Me And Armini

Me And Armini

Emiliana Torrini

14 / 20 2008 Rough Trade Album / CD  Vinyle

Chronique de TiComo La Fuera (Xsilence) 14 / 20

Posté le 09/09/2008
Emiliana Torrini, au parcours plus éclectique que ses principaux disques ne laisseraient entendre, est bel et bien de retour pour un cinquième album. Et la première remarque qui vient à l'esprit est que cette petite femme n'a toujours pas plus d'étiquette à se mettre au doigt que de nationalité sur sa carte d'identité. En effet, si l'islando-italo-anglaise (dans l'ordre : nationalité de la mère, du père et langue de prédilection) a passé en revue jazz et blues sur ses deux premiers albums autoproduits, électro trip hop grandiloquent (Love In The Time Of Science) et enfin folk minimaliste (Fisherman's Woman), il ne lui manquait plus qu'un patchwork pop dans son de curriculum vitae. Me And Armini est donc cet album de la diversité à la fois dans la discographie de la chanteuse mais également en son sein faisant office par instants de joyeux best of ou retour aux sources. Mais il s'agit d'une demie surprise puisque l'islandaise a toujours fait de nombreuses collaborations avec un peu tout un tas d'artistes hype comme d'autres beaucoup plus discrets. Quoiqu'il en soit Torrini a décidé d'enfanter un album produit au millimètre sans retenue et assumant cette exubérance artistique. Et finalement, on se demande si ces facettes multiples ne sont pas la vraie personnalité de la jeune femme qui n'a jamais pu se cloisonner à un unique genre. Trop simple en épouse de pêcheur lorsqu'elle s'est laissé dériver avec sa guitare folk (pourtant elle y était superbe), trop extravagante et artificielle en clône de Björk, pas assez mature lorsqu'elle faisait dans le piano bar, la voilà tout simplement dans toute sa complexité et sa difficulté de choisir ce qui lui semble le plus approprié pour elle. Et alors que la majorité s'efforcerait de définir une fois pour toute un périmètre à ne pas dépasser, la belle Emiliana s'évertue à transcender chacun de ses amours : pop emphatique ("Heard It All Before"), électrique et tendue ("Gun"), psychose électronique ("Dead Duck"), folk et même reggae ("Me And Armini"). Le résultat est donc difficile à évaluer car la tâche est loin d'être aisée mais l'on peut néanmoins dire que chacun trouvera son compte parmi les différentes identités qui nous sont présentées. Me And Armini laisse finalement le sentiment que Emiliana Torrini est une femme comblée, resplendissante, qui a enfin trouvé sa voie et n'a plus à choisir. Pourquoi faut-il toujours choisir ?

Chronique de Splinter (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 23/01/2009

Sans être réellement parvenue à percer jusqu'ici, Emilíana Torrini est devenue, au fil des années, une valeur sûre de l'indie pop en poursuivant son petit bonhomme de chemin depuis le sympathique Love in the Time of Science, sorti en 1999, et grâce, en particulier, àson précédent album, Fisherman's Woman, publié en 2005, un disque très acoustique, d'une splendeur et d'un dénuement absolument bouleversants, assez éloigné des œuvres précédentes de la belle islandaise, qui s'était alors davantage spécialisée dans l'électronique ou le trip hop, comme en témoignent ses participations à de nombreux projets divers et variés avant d'entamer sa carrière solo ou même pendant, de Spoon, son premier groupe, à ses collaborations avec Gus Gus et Thievery Corporation.

Me and Armini, son nouvel album, n'est pas, contrairement à ce qu'une lecture un peu rapide pourrait laisser penser, un hommage au couturier préféré d'EmilíanaTorrini (je copyrighte cette blague vaseuse). Produit par Dan Carey, dont on avait pu apprécier le travail avec Sia (exceptionnelle "Breathe Me", dont tous les fans de Six Feet Under se souviennent), cet album est malheureusement arrivé trop tard sur ma platine pour figurer dans mon top 2008. Pourtant, le disque vaut clairement le détour et, au même titre que le Silence is Wild de Frida Hyvönen, s'avère particulièrement addictif.

Précédé d'un single bondissant, "Jungle Drum", Me and Armini est bien plus hétérogène que Fisherman's Woman et explore avec bonheur des directions singulièrement variées, en étant composé à la fois de balades déchirantes et nues (exceptionnelle et magnifique "Birds", "Bleeder") telles qu'on peut en attendre d'Emilíana Torrini, mais également de titres plus rythmés (le surprenant reggae "Me And Armini", le pétillant "Heard It All Before") ou de pop songs délicieuses ("Big Jumps"), toujours d'une constante qualité, illuminés de la petite voix enfantine de l'islandaise, qui n'est pas sans rappeler sa compatriote Björk ici ou là.

Bande-son idéale d'un hiver particulièrement froid, Me and Armini n'est ni plus ni moins qu'un petit bijou mélodique, souvent contemplatif, une petite merveille de chaleur et de douceur qui fond dans la bouche et laisse un délicieux goût sucré, à écouter au fond de son lit, sous une bonne couette bien confortable, tout seul ou, idéalement, à deux. Détente assurée.


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