Visiter

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The Dodos

18 / 20 2008 Frenchkiss Album / CD

Chronique de Nicolas (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 01/10/2008

Vu qu’on est loin d’être les premiers sur la balle, vous aurez plus que vraisemblablement déjà entendu parler de The Dodos, ce duo de San Francisco que tout le monde s’est arraché à la rentrée. Des Inrocks à Pitchfork, les éloges n’ont cessé de pleuvoir sur le groupe qui en est, avec Visiter, à son deuxième effort. Seulement, les dithyrambes ne sont-ils pas un peu exagérés, surtout quand certains vont jusqu’à se demander si la musique des Américains ne dépasserait pas celle d’Arcade Fire ? Une question à laquelle on ne répondra pas tant elle semble saugrenue. D’autant plus que cela fait quelques semaines que Visiter trône sur la pile de disques…

Avec un temps d’ingestion plus long que celui d’un critique normal, ce dernier étant submergé en permanence de nouveautés, il est nettement plus facile d’estimer l’opus des Dodos à sa juste valeur, c’est-à-dire celle d’un bon album de pop-folk légèrement débraillée mais certainement pas celle de la plaque de l’année. Toutefois, la musique telle que conçue par Meric Long et Logan Kroeber est portée par un réel vent de fraîcheur, comme si Devendra Banhart venait à se confronter à Animal Collective. Une guitare, des percussions et quelques cuivres, il ne faut pas davantage de moyens pour que ces deux zigotos livrent 14 titres de très bonne facture. Leurs compositions ont beau être simplistes au possible, elles possèdent ce zeste d’inventivité qui fait toute la différence. Décomplexé et bricolo, l’univers des Dodos est donc d’une facilité d’accès déconcertante et ce, même si les mélodies tergiversent inlassablement au gré des compositions.

En fait, mon seul grief à l’encontre d’un Visiter à la fois sucré et coloré est qu’il résiste mal à l’emprise du temps. Voilà déjà des semaines qu’il tourne dans mon lecteur et l’on sent qu’il est temps de passer à autre chose. En quelque sorte, The Dodos restera une des bande-son de l’été 2008. Un truc facile à avaler, que l’on déguste en début d’après-midi pendant les festivals. Mais pour durer, c’est clair, les Dodos devront considérablement se renouveler.


Chronique de TiComo La Fuera (Xsilence) 18 / 20

Posté le 02/10/2008
Deux ans se sont écoulés depuis Beware Of The Maniacs et The Dodos réapparaît avec un second album encore plus abouti. Loin d'être satisfait par leur prototype de pop folk psychédélique, le duo pousse le concept encore plus loin. Meric Long, au départ du projet, dont on ne finit pas de d'apprécier ses études en percussions africaines, confie à son partenaire davantage de responsabilité avec ses toms et surtout ses baguettes (qu'importe si elles frappent une table ou des peaux). Visiter est donc l'étape supérieure dans leur quête du grand déménagement sonore axé sur une complicité guitare/batterie pointilleuse et parfaitement réglée. Logan Kroeber, à la dextérité incontestable et dorénavant indispensable, est définitivement placé au centre, pris dans le magma survitaminé issu de l'imagination de Long. Ce dernier ayant besoin d'un tambour toujours plus battant pour cueillir ses longs textes délicats et justes. En résulte ce patatoïde élaboré, délicieux d'inventivités mais en même temps très primaire (voire primitif) du à cette cadence lourde, calibrée et pas prétentieux pour un sou. The Dodos expose une musique débridée carillonnante à tout va ("Red And Purple") sans répit. Les deux américains donne l'impression de vouloir toujours avoir une longueur d'avance et donc de soutenir une cadence élevée. Croches balancées en pagaille en rim shot sur "Fools", titre protéiforme enchaînant pop, prog, folk et délires baroques ("Joe's Waltz" au poil), guitare vrombissante alignant les slides ("Paint The Rust")... Bref un mitraillage de compositions effrénées qui même si elles baissent en régime par moments délecte par leur génie comme "Park Song" ou le superbe lo-fi "Undeclared". L'utilisation du rim shot est d'ailleurs très présente et se suffit souvent à elle-même, contaminant parfois le jeu entier du batteur d'une façon fort appréciable. La surprise est à chaque fois de taille, la sensation de vitesse souvent aussi d'ailleurs ce qui donne rapidement patate et bonne humeur à tel point même qu'elle dissimule des sujets traités parfois pas si drôles que cela. En effet, le duo bénéficie à juste titre d'une belle plume, mélange d'amertume et de sarcasmes ("God ?" au titre évident), très directe. Et ce côté brut, nature, trouve complètement sa place au sein de ces compositions qui semblent avoir été faites dans l'urgence, sans enjolivement ni fioriture à l'image de "Winter", ou "It's That Time Again" chanson de comptoir d'amant en peine qui fait toujours les mêmes erreurs et promet à chaque fois de ne pas recommencer pour récupérer sa belle. Dans un registre plus tribal et plus calme, "Ashley" est tout aussi touchante. Si l'album arbore un esthétisme rebutant incompréhensible, il cache néanmoins un monticule de pépites qui s'avèrera sûrement être un des monolithes de demain.

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