The Devil, You + Me

The Devil, You + Me

The Notwist

16 / 20 2008 City Slang Album / CD

Chronique de Al16 (Xsilence) 12 / 20

Posté le 15/09/2008
Six années pour pondre un album, le doute est évidemment permis concernant cette si longue attente, même s'il est vrai que les membres de The Notwist ont multiplié, entre-temps, de très plaisants projets en parallèles avec notamment Lali Puna, Ms. John Soda, Console et 13 & God.
Alors on fantasme, imaginant que les bavarois nous ont concocté un album dépassant tout ce que l'on pouvait soupçonner, et cela même après avoir offert l'un des plus brillant et novateur album de la décennie. Puis on réfléchit patiemment, supposant que le but de cette interminable attente se résume probablement au fait de retarder l'échéance, ou plus précisément la déchéance, au plus tard. Car oui, avant même son écoute, il parait logique que cet opus va se conclure par un profond sentiment de frustration, de déception, partant du principe qu'il ne peut indéniablement pas surpasser, voire tout simplement égaler, son prédécesseur le chef-d'oeuvre Neon Golden.
Alors, en tant que fervent et dévoué admirateur du groupe bavarois, on se prépare en faisant preuve de la plus farouche objectivité afin de s'interdire tout acte de comparaison, et par conséquent, du châtiment suprême que pourrait apporter cet opus, à savoir la plus éminente des désillusions.

Après avoir réalisé ce troublant et pénible travail d'autocensure concernant sa propre réflexion auditive on se dit que bien de nombreuses pistes de ce The Devil, You + Me sont, certes loin d'être de mauvais morceaux, mais sont aussi à cents lieux d'être d‘excellents titres. Mention passable point. Seules trois pistes sortent du lot au sein de cet album véritablement trop homogène : la planante mélancolie de "Gravity", la tristesse torturée de "On Planet Off" et la caresse enfantine de "Boneless". Trois titres, ni plus, ni moins, et à part ceux-là aucune piste n'est instantanément bouleversante même si l'ensemble reste tout de même attachant.
Les Notwist délaissent donc leur brillantissime équilibre electro-organique pour faire place à la linéarité de mélodies, certes charmantes, mais tout autant dénudées. Dénudées car désormais les salvateurs bidouillages électroniques de Martin Gretschmann se font beaucoup moins présents et laissent place à des arrangements plus académiques, plus orchestraux.
Les quatre germaniques ont perdu inéluctablement de leurs charmes, de leurs superbes, en s'orientant dans le créneau, déjà bien saturé, de la pop douce et moelleuse.

Alors, pour en revenir à la question comment succéder à un chef d'œuvre, les Notwist ont décidé de répondre non pas par le plagiat de l'œuvre précédente, ni par le changement radical, mais par une discrète évolution, ou bien alors par une discrète dégradation va savoir...
The Devil, You + Me s'avère donc, au final, être un plaisant moment de résignation, une honorable déception.

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