Með Suð I Eyrum Við Spilum Endalaust

Með Suð I Eyrum Við Spilum Endalaust

Sigur Rós

17 / 20 2008 XL Album / CD

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 12 / 20

Posté le 14/07/2008

Depuis que Sigur Rós, bien aidé par le patronage de Thom Yorke qui avait emmené le groupe sur la tournée européenne de Kid A en 2000, a débarqué tel un OVNI musical sorti de nulle part (et pour beaucoup, l’Islande, C'EST nulle part!), le groupe s’est taillé une réputation exemplaire, portée par quatre albums magnifiques témoins d’une marque de fabrique unique en son genre et imposée le plus naturellement du monde – une musique éthérée et onirique opérant le grand écart entre post rock et space rock. Inventeurs d’une formule dont ils semblent être les seuls à détenir le secret (ou du moins le bon dosage des ingrédients), le groupe a appris avec le temps à maîtriser son sujet, gratifiant des fans jamais en reste d’albums qui, bien que réussis, se contentaient en fait de tracer soigneusement un joli sillon.

Cependant, détracteurs et adulateurs avaient de quoi se réjouir à l’annonce de la sortie de Með suð í eyrum við spilum endalaust (Avec un bourdonnement dans les oreilles nous jouons inlassablement) puisque ce cinquième album semblait marquer une nouvelle étape dans la carrière des Islandais. Enregistré entre New York, Londres et La Havane sous la houlette du touche-à-tout Flood (U2, Depeche Mode ou PJ Harvey) et précédé d’un single (« Gobbledigook ») qui évoquait davantage la pop bidouillée d’Animal Collective que la froideur immaculée des précédents efforts, d’aucuns attendaient du groupe qu’il joue la carte de la surprise. Malheureusement, que ceux qui espéraient découvrir de nouveaux horizons en compagnie de Sigur Rós calment leur ardeurs, car c’est pour la continuité que le groupe a préféré opter. On retrouve donc sur Með suð í eyrum við spilum endalaust tous les éléments qui ont fait la renommée du groupe, à commencer par la voix de fausset de Jón Þór Birgisson, les ambiances pastorales et la grandiloquence des cuivres et des cordes. Et pour le coup, sur les cinq premières plages du disque, le fan lambda de Sigur Rós en reçoit pour son argent avec cinq morceaux magnifiquement construits. Qu’il s’agisse de « Festival » et sa montée en puissance jouissive ou de « Við spilum endalaust » et ses cuivres fiers, les émotions fortes sont au rendez-vous. Malheureusement, passée cette petite demi-heure de grâce absolue, les choses se gâtent quelque peu quand le groupe, pour une raison inconnue, décide de sombrer dans l’excès de pathos sur des titres qui tirent en longueur et constituent de franches déceptions dans le chef d'une formation qui avait si joliment su jouer avec nos émotions par le passé.

Une moitié d’album convaincante, c’est, vous en conviendrez, un peu léger pour un groupe du calibre de Sigur Rós. La question qui se pose dès lors, c’est de savoir s’il s’agit d'une simple erreur de parcours ou des premiers signes d'essoufflement. Mais cela, seul l’avenir pourra nous le dire. Suite au prochain épisode donc…


Chronique de TiComo La Fuera (Xsilence) 17 / 20

Posté le 22/02/2009
Sigur Rós, le groupe le plus célèbre du pays le plus jeune de notre bonne vieille Terre, si bien que beaucoup de monde les considérait comme des demi-dieux. Et pour cause, ils avaient tout pour affirmer cette distance par rapport aux autres. Leur musique froide, crépusculaire et énigmatique, baignait dans un royaume de songes où l'on ne savait jamais s'il faisait bon de rester. Le groupe de Reykjavík a toujours été partagé entre un éther imbibé de quiétude et une moiteur parasite. Deux sphères entre lesquelles il n'a réussi à trancher pour gagner son ultime salut et donc peu vivable pour les non initiés. Jón Þór Birgisson, le sélénite en chef de ce désert lunaire, quant à lui, répandait son chant dépourvu d'émotions, d'humanité presque, bloqué dans une voix émasculée séraphique, halo intouchable. Et qui plus est, ses phrases aériennes impénétrables de par leur altitude à des lieues du commun des mortels, l'étaient tout autant par le cryptage employée : de l'islandais ou encore plus inaccessible du vonlenska (ou hopelandic). Langage "nordique" inventé de toutes pièces dont les sonorités calquaient la trame mélodique des morceaux et que chacun pouvait interpréter comme bon lui semblait. La bonne affaire, qui en aurait arrangé quelques uns pour répandre leur religion dite universelle.

Mais oubliez tout cela, la voix du nord a fait peau neuve et a révoqué cet écart qu'ils entretenaient, volontairement ou non d'ailleurs, mais qui leur faisait pour beaucoup défaut. Le piédestal qui rendait cette image froide de l'Islande n'a plus lieu d'être. Með Suð í Eyrum Við Spilum Endalaust est l'album du repentir et de la démystification bien que je ne pense pas que le quatuor ait cherché un jour à établir une frontière avec son public. Sigur Rós se met pour la première fois à nu en osant atteindre les auditeurs de la façon la plus normale qu'il soit c'est-à-dire avec sincérité. Terminées les apparences secrètes et froides à entretenir, l'heure de la désinhibition a sonné et le groupe rend ses comptes avec sa propre conscience. Leur nébulosité ne s'en trouve que plus belle et plus lumineuse puisque pour une fois elle parle à tout le monde et ne se cache plus derrière de faux semblants. Dans l'entrain folâtre inaccoutumé de "Gobbledigook" qui ravive les couleurs de leurs terres volcaniques où les ‘la la la' n'ont rien à envier à des paroles pleines de sens (ou non, la langue inventée pour l'album Von plane toujours un peu) et transmettent même plus d'émotions. Dans des festivités portées par des cuivres qui ne sont plus engourdis par la froideur d'esprits chagrins ou l'enthousiasme partagé de "Við Spilum Endalaust" à la basse chaleureuse. Dans la douceur d'une guitare acoustique très présente qui remplit tous les caractères de la parfaite compagne et transcende la superbissime "Illgresi" par son fugue contemplative.

Með Suð í Eyrum Við Spilum Endalaust est ainsi l'album d'un sursaut de lucidité, d'un effort d'être correctement compris, bref de leur renaissance. Et même si l'album regagne sur la fin un calme certain, légèrement symphonique sur "Ára Bátur", on ne perçoit plus la musique des islandais de la même façon notamment ces moments au piano, vrais puits d'introspection. Elle apparaît désormais comme une rive accostable riche et fertile dont les reliefs se sont polis avec le temps et ne dissuadent plus ses explorateurs de s'y aventurer pour regarder ce qu'il y a derrière. Il en est de même pour le chant elfique professoral et omniscient. Plein de bonnes intentions, il incite dorénavant au véritable voyage, celui de la communion avec ses semblables.

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