli revers de médaille, que seule une écoute attentive permet de l'apprécier comme il convient. Une bonne leçon de morale et l'occasion en même temps de goûter à un folk qui s'avère être de plus en plus mélodique au fils de jours. Comme "Tiger Mountain Peasant Song" superbe éclairant un Pecknold seul avec sa guitare mais aussi par ses voix à l'unisson qui résonneront longtemps dans cette frise antique. Un album lyrique comme on ne fait plus.

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