Chronique de Vamos (Xsilence)
Posté le 30/10/2008
Depeche Mode à la sortie de Ultra n´est plus qu´un chant de ruines. Martin Gore et Andrew Fletcher ont été ravagés respectivement par l´alcool et la dépression. Plus lucide, Alan Wilder a préféré quitter le groupe avant de sombrer à son tour. Mais c´est le roi Dave Gahan qui pâtit le plus du succès de Depeche Mode. Vivant pleinement son existence de rock-star décadente, il sombre dans la toxicomanie, ce qui l´amène à côtoyer la mort deux fois en deux ans : over-dose puis tentative de suicide.
C´est de ces épreuves que va naître un des plus beaux albums de Depeche Mode. Resserré sur la créativité du duo Gore/Gahan, Ultra a tout d´un catharsis. Les frères ennemis vont y exprimer toute leur détresse.
Le premier single "Barrel Of A Gun" a tout pour surprendre. Comme d´habitude, Depeche Mode se réinvente. Cette fois, le groupe s´aventure du côté du rock industriel, avec un son de guitare corrosif. Quant aux paroles, on sent que Martin Gore se détache de son triptyque habituel (pain, sex, god) pour être plus sincère. S´inspirant des épreuves de son chanteur, il écrit un de ses plus beaux textes, un des plus douloureux aussi. Extraits : ‘A vicious appetite visits me each night, it´t won´t be satisfied or be denied'. Ou encore ‘Whatever I´ve done, I feel staring at the barrel of a gun'. C´est toute la détresse du junkie Gahan qu´on retrouve dans ces mots.
"The Love Thieves" est une incroyable ballade au climat clair-obscur. Martin Gore nous serre le cœur, alors que Gahan chante avec une rare amertume. Le solo marquant la fin du morceau est d´une beauté saisissante. "Home" et ses splendides arrangements de cordes est une des plus jolies ballades chantées par Martin Gore, et le texte témoigne de la nouvelle recherche de sérénité du groupe, à la recherche d´un foyer et de stabilité. Le second single "It´s No Good" est assez conventionnel, jusqu´à ce qu´il ne se conclue sur un passage instrumental expérimental.
Après l´interlude "Uselink", Depeche Mode continue sa thérapie. Sur "Useless", le groupe joue un rock conventionnel oú le synthétiseur se fait discret, remplacé par une superbe ligne de basse. Dave Gahan y chante un très beau texte exprimant son impuissance. Conscient de sa déchéance, il n´arrive pas à s´extirper de la fange, et fustige les conseils naïfs qu´on lui donne. ‘ Well it´s about time, it´s beginning to hurt [...] All your stupid ideals, you´ve got your head in the cloud. You should see how it feels, with your feets on the ground'.
"Sister Of Night" a été le premier morceau enregistré pour Ultra et donne une idée de l´état dans lequel se trouvaient les membres du groupe... La voix de Gahan a rarement été aussi plaintive.
"Freestate" surprend par sa guitare folk, mais la mélodie développée est splendide, grandiose même. Gahan est habité et chante un texte oú il semble s´adresser à un ami en détresse : ‘I can hear your soul crying, the bitterness inside you calling, [...]Let yourself go, let yourself grow, let your senses overflow, [...] step out of your cage, and on to the stage, freedom awaits, open the gates'. C´est bien évidemment Martin Gore qui fait chanter à son ami des conseils qui sont destinés à ce dernier.
"The Bottom Line", second morceau chanté par Martin Gore est douce et apaisée alors qu´elle aborde le thème de la mort. Le compositeur emblématique de Depeche Mode nous confie qu´il l´attend sereinement.
Enfin, "Insight" achève de faire cet album un authentique chef d´œuvre. La mélodie l´instrumentation sont aériennes, les chœurs lyriques de Martin Gore sont incroyables de grâce. L´association des deux voix du groupe donne des frissons, plus que sur n´importe quel autre morceau. Dave se dit guidé par la lumière. Sorti du tourment, il nous confie que le feu brûle toujours, et s´adressant à l´auditeur, l´enjoint à répandre l´amour sur une conclusion qui fera date dans la discographie du groupe.
Car c´est bien l´amour qui a sauvé le groupe. Celui de la musique avant tout. Jamais la musique de Depeche Mode n´a été aussi variée, créative, sensible et sincère. Les mélodies proposées font partie des plus belles du répertoire du groupe. Etonnement acoustique, on ne saurait que trop conseiller l´écoute de cet album à ceux qui considèrent Depeche Mode comme un résidu synthétique des années 80. Mais surtout l´amour qui lie Dave Gahan et Martin Gore. Oubliez les McCartney/Lennon, Morrissey/Marr. Ce sont les deux auteurs d´Ultra le plus grand duo rock. Jamais deux musiciens de pop n´auront entretenu une relation si fusionnelle. Dave Gahan a été l´inspiration de Martin Gore pour Ultra. Ce dernier écrit ses plus beaux textes pour sauver son ami, décrit l´horreur de laquelle il veut l´extirper. Dave Gahan se reconnaît dans ces textes. Ils résument parfaitement ce qu´il a vécu, bien qu´étant de la plume d´un autre. Et c´est cette identification qui lui permettra de livrer ses plus belles interprétations. Ce processus témoigne d´un lien rare entre les deux hommes. Fascinant, je le trouve très poétique.
Ultra est donc bien plus que le témoignage de la déchéance. Il est avant tout le témoignage d´une très belle amitié, une plongée dans l´intimité de deux artistes hors du commun, se complétant parfaitement. Aucun autre album ne sera le fruit de cette alchimie. A ce titre, Ultra est intemporel.
C´est de ces épreuves que va naître un des plus beaux albums de Depeche Mode. Resserré sur la créativité du duo Gore/Gahan, Ultra a tout d´un catharsis. Les frères ennemis vont y exprimer toute leur détresse.
Le premier single "Barrel Of A Gun" a tout pour surprendre. Comme d´habitude, Depeche Mode se réinvente. Cette fois, le groupe s´aventure du côté du rock industriel, avec un son de guitare corrosif. Quant aux paroles, on sent que Martin Gore se détache de son triptyque habituel (pain, sex, god) pour être plus sincère. S´inspirant des épreuves de son chanteur, il écrit un de ses plus beaux textes, un des plus douloureux aussi. Extraits : ‘A vicious appetite visits me each night, it´t won´t be satisfied or be denied'. Ou encore ‘Whatever I´ve done, I feel staring at the barrel of a gun'. C´est toute la détresse du junkie Gahan qu´on retrouve dans ces mots.
"The Love Thieves" est une incroyable ballade au climat clair-obscur. Martin Gore nous serre le cœur, alors que Gahan chante avec une rare amertume. Le solo marquant la fin du morceau est d´une beauté saisissante. "Home" et ses splendides arrangements de cordes est une des plus jolies ballades chantées par Martin Gore, et le texte témoigne de la nouvelle recherche de sérénité du groupe, à la recherche d´un foyer et de stabilité. Le second single "It´s No Good" est assez conventionnel, jusqu´à ce qu´il ne se conclue sur un passage instrumental expérimental.
Après l´interlude "Uselink", Depeche Mode continue sa thérapie. Sur "Useless", le groupe joue un rock conventionnel oú le synthétiseur se fait discret, remplacé par une superbe ligne de basse. Dave Gahan y chante un très beau texte exprimant son impuissance. Conscient de sa déchéance, il n´arrive pas à s´extirper de la fange, et fustige les conseils naïfs qu´on lui donne. ‘ Well it´s about time, it´s beginning to hurt [...] All your stupid ideals, you´ve got your head in the cloud. You should see how it feels, with your feets on the ground'.
"Sister Of Night" a été le premier morceau enregistré pour Ultra et donne une idée de l´état dans lequel se trouvaient les membres du groupe... La voix de Gahan a rarement été aussi plaintive.
"Freestate" surprend par sa guitare folk, mais la mélodie développée est splendide, grandiose même. Gahan est habité et chante un texte oú il semble s´adresser à un ami en détresse : ‘I can hear your soul crying, the bitterness inside you calling, [...]Let yourself go, let yourself grow, let your senses overflow, [...] step out of your cage, and on to the stage, freedom awaits, open the gates'. C´est bien évidemment Martin Gore qui fait chanter à son ami des conseils qui sont destinés à ce dernier.
"The Bottom Line", second morceau chanté par Martin Gore est douce et apaisée alors qu´elle aborde le thème de la mort. Le compositeur emblématique de Depeche Mode nous confie qu´il l´attend sereinement.
Enfin, "Insight" achève de faire cet album un authentique chef d´œuvre. La mélodie l´instrumentation sont aériennes, les chœurs lyriques de Martin Gore sont incroyables de grâce. L´association des deux voix du groupe donne des frissons, plus que sur n´importe quel autre morceau. Dave se dit guidé par la lumière. Sorti du tourment, il nous confie que le feu brûle toujours, et s´adressant à l´auditeur, l´enjoint à répandre l´amour sur une conclusion qui fera date dans la discographie du groupe.
Car c´est bien l´amour qui a sauvé le groupe. Celui de la musique avant tout. Jamais la musique de Depeche Mode n´a été aussi variée, créative, sensible et sincère. Les mélodies proposées font partie des plus belles du répertoire du groupe. Etonnement acoustique, on ne saurait que trop conseiller l´écoute de cet album à ceux qui considèrent Depeche Mode comme un résidu synthétique des années 80. Mais surtout l´amour qui lie Dave Gahan et Martin Gore. Oubliez les McCartney/Lennon, Morrissey/Marr. Ce sont les deux auteurs d´Ultra le plus grand duo rock. Jamais deux musiciens de pop n´auront entretenu une relation si fusionnelle. Dave Gahan a été l´inspiration de Martin Gore pour Ultra. Ce dernier écrit ses plus beaux textes pour sauver son ami, décrit l´horreur de laquelle il veut l´extirper. Dave Gahan se reconnaît dans ces textes. Ils résument parfaitement ce qu´il a vécu, bien qu´étant de la plume d´un autre. Et c´est cette identification qui lui permettra de livrer ses plus belles interprétations. Ce processus témoigne d´un lien rare entre les deux hommes. Fascinant, je le trouve très poétique.
Ultra est donc bien plus que le témoignage de la déchéance. Il est avant tout le témoignage d´une très belle amitié, une plongée dans l´intimité de deux artistes hors du commun, se complétant parfaitement. Aucun autre album ne sera le fruit de cette alchimie. A ce titre, Ultra est intemporel.