April

April

Sun Kil Moon

18 / 20 2008 Caldo Verde Album / CD  Vinyle

Chronique de Drazorback (Xsilence) 18 / 20

Posté le 26/09/2008
Avec sa voix pure, empreinte d'une mélancolie certaine, Mark Kozelek parle à travers des folks songs éclairées de sa famille, ses amours contrariés, de la vie qui tourne, et ce depuis le début des années 90 déjà. D'abord leader des Red House Painters, désormais à travers l'entité Sun Kil Moon (faute de frappe anglophone ou nouveau dictateur coréen? mystère).

La nouvelle offrande est venue cette année, le 1er Avril, mais n'a rien d'une blague. Le bien nommé April, après l'anecdotique Tin Cities, vient confirmer la place de choix de Kozelek sur la scène folk actuelle. Lent, hypnotique, minimaliste comme Low, mais d'une sensibilité proche de folk-singers tels que Bonnie Prince Billy -qui signe d'ailleurs les choeurs sur "Unlit Way" et "Like The River" de son timbre déchirant (loin de la folk guillerette de son dernier album).

Sur des formats longs, étirés, mais jamais ennuyants, Kozelek nous gratifie de perles héritées du folk anglais à la Nick Drake ("Lucky Man", le somptueux "Heron Blue" ou le final "Blue Orchids" au revirement guitaristique exceptionnel), folk-rock à la Neil Young ("The Light", "Tonight The Sky" où il fait preuve une fois encore de sa sensibilité à fleur de peau à travers des soli déchirants, d'une classe folle). A côté, les ballades plus classiques font preuve d'une belle sérénité, comme sur l'ouverture, "Lost Verses". Alors certes le ton n'est pas à la fête, Kozelek est toujours hanté par ses regrets, l'amertume d'avoir perdu son père et sa sœur trop tôt, comme il le confesse sur "Blue Orchids", mais cette tristesse a beau dos. Elle est apaisante, expiatoire. Il fait bon de passer du temps dans les bras de ces douces mélopées.

Sans être larmoyant, April suscite chez moi bien des émois. Peut être est-ce la voix si douce de Kozelek, auréolé par divers chœurs toujours magnifiques, ou alors le côté lancinant, hypnotique des compositions. A moins que ça ne soit la beauté de certains arrangements de guitares comme les bends de "Lost Verses", ou la batterie en sourdine de "Heron Blue", comme un rappel à l'ordre de la dureté de la vie.

Mine de rien, Sun Kil Moon signe un des albums les plus cohérents, jusqu'au boutiste et émouvants de l'année. Et sur près de 70 minutes. Somptueux. On frôle l'excellence atteinte sur Songs For A Blue Guitar, douze ans après.

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